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La réponse ne peut pas être la violence

Photo de lycéens manifestant devant un mur tagué "Antfia" et "ACAB".
Photo de lycéens manifestant devant un mur tagué "Antfia" et "ACAB".

Des lycéens manifestant le 1er octobre 2026. D.R.

Les enseignantes et enseignants peuvent-ils rester indifférents à la mobilisation des lycéens pour réclamer de meilleures conditions d’études en cette rentrée 2026 ? Pas la présidente du CRAP-Cahiers pédagogiques en tout cas, dont voici les réflexions à propos du discours médiatique sur cette mobilisation et de la réponse qui y a été apportée ces derniers jours et des violences.

Même si je me tiens de plus en plus éloignée des flux d’actualités en continu, sources d’anxiété et de mésinformation, je ne peux pas échapper aux nouvelles des blocus lycéens et de leur répression.

Il est difficile de garder le sens de la nuance dans une époque où le débat public est de plus en plus polarisé et conflictuel. Les mouvements lycéens sont cycliques dans ce pays, on peut même dire rituels. Impossible de prédire l’étincelle qui va les déclencher à chaque fois, mais les réactions, elles, sont (tristement) prévisibles.

Colère légitime

Les lycéens ont un sujet de colère, légitime et bien documenté : l’état déplorable de leurs lycées et le manque d’encadrement, notamment en Seine-Saint-Denis, mais pas seulement. Mais cette revendication de meilleures conditions d’études va plus loin, et finalement elle s’adresse à la société toute entière et à la façon dont elle (mal)traite sa jeunesse.

Au-delà des cours de maths et des toits étanches, ce que réclament les lycéens, c’est un avenir qui ne soit pas fait de précarité, une entrée dans le monde du travail qui ne se résume pas à des enchainements de stages, d’alternances et de contrats courts, à une smicardisation sans avenir, à un accès au logement et à la santé qui ne relève pas de l’impossible.

Les moyens d’actions sont rituels eux aussi. Blocages des lycées, parfois pacifiques, parfois accompagnés de dégradations, feux de poubelles, grilles et abribus cassés. On sait bien que dans les manifestations lycéennes, il y a des convaincus qui forgent là leur apprentissage militant, et puis aussi des opportunistes qui viennent par effet de groupe, qui espèrent s’amuser, voire chercher des émotions fortes, et puis aussi des casseurs, et puis des provocateurs qui espèrent le grand soir cette fois-ci, encore. On le sait.

Réactions prévisibles

Les réactions, elles aussi, sont prévisibles. On pourrait écrire à l’avance les discours des uns et des autres. Ceux qui héroïsent comme ceux qui méprisent. Faut-il héroïser la jeunesse qui manifeste ? Je pourrais répondre que, par principe, je n’héroïse personne. Que j’admets la légitimité des revendications, pas celle de la violence. C’est une réponse qu’on pourrait trouver un peu tiède et facile.

Est-ce que je défends la jeunesse qui manifeste ? Oui, par principe. Je suis enseignante, mon identité et mon éthique professionnelle m’incitent à défendre celles et ceux qui pourraient être mes élèves. Même quand ils se comportent « mal », même quand leurs provocations me paraissent idiotes. Parce que ce contre quoi il faut les défendre a changé de nature ces quinze dernières années.

Entendons-nous, je ne dis pas qu’il est défendable ni malin de mettre le feu aux poubelles ou de casser un abribus. Mais ce qui a changé, c’est la nature des réactions des autorités. La doctrine du maintien de l’ordre en France a évolué de façon consternante vers une répression toujours plus violente.

Pas de recherche d’interlocuteurs, pas de désescalade. L’affrontement, immédiat, avec des actes d’une violence inouïe comme les tirs tendus de grenades lacrymogènes ou de LBD, les coups de matraque, les placages violents. Avec des blessures graves comme conséquence, et plus encore une partie de la jeunesse qui ne voit plus en la police qu’une bande adverse et dangereuse.

Les réactions politiques, ou bien celles des quidams sur les réseaux peu sociaux, sont représentatives de l’image que la société se fait de sa propre jeunesse, surtout si elle habite les quartiers populaires. Une classe dangereuse, les garçons surtout.

Mépris de la jeunesse

Alors oui, il y a du virilisme imbécile. Mais il y a surtout un mépris écrasant, celui des dominants, celui de politiques qui désignent la jeunesse populaire, surtout si elle est colorée, comme une nuisance. Ce mépris n’est pas exprimé seulement quand les lycées s’embrasent, il est une expérience vécue quotidiennement par une partie de la jeunesse.

La violence des uns renvoie à celle des autres dans un cycle sans fin. Les adultes renoncent à leur position éducative. Très officiellement, les ministres de l’Intérieur successifs transmettent à la police et à l’opinion l’idée que la jeunesse n’est bonne qu’à être matée. Comme on le dit ironiquement sur les réseaux, « qu’est-ce qui pourrait mal tourner ? »
Sommes-nous condamnés à maltraiter notre jeunesse, notre avenir ? Comment passer, collectivement, du « ils l’ont bien cherché » au « donnons-nous les moyens d’éduquer et former correctement notre jeunesse » ?

Alexandra Rayzal
Enseignante d’histoire-géographie et présidente du CRAP-Cahiers pédagogiques

 


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