D’entrée de jeu, le propos de cet essai, dont le titre paraphrase le slogan fédérateur du mouvement altermondialiste, se veut politique, même révolutionnaire. L’auteur entend « faire d’une école de classe un terrain pour la lutte des classes » (p. 18). Samuel Johsua, qui mena en mars la liste LCR-LO aux élections régionales en PACA, poursuit l’ambition projet de définir une pensée positive sur l’École, en cohérence avec toutes les composantes du mouvement social du printemps 2003.
Le postulat de départ de l’ouvrage mettra tout le monde d’accord : il y a un complot libéral visant à la privatisation de l’École, toutes les réformes (en particulier le principe même de la décentralisation) n’en étant que la mise en œuvre. Cet essai, comme d’autres avant lui, fournit des armes efficaces à tous ceux qui souhaitent poursuivre cette entreprise de dénonciation d’un danger réel qui menace les services publics.
La position des problèmes relatifs à la pédagogie est plus difficile : Samuel Johsua choisit donc de renvoyer dos à dos les nostalgiques de « cette « école républicaine » farouchement élitiste, incapable de relever les défis contemporains d’une éducation de masse » et « une certaine « postmoderne » fascinée par l’émiettement généralisé, qui n’hésite pas à faire d’une donnée de fait (la déchirure du corps social, la concurrence et les inégalités en son sein) une valeur symbolique positive. Et qui propose une différenciation généralisée du système éducatif en fonction de chaque enfant, de chaque communauté culturelle, de chaque territoire ». Dans cette alternative sommaire, les pédagogies de l’autonomie et de la différenciation, toujours mentionnées de façon très allusive, sont injustes car elles « nécessitent la maîtrise de codes inégalement partagés ».
Dans ces conditions, la définition d’une « éducation émancipatrice » opposée à « une glorification de la parole d’autorité » n’est pas aisée. De fait, les propositions restent vagues et générales : « faire en sorte que, dès le plus jeune âge, les élèves soient placés en situation d’éprouver par eux-mêmes l’intérêt de l’étude, et pas seulement pour satisfaire les attentes de l’institution scolaires », « habituer les élèves à juger personnellement de la pertinence réelle des activités scolaires »… (p. 105). Les choses sont plus claires en ce qui concerne les moyens financiers, qui doivent connaître une « progression du même ordre relatif que ceux qui ont accompagné les lois Ferry de la IIIe République ».
Bref, s’il contribue au maintien de la mobilisation de tous ceux qui entendent combattre le libéralisme dans la rue, Samuel Johsua ne fait malheureusement pas beaucoup avancer les choses pour ceux qui veulent aussi, sur le terrain, faire de l’École un espace à l’abri des menaces dont il est porteur.

Suzanne Bauer


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