L’éducation et la formation seront-elles au centre des prochaines échéances électorales, contrairement aux précédentes ? Peut-être, nous disent certaines enquêtes. Sans doute, si l’on considère les nombreux mouvements de rue qui situent l’éducation comme une préoccupation majeure.
Mais comment ces questions vont-elles être traitées ?
D’un côté, l’école est le lieu d’affrontements dépassés, telle cette polémique sur une méthode de lecture qui n’a presque jamais été utilisée. De l’autre côté, les véritables défis ne sont pas identifiés : certes, l’école ne réussit pas sa mission aussi mal que ses détracteurs veulent bien le dire, mais elle connaît des dysfonctionnements réels ; sa démocratisation ne progresse pas assez vite et elle n’est plus perçue comme offrant l’accès au savoir à tous. Certains jeunes et adultes la voient même uniquement comme un lieu de reproduction des inégalités, d’où une amertume qui peut tourner à la violence ou déterminer des stratégies individuelles de contournement.
Les dernières décisions politiques ont de quoi inquiéter : à qui sera réservé l’apprentissage junior qui est de fait une remise en cause de l’obligation scolaire jusqu’à 16 ans ? Ces mesures, qui risquent de stigmatiser et exclure un peu plus les jeunes en difficulté des quartiers populaires, signent la résignation devant l’échec scolaire puis social d’une partie de la jeunesse – ces 15 % des élèves qui sortent du système sans véritable qualification…
Nous ne pouvons accepter l’échec annoncé d’une partie des élèves, ni la démotivation d’autres qui, ayant mieux accepté leur « métier d’élève », apprennent sans vraiment trouver de goût au savoir. Il y a des solutions possibles, des pistes ont déjà été explorées, elles ne sont pas du côté de la restauration à l’identique d’anciennes pratiques et d’un ancien mode de vie scolaire dont nous connaissons tous les échecs, les insuffisances et l’élitisme : une école qui fonctionnait avec un élémentaire très sélectif (jamais plus de 50 % d’une classe d’âge n’a obtenu le fameux « certif ») et sur un secondaire verrouillé à l’entrée en 6e (1 % des bacheliers en 1900 et guère plus de 15 % en 1960).
Le débat est d’abord politique : c’est à la société de dire ce qu’elle attend de son école – comme cela avait été amorcé par le débat national organisé autour de la commission Thélot en 2003. Il est ensuite pédagogique et didactique, car il n’y a pas de réponse simple ou « de bon sens » à la question de faire que chacun réussisse au mieux ; il y faudra un long et patient travail. Il est enfin économique et social car l’école a besoin, pour changer, d’un appui et d’une reconnaissance constants, mêmes s’ils peuvent être exigeants.
Pour continuer à traiter cette question qui est la nôtre depuis la Libération, et afin de résister aux dérives et régressions qui menacent le système éducatif, il nous faut faire des propositions exigeantes et informées pour que la transmission réelle du savoir prépare l’avenir, ce qui est aujourd’hui plus que jamais notre devoir. C’est pour cela que nous vous invitons à participer nombreux aux Assises de la pédagogie.


Résister et proposer : il faut changer l’école !

Assises de la pédagogie, samedi 3 février 2007
10 h – 18 h, salle des fêtes de la mairie du 13e arrondissement, Paris.

Au programme : deux tables rondes et des groupes de travail animés par des associations et mouvements pédagogiques, amis du Crap. Parmi les intervenants : Samuel Johsua, Gilbert Longhi, Philippe Meirieu, Jean-Yves Rochex, Xavier Sorbe…