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Une littérature incarnée
Perçue par nombre d’enfants et d’ados comme un objet culturel d’un autre temps, réservée à un milieu social de plus en plus restreint, instrumentalisée comme support de tâches scolaires, la littérature est-elle vouée à une place marginale dans l’école d’aujourd’hui ? La réforme du lycée général et technologique de 2018 a réduit son enseignement à une série d’exercices sclérosants. La littérature serait-elle devenue exsangue et déconnectée de toute expérience de vie pour les élèves, tout juste bonne à rapporter des points à l’épreuve anticipée du bac ?
À l’inverse, nous choisissons de porter au-devant de la scène un enseignement vivant et vivifiant de la littérature : une littérature généreuse, multiforme, joyeusement émancipatrice, de la maternelle à l’enseignement supérieur, dans la classe et au-dehors. Il s’agit de montrer comment créer un milieu favorable à une rencontre entre les élèves et la littérature. Une littérature incarnée, où l’on entre aussi avec les sens, la curiosité et le cœur, où l’on peut vivre une expérience singulière de sujet lecteur, apprendre en groupe à construire des chemins interprétatifs et à en débattre, où l’on construit un collectif de lecteurs et lectrices tour à tour sensibles, analytiques et critiques.
Ce dossier s’organise en trois temps. On entre dans la première partie en poussant la porte d’un CDI, puis celle d’une classe de français de collège, pour rencontrer des élèves lecteurs et lectrices, en chair et en os. On découvre, à côté du corpus patrimonial, le vaste territoire de la littérature de jeunesse et des genres qui conduisent le lecteur à combiner l’image et le texte. On rencontre des enseignants qui se font les passeurs enthousiastes des « classiques », en ouvrant le débat autour de ceux-ci au sein de la classe, ou en instaurant un dialogue fécond entre la littérature et son dehors (sciences, géographie, arts…). On se glisse enfin dans les coulisses de l’EAF (épreuve anticipée de français) : quotidien d’un enseignant de 1re et paroles de lycéens recueillies par une chercheuse qui en disent long sur leur rapport complexe à la chose littéraire.
La seconde partie du dossier est consacré au corps des lectrices et lecteurs. Celui-ci occupe une place de choix pour revivifier l’enseignement de la littérature à tous les niveaux de l’école – jusqu’à la formation des futurs enseignants – : les objets, le souffle, la voix, les gestes, les déplacements, les jeux collectifs, et même la danse, ouvrent un chemin peut-être plus large, en tous cas plus inclusif, vers le champ de la littérature.
Dans une dernière partie, c’est la dimension collective de la littérature qui est mise en lumière : quart d’heure de lecture, débat philo autour d’albums, rencontre et dialogue avec un auteur vivant, chroniques littéraires interclasses, participation à des prix littéraires, organisation d’un festival de littérature – autant de moyens de faire vivre l’expérience littéraire au sein de la classe, de la communauté scolaire, de la cité.
Gageons qu’après lecture de ce dossier, la littérature ressortira plus fraiche, plus souriante, plus vivante que jamais !



