La classe de 4e B est une des classes coopératives du dispositif que nous mettons en place depuis sept ans au sein de notre collège REP+[Pour en savoir plus : Guillaume Caron, Laurent Fillion, Céline Scy, et Yasmine Vasseur, [Osez les pédagogies coopératives au collège et au lycée, ESF et Cahiers pédagogiques, 2018.]]. La fermeture de la classe prématurée (une semaine avant la fermeture officielle) nous a obligés à mettre en place des adaptations permettant de garder un certain nombre d’éléments du système. L’organisation coopérative déjà installée nous a avantagés. Cela aurait été beaucoup plus complexe de démarrer en distanciel !

Un padlet comme plan de travail

L’ensemble du travail des élèves est centralisé sur un padlet. Il classe les différents éléments par discipline. Les élèves y trouvent des travaux à faire de manière individuelle, mais aussi des créneaux de visioconférence pour les temps collectifs. Des éléments concernant la vie de la classe apparaissent également.
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Les élèves peuvent alors travailler à leur rythme dans un système assez proche d’un plan de travail, même si les séances de travail individualisé en présentiel sont d’une tout autre richesse. Le professeur principal centralise l’ensemble des informations, c’est lui qui informe les familles afin d’éviter de multiplier les canaux et les interlocuteurs.

Un conseil coopératif confiné

Nous avons jugé nécessaire de continuer à tenir le conseil coopératif[[Voir: https://www.cahiers-pedagogiques.com/IMG/pdf/organiser_la_cooperation_entre_eleves_-_fiche_3_les_conseils_cooperatifs.pdf]]. Il se déroule donc en visioconférence, selon les mêmes modalités qu’au collège. C’est un élève qui préside. La boîte à messages qui permet aux élèves de déposer un coupon de préparation de l’ordre du jour est remplacée par un formulaire en ligne disponible sur le padlet ou via un QR code.
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Un premier temps permet aux élèves de s’exprimer sur la manière dont ils vivent ce travail en distanciel. Les éléments habituels sont ensuite abordés : félicitations, remerciements, problèmes, propositions. C’est le temps où l’ensemble des acteurs peuvent discuter de l’organisation du travail à distance et donc ajuster le fonctionnement, poser des règles pour mieux apprendre lors des visioconférences.

Un des avantages du conseil coopératif à distance, c’est que d’autres professeurs que le professeur principal peuvent être présents, ce qui est rarement possible avec les emplois du temps en présentiel. Les règles habituelles de la classe se sont aisément transférées à distance, et ce temps est apparu nécessaire pour les élèves qui ont largement exprimé l’envie qu’un conseil se tienne à nouveau la semaine qui suivra les vacances.

Travail en groupe par visioconférence

L’usage de la visioconférence se fait avec parcimonie. Il est concerté afin de répartir les créneaux de manière la plus équilibrée possible. Nous nous fixons un maximum de deux heures par jour pour les élèves avec cette modalité. Un emploi du temps est fourni aux élèves afin d’avoir une vision claire sur ces moments.

En visio, il ne s’agit pas de faire ce qui peut être fait seul. Une séance peut par exemple s’organiser ainsi :
– un temps de questions rituelles (dix minutes) avec une correction collective (cela permet aux retardataires d’arriver, de se connecter, de régler les problèmes de son…);
– la présentation d’une situation-problème par l’enseignant (trois minutes) ;
– une réflexion individuelle des élèves (cinq minutes) ;
– une mise en groupe dans des sous-salles pour confronter les idées (cinq minutes, pendant lesquelles l’enseignant peut écouter mais n’intervient pas) ;
– une synthèse rapide des idées en collectif (trois à cinq minutes) ;
– un apport par l’enseignant des connaissances nécessaires liées au blocage créé par la situation (dix minutes) ;
– une mise en œuvre rapide de la notion avec une alternance de travail individuel, travail sur un tableau blanc collaboratif. L’idée est de fournir des rétroactions immédiates (dix à quinze minutes) ;
– un temps de débriefing : qu’avons-nous appris aujourd’hui ? (trois minutes).

Ainsi, la coopération en visioconférence se met essentiellement en place via le travail en groupe. La trace écrite, quant à elle, peut être copiée en dehors de ces temps, à partir du padlet où elle est déposée par l’enseignant.

Des outils numériques pour les traces écrites

Dans un souci de personnalisation, nous cherchons l’équilibre entre temps collectifs, coopération et temps individuel. Une partie du travail à faire seul se fait à l’écrit. Cela doit concerner du travail réalisable en autonomie, nous évitons ainsi les tâches complexes qui mettraient les élèves en difficulté seuls face à la tâche. Nous utilisons également des outils d’exercices en ligne permettant de récupérer des résultats et fournir des rétroactions aux élèves. C’est le cas de Tactileo (qui permet de créer soit-même des modules avec différents types de questions) ou de Labomep (avec la génération de séances d’exercices en ligne en mathématiques en fonction des thématiques et des profils d’élèves), les deux plateformes permettent à l’enseignant de suivre individuellement le travail des élèves. Il est aussi possible d’utiliser CoopMaths qui génère des exercices à données aléatoires.

Une «visio bilan» vient en aval de ces modules de travail en autonomie. Elle permet un temps de mise en commun pendant lequel le professeur peut insister sur les points essentiels, et vérifier certains acquis. Ce temps permet aussi aux élèves de poser d’éventuelles questions et d’échanger sur ce qui a été fait.

Aide et entraide

En classe coopérative, la demande d’aide est possible en cas de blocage, il en va de même à distance. Nous avons mis en place un tableau d’aide sur un outil type Framapad. Il fait écho à l’outil que les élèves ont l’habitude d’utiliser en classe. Les élèves peuvent s’y inscrire.

Nous pouvons alors répondre à leurs demandes, mais c’est aussi le cas de leurs camarades. Une partie de l’aide nous échappe alors, car les élèves déclarent massivement utiliser les messageries écrites de réseaux sociaux, plus marginalement des messages audio ou des SMS. La formation à l’aide reçue en classe permet d’éviter, autant que cela est possible, certaines dérives comme le fait de donner les réponses. La charte d’aide élaborée en classe est tout autant valable à distance.
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Tous les élèves peuvent aider, les compétences de certains dans les outils numériques permettent d’ailleurs la mise en œuvre de réseaux d’aide un peu différents de ceux mis en place en classe.

Nos classes ont basculé dans l’enseignement à distance une semaine plus tôt que l’ensemble de la France. Nous les avons interrogés sur l’usage de l’aide à distance : plus des trois quarts de nos élèves disent avoir aidé quelqu’un dans les dix derniers jours. Ces aides ont porté sur des notions mal comprises, du déblocage sur des consignes, l’organisation du travail ou l’usage des outils numériques. Globalement, ils trouvent l’usage de l’aide à distance plus complexe qu’en présentiel. Ils précisent en effet qu’il est beaucoup plus simple de se comprendre mutuellement lorsque le lien est réel. Quelques élèves ne voient pas de grandes différences entre l’aide à distance et l’aide en classe.

« Quoi de neuf ? »

Une discussion de classe sur une messagerie instantanée (dans laquelle sont également inscrits les enseignants et des parents) permet également aux élèves de recevoir les informations et de se les partager. L’entraide se met en place sur toute la partie organisationnelle et sur la gestion des outils de travail à distance.

Nous prévoyons également la possibilité pour les élèves d’animer un «Quoi de neuf ?» à distance. Il s’agit d’une activité d’expression libre sur un sujet qui leur tient à cœur. Chaque élève peut déposer son «Quoi de neuf?» sur une plateforme de partage. Il choisit le sujet et la forme (vidéo, audio, texte illustré, diaporama…). Chacun pourra ensuite y découvrir les productions de ses camarades. Les habituels applaudissements seront remplacés par les étoiles de satisfaction.
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L’enseignement à distance ne remplacera jamais ce que nous pouvons faire en classe. La coopération est facilitée par la présence physique, l’importance des gestes, des regards, de l’espace, des corps est importante. Toutefois, grâce à des petites organisations, cette coopération parvient à franchir le mur du distanciel qui offre des outils adaptés. L’équilibre des temps devient alors fondamental pour lutter contre l’isolement, le décrochage ou la surcharge.

Guillaume Caron et Laurent Fillion
Enseignants en classe coopérative au collège Vadez de Calais (Pas-de-Calais)


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