Pour ce rapport, les manuels scolaires étant un des lieux symbolique de construction et d’expression des valeurs d’une société, c’est un moyen de transmission qui peut être un vecteur « extraordinaire » de la promotion de l’égalité. D’autant que nous sommes à un moment-clef, puisque les programmes scolaires doivent être renouvelés dans les prochaines années.
assemblee_remise_rapport_500.jpgFace à la numérisation des documents qui permet la profusion de sources de connaissances disponibles, le manuel scolaire garde-t-il toujours sa valeur de référence ? Audtionné, le directeur de l’ESEN (école des cadres de l’EN), estime que les enseignants vont chercher la documentation ailleurs, dans toutes les ressources pédagogiques mises à leur disposition, mais qu’ils se servent du manuel comme fil conducteur de plan du cours. Le manuel, notamment lorsqu’on débute, reste un support indispensable pour préparer son enseignement. D’où la nécessité d’améliorer l’existant sur le plan de l’éducation à l’égalité car les manuels scolaires sont loin d’être exemplaires. Les femmes restent trop souvent invisibles, sous-représentées en proportion de citations, de références. Lorsqu’elles sont présentées, on remarque le peu de diversité des situations (elles restent cantonnées dans les rôles maternels, ménagers et d’actions sociales) et la faible valorisation de leur statut ou de leur fonction qui ne peuvent pas faciliter le développement de l’estime de soi pour les filles. Alors que du côté des garçons, on valorise certains comportements (force, courage, actions, … ) et sont absentes certaines représentations (métiers du social ou la sollicitude envers les autres par exemple) : tout cela contribue à forger une masculinité « figée ».

La délégation a auditionné le Centre Hubertine Auclert qui a réalisé des enquêtes sur la place des femmes dans les manuels de lycées en histoire et mathématique, ainsi que la sociologue Sylvie Cromer1 spécialisée sur la question, puis elle a réuni des représentants de l’institution, des professionnels de l’édition scolaire, des professeurs et formateurs, autour de trois tables rondes visant respectivement à :
établir un diagnostic partagé, délimiter les responsabilités entre les concepteurs de programmes et les éditeurs des manuels, réfléchir à la formation des enseignants, à la transmission de la valeur égalité entre les filles et les garçons, les femmes et les hommes.

Au terme de ces travaux le rapport a adopté 14 recommandations pour le renouvellement des manuels. Pour exemple la recommandation n° 1 propose un palmarès des manuels scolaires et la n° 6 que le ministère attribue un label aux éditions les plus sensibilisées à la question tout comme reconnaître les établissements « modèles » en terme d’égalité filles/ garçons (n° 14). Notons aussi la proposition de faire appel à des experts universitaires pour travailler avec le Conseil supérieur des programmes(n°2) , avec les maisons d’édition (n° 5) , avec le CNDP-Canopé, [[Le Scérén [ CNDP-CRDP] devient Canopé, le réseau de création et d’accompagnement pédagogiques. Cette refondation s’accompagne d’une nouvelle offre éditoriale, numérique et de proximité pour favoriser la réussite des élèves.]] (n°7)

Geneviève Pezeu

Geneviève Pezeu

La délégation émet, également, le souhait de poursuivre la mobilisation de la communauté éducative sur la base des ABCD de l’égalité pour : « donner à l’école les moyens de redevenir le creuset d’une culture de l’égalité », et de former les enseignant-e-s à l’éducation à l’égalité entre les femmes et les hommes tant dans les ÉSPÉ que dans les plans de formation continue.

Geneviève Pezeu