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Les 20 ans de La main à la pâte

Rendre les sciences aimables

Jean-Michel Zakhartchouk

16 juin 2015

On entend assez peu la voix des scientifiques lors des débats sur la réforme du collège. Peu de réactions au discours d’un Bruno Le Maire qui, au nom des « fondamentaux », voudrait liquider les sciences à l’école primaire et, en bon « lettré humaniste », considère qu’au fond, les sciences , ça ne doit pas concerner tout le monde. Et pourtant, célébrant les 20 ans de cette importante innovation qu’a été le dispositif « La Main à la pâte », créé en 1995 à l’initiative de Georges Charpak en 1995, de « vieux messieurs », savants réputés et souvent très pointus dans leur domaine, donnent un coup de jeune à des débats souvent bien tristes et tranchent avec le discours décliniste et anti-jeunes des papys-ronchons.


Invité dans ce cadre prestigieux et magnifique de la grande salle des séances de l’Institut de France,le 9 juin, j’ai pu apprécier ces interventions qui mettaient en avant l’esprit d’initiative, la créativité, la nécessité de rendre actifs les élèves dans l’enseignement des sciences et surtout l’exigence forte d’interdisciplinarité. La contribution de Cédric Villani était bien stimulante, avec une dose d’humour dont on sait que ce « médaille Fields » des maths n’est pas dépourvu ! Il indiquait notamment ce qui, selon lui, pouvait faire accepter par tous la « souffrance de l’apprentissage » (laquelle est bien sûr inévitable) et du coup émettait quelques propositions pour un enseignement rénové : valeur de l’implication dans des projets accessibles, mettre à disposition des élèves « toutes les expériences du monde », créer des dynamiques collectives, atténuer les barrières entre les disciplines, voire les marier entre elles, résister à la pression du bouclage des programmes au profit d’une liberté pédagogique inventive, tout en insistant sur l’importance de la formation des enseignants.

Yves Queré, co-fondateur de La main à la pâte, soulignait pour sa part l’engagement fort et constant de l’Académie des Sciences en faveur de ces projets et exaltait la « joie d’apprendre », mais aussi mettait en avant une des missions des sciences : former l’esprit critique, dévoiler ce qui est caché dans une recherche de la vérité, en partant des questions naïves pour aller chercher les réponses de « la nature » à travers expériences et démarche d’investigation. En ouvrant les Maisons des sciences destinées à la formation des enseignants, en collaboration avec les ESPE, c’est une nouvelle étape qui s’ouvre.

Grâce à La main à la pâte, les sciences qui étaient à l’abandon à l’école primaire gagnent des adeptes. On a pu voir quelques manifestations du magnifique travail mené un peu partout en France métropolitaine et outre-mer le lendemain à la Sorbonne, pour une célébration plus festive.

Les petits écoliers de Nogent-sur-Oise, dont nous avons relaté les exploits théâtraux passés (du moins ceux de leur école les années précédentes) dans les Cahiers pédagogiques, ont soulevé l’enthousiasme du public avec leur représentation du spectacle « Pris par la glace » conçu par les élèves eux-même, spectacle qui mêlait sciences (les états de l’eau) et culture littéraire (poème de Valéry ou épisode du Roman de Renart), tandis que des élèves lorrains d’Augny montraient la vidéo de leur travail mêlant science et musique et que des jeunes collégiens de Sévigné à Perpignan donnaient un exemple concret de pratique de l’enseignement intégré des sciences et technologies (EIST) à travers un projet Eco-Quartier. Un film évoquait aussi une pratique La main à la pâte en ULIS, témoignage émouvant et chaleureux.

Beaucoup d’enthousiasme, et encore une fois un démenti à tous ceux qui nous livrent un message désespérant et méprisant pour la jeunesse et tout le travail innovant qui se fait de la maternelle au lycée pour faire aimer les sciences, pour rendre celles-ci « aimables ».

Un livre d’or des 20 ans est accessible en ligne sur le site de la Fondation La main à la pâte.

Jean-Michel Zakhartchouk

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Dominique Courtillot et Évelyne Chevigny
Préface de Pierre Léna

L’approche par compétences, qui s’est développée au cours de la dernière décennie dans de nombreux systèmes éducatifs, est venue profondément interroger les enseignements. Parallèlement émergeait la nécessité d’élaborer avec les élèves une culture scientifique, ensemble articulé de savoirs et de démarches dépassant le strict cadre disciplinaire. Cet ouvrage constitue un point d’étape sur la façon dont les enseignants de sciences s’approprient les différentes questions soulevées par ces évolutions profondes. Il s’inscrit volontairement dans une logique de continuité des apprentissages. Combinant analyses et situations concrètes, il aborde l’impact des changements sur les pratiques, décrit des scénarios pédagogiques visant la construction de la compétence, donne des exemples de travail interdisciplinaire et propose des pistes pour évaluer les acquisitions. Les professeurs y trouveront donc de quoi nourrir leur propre réflexion sur la mise en oeuvre dans leurs classes d’un enseignement des sciences attractif et ambitieux.