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Et si on imaginait l’école de demain ?
Faire des projections futures pour l’école et l’éducation, hors des technologies numériques et des écrans, c’est le principe du scénario de ce livre sous la forme d’une « dystopie euphorique ». On y suit le travail d’investigation et les réflexions d’une journaliste, Camille, en immersion dans un lycée en 2042. Son reportage décrit le fonctionnement de l’école après la Grande réforme de 2028 : à travers ce que l’on en voit et ce qu’en disent les jeunes, mais aussi les professionnels qui y travaillent, tout au long d’une année scolaire.
Entre ce qu’elle observe et ses propres souvenirs d’école, de grands changements sont intervenus. Par exemple, il n’y a plus de rentrée des classes le jour de la reprise des complexes (les niveaux scolaires du parcours unique de 3 à 18 ans) en septembre. Les élèves sont regroupés en ilots d’une centaine de jeunes d’âges différents, suivis pendant plusieurs années par une même équipe d’enseignants. Le temps est structuré selon un équilibre entre rituels (comme les « Quoi de neuf ? » de début de journée), travail en atelier thématique, travail autonome des élèves et activités physiques et sportives.
Les locaux sont organisés en espaces spécifiques : des bureaux individuels isolés pour les évolants et les enseignants, des lieux d’entraide bardés de tableaux blancs et d’affiches de travail, des zones réservées aux épreuves d’évaluation que les élèves rejoignent quand ils se sentent suffisamment prêts, des murs végétalisés (pour faire face au changement climatique) et, vestige de l’ancienne école, une salle de cours ordinaire avec des tables alignées devant un tableau collectif.
Les enseignants évoluent dans ces espaces de manières différentes : certains sont à disposition des évolants pour tenter de répondre à leurs questions, pendant que d’autres observent les activités réalisées, évaluent les travaux effectués ou transmettent les savoirs scolaires dont l’école attend l’appropriation. Chaque enseignant est responsable de douze évolants pendant trois années, ce qui facilite la connaissance réciproque et le suivi de chacun.
Les disciplines ont été repensées : sociétés, vie extérieure, économie circulaire, santé, ingénierie, expressions et polylangues. Les enseignants spécialistes de chaque discipline conduisent des ateliers pour transmettre de nouveaux contenus aux élèves. Il n’y a plus de devoirs maison, tout se fait à l’école, pendant les temps d’apprentissage. Les évolants n’ont donc plus besoin de transporter de cartable ou de sac de cours. Tout leur matériel est à l’école, ce qui participe à réduire les phénomènes de ségrégation sociale.
C’est un Conseil national de l’éducation permanente qui gère les questions de politiques éducatives. Il est composé d’élus et de représentants des établissements scolaires tirés au sort tous les sept ans. Il fonctionne selon les principes d’une démocratie participative. C’est ce qui a permis la Grande réforme de 2028.
Voici donc une nouvelle dystopie joyeuse à la Black Mirror. Pour porter une voix différente du déclinisme et du passéisme pédagogique actuels. Un ouvrage pour ne pas tomber dans la morosité ou le cynisme en matière d’école, afin qu’elle puisse continuer à être un lieu de joie, d’épanouissement personnel et collectif, de progrès pour chacun et pour tous, une source de plaisir et de satisfaction professionnelle pour les enseignants.
Questions aux auteurs, Céline Cael et Laurent Reynaud
Nous aimons bien titiller les évidences en réinterrogeant ce qui ne l’est plus. Or, si l’utilisation du mot élève parait aujourd’hui évidente. Il fut un temps où le terme d’écolier semblait plus juste. Pourquoi changer de terme ? Peut-être pour faire réfléchir au sens de l’école. Si un élève c’est quelqu’un qui s’élève, qui est tiré vers le haut, l’organisation du quotidien éducatif démontre parfois que le terme se confond avec l’élevage et le dressage. Le changement de nom signe une volonté de considérer l’individu dans sa globalité et non uniquement par sa fonction préétablie d’élèves. Le terme évolant s’est imposé car ce qui compte ce n’est pas uniquement d’aller vers le « haut », un haut souvent prédéterminé et normé, mais d’évoluer. Nous avons aussi pensé à changer le terme d’enseignants. Nous y avons renoncé par peur de perdre en clarté, nous avons donc simplement limité l’utilisation du terme professeur car là aussi il y a une évidence à questionner : sommes-nous là pour professer ?
Nous voulions précisément sortir des dystopies en projetant un horizon écologique et social désirable et atteignable. Pour nous, le recours tous azimuts au numérique et, plus récemment, à l’intelligence artificielle est un projet de société qui prolétarise le métier d’enseignant. Dans notre quotidien d’enseignants, l’introduction du numérique nous amène davantage à remplir des cases qu’à enseigner. Ainsi, en début d’heure de cours, nous rentrons trois identifiants et mots de passe pour nous connecter à l’espace numérique de travail, autant de temps perdu à nous « connecter » aux élèves. Ceci dit, nous ne sommes pas technophobes, nous abordons donc le numérique, mais d’une autre manière que les projections habituelles de science-fiction qui en font la pierre angulaire des changements. Nous avons essayé de décrire un avenir réaliste : la limitation de la consommation de données semble être plus probable et en phase avec les enjeux écologiques. Le changement se situe ailleurs : l’humain et l’intelligence collective sont privilégiés.
Autant être clairs tout de suite : il n’y aura pas de concorde sur l’éducation. Nous ne l’envisageons donc pas. En revanche, ce que nous projetons, c’est que l’éducation redevienne un sujet de débat et de réflexion collective. Aujourd’hui, le sujet ne passionne pas les foules. Les politiques éducatives sont traitées à coup de décrets qui pleuvent, alors que la valse des ministres n’a jamais été aussi frénétique. La création du CNEP a selon nous deux intérêts : raviver la démocratie parlementaire, délibérative et participative, et inscrire les questions éducatives sur le temps long. Avec cette organisation, tout n’est pas pacifié, au contraire, les débats sont intenses et les controverses tenaces, mais au moins l’éducation redevient un sujet qui anime la société dans sa globalité. La concorde est là, finalement : elle porte, non pas sur la finalité éducative, mais sur l’intérêt porté aux questions éducatives.
Dans notre roman, la formation est reconnue comme partie prenante du métier… Cela relevait déjà de l’utopie à en croire les évolutions de ces dernières années. La dernière chronique de Camille dans le livre esquisse ce que pourrait être une formation plus opérationnelle : des finalités fixées par le CNEP (un soupçon de jacobinisme) et des mises en œuvre établies localement (un peu de girondisme) à travers ce que nous avons appelé des coformations. Il s’agit de formations entre pairs à l’échelle d’un établissement ou de structures voisines : éducations parentales, associatives, etc. Ces coformations existent déjà aujourd’hui à l’initiative de certains établissements ou de certaines équipes. Rien de spontané, mais au contraire une organisation minutieuse pour faire en sorte que tout le monde puisse s’exprimer et contribuer à la mutualisation et la réflexion collective. C’est pour nous la garantie d’une formation engageante et perçue comme utile car en phase avec les contextes et les préoccupations partagées.
Pour qu’elle soit connue, nous avons besoin d’une large diffusion. Pour qu’elle soit enrichie, nous avons besoin de critiques, de débats et de réflexions partagées autour des idées proposées. Pour qu’elle soit utilisée nous avons besoin de volonté : une volonté politique, déjà, et une volonté du quotidien pour s’extraire de la résignation et de l’épuisement. Bref, nous avons besoin que chacun se passionne pour ce qui doit rester une promesse d’avenir en commun : l’éducation.
Pour en savoir plus sur le livre et contribuer à la réflexion, rendez-vous sur cette page.
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