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HSN 48 - Espaces et architectures scolaires

À la conquête de l’espace !

Avant-propos, par Nadine Coussy-Clavaud et Cathy Marret

26 janvier 2018

« J’aimerais qu’il existe des lieux stables, immobiles, intangibles, intouchés ou presque intouchables, immuables, enracinés ; des lieux qui seraient des références, des points de départ, des sources. De tels lieux n’existent pas et c’est parce qu’ils n’existent pas que l’espace devient question, cesse d’être évidence, cesse d’être incorporé, cesse d’être approprié. L’espace est un doute : il me faut sans cesse le marquer, le désigner ; il n’est jamais à moi, il ne m’est jamais donné, il faut que j’en fasse la conquête. »

Georges Perec, Espèces d’espaces, Galilée, 1974

 

Les questions que nous nous sommes posées en démarrant ce dossier étaient très liées au bienêtre dans les espaces scolaires et aux interrogations des acteurs de l’éducation sur la relation entre le mieux bâtir et le mieux apprendre. Comment vit-on à l’école avec ce que l’on a et comment donne-t-on corps à des rêves d’espace ?

Les élèves, lorsqu’on prend le temps de les interroger ou de les observer, sont les meilleurs experts de ces questions. Certes, ils ne connaissent pas toujours les normes environnementales ou les règles de sécurité, mais ils racontent bien plus de ce qui serait nécessaire pour vivre mieux. Ils parlent de la contrainte d’une assise longue et peu confortable, des journées entières sans fréquenter les W.-C., de la place accordée au sport dans les cours de récréation provoquant une mise à la marge des élèves plus calmes, de l’absence de bancs, de l’interdiction de s’allonger. Ils peuvent aussi nous dire que les jours de pluie, ils ne sont les bienvenus nulle part et qu’à l’exception d’un préau venteux, ils ne trouvent que peu de refuge. Ils savent aussi reconnaitre les matériaux beaux à regarder, agréables à toucher et bons ou mauvais à vivre, et changer d’usage si de nouvelles propositions apparaissent.

Ils racontent la petitesse des salles de classe et la contrainte de s’y déplacer le moins possible, même si la pédagogie mise en œuvre par les enseignants les y engage, les espaces partagés trop bruyants et l’absence cruelle de végétation. Ils expriment ainsi des désirs et des envies, mais ont parfois du mal à les faire connaitre. Leurs enseignants pourraient leur emboiter le pas. Les salles des professeurs bruissent de remarques, et de suggestions. Comment améliorer le mobilier pour qu’il soit plus facilement déplaçable et modulable ? Comment améliorer l’acoustique des salles de cours et des couloirs ? Où trouver une place adéquate à des tableaux souvent mal placés et peu visibles par un ensemble d’élèves ? En d’autres termes, comment faire dialoguer espace et pédagogie ?

À ce stade, y aurait-il lieu de se désespérer ?

Les nombreuses parutions de ces dernières années, voire de ces derniers mois, nous laissent à penser que le sujet parcourt largement l’éducation. Et toutes les réponses que nous avons reçues, tant de la part des enseignants, des chercheurs que des architectes ou des acteurs institutionnels nous montrent qu’une réflexion profonde s’est concrétisée, qu’il s’agit bien plus que d’un sursaut. Nous sommes face à un véritable désir de transformation des espaces scolaires, appelant parfois la participation des équipes, des élèves et des familles.

Que transformer ?

Pas seulement les lieux, mais aussi les manières d’enseigner, de se déplacer, d’agencer, d’ouvrir les constructions scolaires sur l’extérieur, de considérer tous les membres des communautés éducatives, d’inscrire les projets architecturaux dans une démarche innovante et préoccupée du devenir scolaire des utilisateurs ainsi que de leur bienêtre. Dans l’école, de petits laboratoires de recherche, des microactions vecteurs de changement ont vu le jour, en toute discrétion. Des audaces fleurissent de toutes parts qui sont aussi à mettre en lien avec les avancées dans l’éducation à l’architecture, sensibilisant toujours plus d’acteurs de terrain, d’élèves et de parents. Tous ont permis de se poser de nouvelles questions et de ne plus en rester au stade de la déploration ou du constat sans suite.

C’est à se demander si l’école n’est pas partie à la conquête de l’espace !

Sur la librairie

 

Espaces et architectures scolaires
Depuis quelques années déjà, s’amorce sur une vraie réflexion sur le lien entre apprentissages et espaces scolaires.
Au-delà de la question du climat scolaire, l’architecture des établissements et des salles de classe interroge le bienêtre et le mieux apprendre.
Comment faire dialoguer espace et pédagogie ? Que transformer ?

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