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L’école à l’heure du Covid-19

Tout tenter pour leur faire du bien

Rabah Aït Oufella, Dominique Sénore

30 mars 2020

Quelques réflexions et propositions pour enrichir les pratiques professionnelles.

La continuité pédagogique est une idée généreuse et nous faisons le constat qu’un excès de zèle apparaît chez certains praticiens et chefs d’établissement, alors même que les modalités de mise en œuvre n’ont pas été suffisamment anticipées.
L’effet s’en trouve amplifié par un surplus d’angoisse provoquée par la situation inédite que nous vivons. Aussi, pour pallier ces difficultés, un travail coopératif et créatif conduit par chacune et chacun des membres de la collectivité éducative, au sens large (membres des équipes éducatives, pédagogiques et thérapeutiques, personnels de direction et d’inspection), semble plus que jamais nécessaire.
Après un premier article qui présentait les témoignages, ce second texte propose des réflexions et pistes de travail pour enrichir la pratique professionnelle des uns et des autres.


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Nous le redisons, le confinement ayant été décidé afin de sauver nos vies, la fermeture des écoles, collèges, lycées, Centres de formation des apprentis et tous les établissements d’enseignement est une décision nécessaire, obligatoire. De fait, l’école à la maison, afin d’assurer une continuité pédagogique, doit effectivement se mettre en place. Mais il nous semble que cette nouvelle disposition, si on veut qu’elle produise les effets escomptés et ne laisse aucun élève sur le bord du chemin mérite une mobilisation de l’ensemble des professionnels du système éducatif. Cela nous oblige, dans le respect des libertés individuelles et du droit du travail, même en situation d’état d’urgence décrété, les pouvoirs de l’exécutif sont accrus. La mise en œuvre de la continuité pédagogique exige une prise de distance et une capacité de discernement décuplées par rapport à ce que font les enseignants en temps ordinaire et normal. Dans une classe par exemple, les professeurs observent leurs élèves, savent quand ils doivent intervenir auprès de celle-là ou de celui-ci. Dans cette période, l’observation n’est pas possible ou alors bien différente. Alors, la mesure doit être la norme. La majorité des témoignages reproduits montrent que la tendance est à l’excès : excès de travail envoyé, excès d’évaluation sommative, excès de devoirs et d’exercices pour chacune des disciplines, parfois même excès de réunions virtuelles imposées par les chefs d’établissements…

Serait-il possible…

Serait-il possible par exemple que les enseignants d’une classe de collège ou lycée coordonnent leurs demandes, quitte à proposer un exercice ou une leçon capable de répondre à plusieurs disciplines ? Cette coordination pourrait être régulée par les professeurs principaux.

Serait-il possible par exemple que les CPE, les assistants et assistantes sociaux, les chefs d’établissement et leurs adjoints renseignent les professeurs sur les situations des familles les plus en difficulté afin qu’ils puissent, en connaissance, ajuster leurs demandes, en se mettant à leur portée ? Cela peut se traduire par des propositions différenciées mais tout aussi exigeantes et rigoureuses. Il y a là un moyen de faire à nouveau réussir ces élèves, même avec des propositions beaucoup plus simples. Nous sommes persuadés que c’est la réussite qui permet et facilite la motivation et non l’inverse.

Serait-il possible par exemple que les chefs d’établissement fassent preuve d’empathie dans leurs messages et adressent aux personnels dont ils ont la responsabilité des mots de réconfort et de félicitation pour le travail fourni, la proposition créative ou encore la coordination d’une équipe ? Nous savons, car nous avons des exemples, que beaucoup le font mais des contre exemples existent, malheureusement.

Serait-il possible par exemple que les membres des corps d’inspection reviennent, en cette période si particulière, à ce qui devrait être le fondement de leur travail : l’accompagnement formatif, professionnel et pédagogique des enseignants ? Les inspectrices et les inspecteurs, du premier degré en lien étroit avec leurs conseillères et conseillers pédagogiques, comme ceux du second degré ont là une occasion magnifique de promouvoir cette mission essentielle et de proposer ou diffuser des merveilles pédagogiques pour faciliter le travail des professeurs.

Serait-il possible par exemple que les inspectrices et inspecteurs généraux qui rédigent de nombreux rapports remis au ministre mettent à disposition de la communauté éducative des outils opérationnels rattachés aux pratiques de l’enseignement et de l’accompagnement professionnel à distance ? Nous les croyons capables de faire de fructueuses propositions, directement aux équipes pédagogiques, pour peu qu’ils acceptent de mettre « la main à la pâte ».

Serait-il possible par exemple de travailler en liens étroits avec les fédérations de parents d’élèves, les associations d’activités péri et extrascolaires et toutes celles qui sont actives dans les champs de l’éducation, de l’art et de la culture. Il doit être possible de virtuellement les réunir (par exemple sous l’égide des rectrices et des recteurs qui ont à leurs côtés des personnels chargés de la vie scolaire par exemple) afin de proposer une diversification des activités à distance ? Nous savons qu’un juste milieu doit être trouvé et que cette fois, il se doit d’être le milieu du juste.

Serait-il possible par exemple que les formatrices et formateurs des INSPE regroupent leurs propositions d’actions disciplinaires et pluridisciplinaires pour une continuité pédagogique efficiente ? Nous savons que ces personnels sont impliqués dans la recherche mais aussi la création et la mise en œuvre d’outils pragmatiques d’accompagnement et d’enseignement. Le moment est venu d’en faire profiter l’ensemble de la communauté éducative et pédagogique.

Le chemin se construit en marchant. (A. Machado)

Voilà quelques réflexions et propositions qui nous sont venues après avoir échangé et découvert ces témoignages. Nous n’étions que deux. Vous rendez-vous compte du nombre d’autres propositions qui pourraient émerger si les professionnels de l’éducation, de la formation et de l’animation acceptent de réfléchir ensemble pour agir. Leur seul mot d’ordre pour réguler les interventions et propositions de chacune et de chacun : tentons d’être empathiques et refusons toute critique négative qui ne serait pas accompagnée de propositions réalistes.

Enseigner est un métier aux multiples facettes ! Nous le savons, et beaucoup se rendent compte désormais de la diversité des tâches qu’il peut revêtir (mais pas encore la porte-parole du gouvernement). Toute l’expérience vécue et partagée actuellement sous la contrainte devra être théorisée, sans doute formalisée pour assurément guider nos choix de citoyens lors des prochaines échéances, alors que cette terrible crise sanitaire sera derrière nous.

Protégez-vous ! Poursuivez votre magnifique mission, montrez la voie, quelle que soit votre titre ou grade. Les élèves comptent sur vous !

Rabah Aït Oufella, professeur de Lettres-Histoire en Lycée professionnel et ancien journaliste
Dominique Sénore, pédagogue


Marcheur, ce sont tes traces 
ce chemin, et rien de plus ; 
Marcheur, il n’y a pas de chemin, 
Le chemin se construit en marchant. 
En marchant se construit le chemin, 
Et en regardant en arrière 
On voit la sente que jamais 
On ne foulera à nouveau. 
Marcheur, il n’y a pas de chemin, 
Seulement des sillages sur la mer.

Antonio Machado


À lire également sur notre site :

Essayez de ne pas leur faire mal…, Rabah Aït Oufella, Dominique Sénore

Continuité pédagogique : comment ne pas creuser les inégalités ?, Guillaume Caron, Sylvain Connac, Laurent Fillion, Carole Gomez-Gauthié, Cyril Lascassies, Cécile Morzadec, Nathalie Noël


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