Allons z’enfants !

Un documentaire sur La Marseillaise qui interroge la laïcité et donne la parole aux jeunes. Un film à regarder et à discuter avec les élèves.

Elle ne vous quittera pas. Ses notes vont cheminer tranquillement dans votre tête, ses paroles vont se dérouler au rythme de leur énergie ou de leur violence (c’est à vous de voir). La Marseillaise est en vous et elle a posé tranquillement les germes d’une réflexion qui n’est pas nouvelle mais qui est formidablement bien formulée et revivifiée : vous venez de visionner le film stimulant de Vassili Silovic.

Entrainés, malgré vous, dès les premières minutes par la musique et le chant, c’est aussi à un voyage intérieur que vous êtes conviés, qui ne se lasse pas de vous titiller entre impression, décentration, réflexion et remise en question. Une mise en abyme depuis l’intérieur du chant jusqu’à l’intérieur de vous-même.

Entre exploration fine d’un hymne national et analyse de ce qu’il suscite, produit et engendre, le ton est donné par un réalisateur malicieux qui nous propose de regarder dans les yeux La Marseillaise. Sans tabous, on entre de plain-pied dans ce qui provoque parfois l’incompréhension ou ce qui entraine une forte adhésion. Les paroles de ce chant de Rouget de Lisle qui date de 1792 sont-elles aujourd’hui compréhensibles ? Faut-il réécrire La Marseillaise ? Finalement, de quoi La Marseillaise est-elle le nom ?

Interroger les symboles

Des historiens, des élus et des élèves répondent. Les témoignages sont unanimes : La Marseillaise agit comme un totem. Elle rassemble, elle unit, elle donne de la force. Pourtant, elle n’est pas sans provoquer des remous, des interrogations, voire même un malaise. Pas si simple en effet d’articuler héritage, compréhension du legs et nécessité de s’adapter au temps, de faire sens.

Le documentaire est bien construit, finement mené. Il nous invite parallèlement à imaginer une nouvelle Marseillaise. On se laisse prendre au jeu (un reggae ? un air plus pop ?) Et si justement, cette question de la modernité était un leurre : déboulonner La Marseillaise, une affaire qui semble offrir aujourd’hui un écho évident aux théories woke. Murmurer tout bas le sang impur comme le préconise une élue ? Une secrétaire d’État qui chante à tue-tête La Marseillaise, jusqu’au malaise devant un parterre d’élèves muets, indifférents ou navrés ?

Allons z’enfants ! Interrogeons donc les symboles. Croisons les approches, multiplions les références philosophiques, historiques, sociologiques. Et si finalement, il s’agissait seulement de donner du sens à cette Marseillaise, comprendre ce qui se joue quand on la joue.

L’incroyable besoin de comprendre des élèves

Passer par le tableau de Isidore Pils du musée de Strasbourg puis sourire avec l’extrait du film de Jean Renoir qui fait dire à l’un de ses personnages que La Marseillaise n’est, d’une certaine manière, que le tube du moment et qu’elle ne provoquera rien de plus qu’un engouement passager ! S’interroger à partir de la remarque de l’historien Pascal Ory, « il faut un drame pour que l’hymne retrouve toute sa vigueur », enfin chanter et penser.

Chant révolutionnaire ou nationaliste, chant fédérateur ou dépassé, la parole est aux jeunes : émotion, force, « c’est tout ce qu’est la France ». Pas si simple, donc, cette histoire de symboles et de valeurs républicaines. Justement, pas facile non plus d’aborder le principe de laïcité. C’est le choix qui est également fait par le réalisateur. On assiste ainsi à un débat dans un lycée et on perçoit très vite l’incroyable besoin de comprendre des élèves et l’illustration du décalage entre des grands principes, leur compréhension et leur appropriation.

Le film de Vassili Silovic est une belle approche didactique de la transmission des valeurs à l’école et délivre ainsi une recette pédagogique pertinente : c’est par l’association de la raison, de l’imaginaire et du désir de comprendre que l’on forme des esprits.

Allons z’enfants, place à l’esprit critique autour de notre Marseillaise ! N’est-ce pas là l’ingrédient essentiel du réenchantement des valeurs républicaines à l’école pour une mise en œuvre véritable de la pédagogie de la laïcité ?

Corinne Vezirian
Enseignante en histoire, chargée de mission Laïcité et citoyenneté à l’Inspé de Lille
La Marseillaise Remix, un film de Vassili Silovic
Production: Zadig Productions/France TVDiffusé 22 novembre 23h05 sur France 3 Grand Est et disponible pendant 1 mois à partir du 23 novembre : https://france3-regions.francetvinfo.fr/grand-est/
Pour contacter le réalisateur : vassili.silovic@gmail.com

Sur notre librairie :

N° 530, « Former les futurs citoyens »

Coordonné par Laurent Fillion et Pascal Thomas

Mise en place du nouveau socle commun, de l’enseignement moral et civique : l’éducation à la citoyenneté, thème souvent abordé par les Cahiers pédagogiques, revient au cœur des préoccupations. De quelle éducation à la citoyenneté parle-t-on ? Comment ne plus la confondre avec une éducation au civisme et à la civilité ?