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Reportage à l’ESENESR

Au coeur de la formation (2/5)

Témoignages et formation des chefs d’établissements, formation des inspecteurs

18 novembre 2014

Comment s’organise en coulisses cette école de cadres qui va proposer cette année 45.000 journées de formation ? Et avec une telle activité, réussit-on à rester des artisans de cette formation ? Après la logistique, voici un zoom sur des témoignages de chefs d’établissements stagiaires, sur la formation des chefs d’établissements et celle des inspecteurs.


L’ESEN en cinq tableaux :

**La logistique (1/5)
**Témoignages et formation des chefs d’établissements, formation des inspecteurs (2/5)
**La formation des personnels scolaires, l’innovation pédagogique et le numérique (3/5)
**International et partenariats, enseignement supérieur et recherche et deux témoignages de chefs d’établissements stagiaires (4/5)
**Le centre de ressources, le secrétariat de direction et le directeur de l’école (5/5)

Après le repas un groupe aux éclats de rire. Tous viennent de l’académie de Reims. Pourtant, ils viennent juste de se rencontrer pendant la formation qui commence. De l’avis général, « une formation dense ». Ils étaient professeur, CPE, conseiller d’orientation psychologue ou directeur d’école. Qu’est-ce qui leur a fait sauter le pas du concours ?

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Des stagiaires de l’académie de Reims

Souvent à la fois une insatisfaction dans ce qu’ils vivaient : « L’impression de ne plus avoir de surprise, que tout tournait trop bien, trop facilement » ; « j’étais tombé dans une routine, et beaucoup d’ennui » ; et à la fois un désir d’agir davantage ou autrement, « l’envie de changer de cylindrée » ; « le désir de défendre plus activement encore l’équité, de réparer l’ascenseur social en panne » ou « l’envie de mener des projets qui entraînent tout le monde. » Mais le déclic est parfois venu d’un inspecteur, ou de leur famille qui leur a suggéré cette idée. On ne pense donc pas toujours que l’on pourrait devenir chef d’établissement...
Justement, quels chefs d’établissement espèrent-ils être ? « Un manager bienveillant », avance l’un. « J’espère que l’on me trouvera humaine et juste » ; « J’aimerais être un impulseur rassurant » ; « moi, un moteur avec lequel les personnels se sentiront en sécurité. »
Pour eux, , le premier bénéfice de la formation aura sans doute été de créer le groupe où chacun a pu prendre une petite respiration avant de boucler ses dossiers, quitter ses collègues, puis préparer ce qui vient, non sans doutes intérieurs, mais qui resteront invisibles. Et une nouvelle vie commencera.
Ces stagiaires-là ne se prennent pas pour des titans. Mais ils ont osé franchir le Rubicon, comptant peut-être sur leur formation pour assurer et rassurer cette audace.

Cette formation et les autres formations, quelles seront-elles ? Qui les encadre ? Là aussi on se demande si les contenus auront su rester souples malgré des contraintes évidemment fortes émanant des directions politiques et des directives ministérielles. Et si les ingénieurs de formation responsables de chacune d’entre elles sont des gens de fond ou de forme, s’ils savent et aiment travailler ensemble, s’ils se parlent en buvant un café ou s’envoient des notes de service d’un bureau à l’autre, s’ils ont encore en “idée de derrière” comme dirait Pascal, les élèves, les enseignants, les personnes. Des visages et pas seulement des chiffres. Des lignes éthiques et pas seulement des numéros de BO.

On frappe. Jacques Braisaz-Latille, responsable de la formation des personnels de direction, entre...

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Jacques Braisaz-Latille

« Les stagiaires vont se retrouver en présentiel à l’ESENESR quatre fois sur trente mois, avec des sessions de quatre jours, puis deux jours et demi. Mais ils auront également un suivi à distance, avec un parcours numérique de formation et un accompagnement par d’autres chefs d’établissement. »

Jacques Braisaz-Latille a été enseignant, puis chef d’établissement. « Mon meilleur souvenir, ce fut de faire écrire un projet d’établissement complet dans un lycée militaire, avec des personnels détachés. » Le métier, il le connait bien. Même s’il est rompu à ses fonctions, et dans une équipe qui avance tambour battant, lui aussi garde-t-il alors allumée la bougie de l’artisan ? Son gout pour encadrer des équipes l’est en tout cas visiblement. Il émane de sa présence un désir de faire toujours pour le mieux, mais un mieux à l’aune de lui-même et pas d’une progression théorique : il souhaite redevenir personnel de direction et retourner sur le terrain.

La promotion 2014 dont faisait partie le groupe de Reims compte 645 personnes, reçues au concours, ou retenues sur liste d’aptitude et quelques détachés viennent d’autres ministères, dans le cadre d’une seconde carrière. Et, fait étonnant, les stagiaires ont entre 28 et 50 ans et donc des parcours multiples.

Les grandes priorités de la formation, quelles sont-elles ? « On peut citer le pilotage de l’EPLE en lien avec le projet d’établissement et dans le territoire, le management des relations humaines, dans le cadre notamment de la dimension « climat scolaire ». Et tout est guidé par la réussite éducative de l’élève, avec les partenariats, les relations aux parents. » Et si l’on devait garder un maitre-mot pour l’ensemble de la formation ? « Ce serait de former à une autonomie intelligente. Je suis convaincu qu’un chef d’établissement peut faire bouger les choses en matière de réussite des élèves, mais peut également être attentif au développement des compétences et au bien-être des personnels. »

Quid des inspecteurs ? L’esprit de leur formation diffère-t-il ? La formation se situera pour partie à l’ESENESR, avec six présentiels sur 18 mois, et pour partie en académie et sur le terrain, avec un accompagnement par des pairs. « On entre en fonction directement, la formation se fait en même temps que la prise de poste », Christian Lajus, responsable de la formation des inspecteurs 1er et 2nd degré. « IEN information et orientation, enseignement technologique ou primaire, et IA-IPR, de disciplines ou administration et vie scolaire, tous sont regroupés, ce qui permet un travail sur l’identité professionnelle, sur la culture partagée et commune. »

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Christian Lajus

Cette année, 193 inspecteurs suivront la formation, inspecteurs aux origines diverses : professeurs du 2nd degré, professeurs des écoles, conseillers pédagogiques notamment. Si la majeure partie d’entre eux sont recrutés par voie de concours, certains le sont également par liste d’aptitude ou par détachement.

Les grands pôles de la formation ? « Le métier est en évolution forte : on est passé du contrôle à l’animation pédagogique, avec observation, conseil, accompagnement ; les évaluations portent de plus en plus sur une école, un cycle, une discipline. Il s’agit aussi de repérer les pratiques innovantes et de les faire connaitre. De repérer ainsi les enseignants “remarquables”. « Mais la dimension communication est présente également, on l’a vu avec les nouveaux rythmes scolaires.. » Le contenu prépare aussi à l’aspect formation présent dans les missions dévolues aux inspecteurs : formation en ESPÉ ou à distance, via la plateforme M@gistere. Christian Lajus lui aussi vient des classes, puisqu’il était instituteur, « dont douze ans en classe unique. Mes meilleurs souvenirs... ». Il est ensuite devenu directeur d’école, conseiller pédagogique, inspecteur avec une spécialisation ASH et enfin conseiller du directeur académique, avant de rejoindre l’ESENESR il y a trois ans. Le parcours doit se qualifier brillant mais l’homme semble surtout marqué par ses racines dans la terre des classes. Qu’en sera-t-il avec Thierry Revelen, chef du département des formations de l’enseignement scolaire ?

Voir en ligne : Le site de l’ESENESR

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L’administration tue-t-elle la pédagogie ?

Revue n°383 - avril 2000

Dans quelle mesure l’organisation des structures scolaires (direction, emploi du temps, agencement de l’espace, constitutions des équipes, projets) pilote l’activité pédagogique, la contraint, l’étouffe ou, au contraire, sert de cadre à une démarche qui l’inspire ?