Les Cahiers pédagogiques sont une revue associative qui vit de ses abonnements et ventes au numéro.
Pensez à vous abonner sur notre librairie en ligne, c’est grâce à cela que nous tenons bon !

« Enseigner l’Europe sert à rapprocher les uns des autres »

L’Europe n’est ni une forteresse ni un modèle parfait. Elle évolue autour de valeurs partagées. Comment enseigner cette Europe vivante, contradictoire et inspirante ? Comment donner aux élèves les outils d’une citoyenneté européenne ouverte et critique ? C’est l’objet du dossier du n° 607 des Cahiers pédagogiques, « Enseigner l’Europe », dont les coordinatrices, Mélanie Horwitz et Nathalie Samy, nous donnent ici un aperçu des enjeux et des articles à découvrir.
Pourquoi faire un dossier sur l’Europe et l’école aujourd’hui ? Quels sont les enjeux ?

L’Europe est une notion difficile à cerner, que ce soit d’un point de vue géographique, culturel, politique, économique, etc. Nous voulions donc que ce dossier permette de se poser la question de ce que signifie être européen et de ce que l’on choisit de considérer comme européen. Pour nous – c’est peut-être un peu naïf et grandiloquent – l’Europe peut représenter un espoir face aux dérives du monde actuel, entre crise du libéralisme, mondialisation, problématiques climatiques et environnementales, dictatures, etc. Les enjeux qu’il y a à enseigner l’Europe sont donc énormes, car c’est avant tout un espace pour faire vivre des idéaux : de paix, de respect de l’autre et d’esprit critique.

Enseigner l’Europe, ça sert à ça : à rapprocher les uns des autres, à accueillir l’altérité sans en avoir peur, à faire réfléchir, à s’inscrire dans une histoire commune et aussi à faire créer et à rêver, ou encore à développer des compétences non seulement psychosociales et comportementales mais aussi communicationnelles et argumentatives, par exemple. C’est aussi donner aux élèves des clés pour comprendre un espace politique et culturel dans lequel ils vivent déjà, même s’ils n’en ont pas toujours conscience.

Il est donc vraiment essentiel que l’école se saisisse de ce levier qui crée du lien entre les disciplines, permet également le plus souvent de s’inscrire dans une dynamique de projet et de travail collectif.

Qu’est-ce que c’est que l’Europe, vue de l’école ?

Si on s’en tient aux programmes, l’Europe est parfois encore trop souvent vue à travers ses institutions. Or, enseigner l’Europe, ce n’est pas seulement enseigner la construction européenne ou l’histoire de l’Europe : c’est aussi donner à chacun les moyens de se construire comme citoyen européen.

Ce dossier permet de mettre en lumière le fait que l’Europe n’est pas un objet parfaitement défini. C’est aussi un objet à questionner. Et surtout, l’Europe est à expérimenter, à découvrir grâce à des projets et des liens.

D’un côté, il y a les voyages scolaires ou les contacts virtuels via e-Twinning, les stages en entreprise, les échanges. Tout cela donne lieu à des expositions, des publications scolaires, etc. D’un autre côté, il y a des projets qui font connaitre ou promeuvent des valeurs communes, comme des actions autour de l’environnement ou des activités de réflexion et de débats sur les lois européennes. Il y a aussi l’idée de bénéficier de l’expérience des autres, que ce soit à travers des stages enseignants qui permettent de voir comment est traitée telle ou telle problématique dans un autre pays, ou à travers des projets universitaires qui comparent les systèmes et les curriculums. Bref, l’Europe pour l’école est une source d’enseignements renouvelés, de créativité pour les enseignants comme pour les élèves, et de création de sens. Travailler sur l’Europe, c’est aussi réfléchir à quel monde on souhaite mettre en œuvre pour demain.

Est-ce qu’enseigner l’Europe peut se faire sans un projet Erasmus ?

Bien sûr ! Les financements Erasmus – désormais Erasmus+, qui élargissent les possibilités aux scolaires, aux apprentis, aux stagiaires et aux enseignants – peuvent prendre des formes très variées, de l’accès à la plateforme e-Twinning au financement de voyages individuels ou de groupes, d’un projet d’école à quelque chose de beaucoup plus large, intégrant différents établissements partenaires à travers l’Europe ; et ils donnent une impulsion souvent très facilitatrice. Cela se reflète dans le dossier : les projets sur fonds européens sont très nombreux parmi ceux relatés par les articles.

Mais il y a plein d’autres façons de se construire une connaissance et une expérience de l’Europe ! On peut tout à fait développer sa culture européenne en restant dans sa classe ou dans sa région. C’est le cas quand on choisit de travailler autour de contes qui viennent de différents pays pour saisir la portée des différentes variations des histoires ; c’est le cas aussi quand on rencontre, parfois virtuellement, un artiste d’un autre pays (lire le récit que fait Anastasia Fetnan de la rencontre de ses élèves, en allemand, avec un auteur syrien ayant émigré en Allemagne) ou quand on apprend une langue et, à travers cet apprentissage, qu’on s’acculture à d’autres façons de penser.

La mobilité n’est donc pas une fin en soi : ce qui est intéressant pédagogiquement, c’est ce qu’elle permet de faire en termes de décentrement, de comparaison et de réflexion. On peut voyager sans vraiment interroger son propre regard, comme on peut découvrir l’Europe sans quitter sa classe. L’enjeu est donc moins de « bouger » que de créer les conditions d’une rencontre et d’un déplacement du regard.

Qu’est-ce que vous retenez plus particulièrement du travail sur ce dossier et de vos échanges avec les auteurs et autrices ?

Ce que nous retenons en premier lieu, c’est que nous n’avons pas tous la même vision de l’Europe et qu’il y a plein de façons de l’approcher, de la questionner.

Ensuite, à travers la grande diversité des travaux proposés, il y a une forte dominante des projets et des activités collectives : l’Europe est un sujet qui permet vraiment de travailler ensemble, par-delà les frontières habituelles, qu’elles soient géographiques ou disciplinaires. Quand ils montent un projet autour de l’Europe ou avec l’aide de l’Europe, les enseignants apprennent tout autant que leurs élèves, et avant tout à travailler ensemble, à se questionner et à se remettre en question.

Par ailleurs, il nous a semblé que sur les projets liés à l’Europe, l’enseignement technologique et professionnel est à la pointe, peut-être justement parce qu’on y travaille plus facilement en coenseignement, de manière transversale, et en direction du monde tel qu’il est.

Enfin, nous retenons aussi que c’est une thématique qui s’adresse ou intéresse plutôt « les grands », du collège à l’université. Les actions en direction des tout-petits (voir l’article sur e-Twinning en maternelle de Karine Leuba) ou en école (comme celle de la Crèmetterie sur laquelle se centre l’article d’Hervé Petiteau et Pauline Bianchi) existent, mais elles restent minoritaires, et il y a clairement des enjeux à développer cet axe de travail.

Propos recueillis par Cécile Blanchard

Sur notre librairie

Couverture du numéro 607, « Enseigner l’Europe »