Les élèves de Cm1, après être venus au musée des Arts et Métiers comme « Visiteurs », reviendront comme « Conférenciers » des élèves de Cm2 qui à leur tour deviendront conférenciers auprès d’élèves de CP. De la pile Volta aux bâtons de Neper, ce sont dix mêmes objets sur lesquels s’est appuyé le travail des classes engagées dans le projet. Un projet de liaison entre le musée et la classe, bâti sur une réflexion quant aux diverses modalités d’interaction et de transmission de savoirs entre pairs.

Il ne s’agit pas d’un jeu de « téléphone sans fil » grandeur nature mais d’un dispositif visant à faire du musée un lieu vivant de transmission, coopérative, de connaissances. Il s’agit en effet de points de vue forcément subjectifs d’élèves, qui ne sont pas sans relation avec leurs représentations, et qui entrent en conflit avec les savoirs. Nous postulons que l’apprentissage des contenus d’enseignement est indissociable du rapport à ces contenus que construit l’élève. Mais aussi que la construction de savoir de l’élève est indissociable d’une mise à l’épreuve de ses représentations (un système de connaissances mobilisé face à une question ou une thématique) et que les pairs peuvent soutenir ce processus. Le temps prend ici toute son importance : sept semaines entre deux visites, le temps aux représentations d’évoluer.

La situation permet aux élèves au moins à trois moment différents d’assimiler, d’accommoder des savoirs et de les adapter.

Au musée comme visiteur
electroaimant.jpgPris en charge par trinômes par un trinôme d’enfants conférenciers, les élèves découvrent chaque objet. Durant un peu plus d’1h, ils suivent leurs conférenciers, posent des questions, prennent des notes éventuellement, expérimentent les propositions de manipulation qu’on leur propose. Ici un électro-aimant capable d’aimanter un trombone.

En classe, les élèves étudient chaque objet, principe de fonctionnement et utilité. Ils conçoivent des expérimentations à faire et/ou faire faire sur place pour illustrer leur propos. Ils s’entraînent également à être conférencier, quitte à venir au musée pour une répétition générale. Ils planifient concrètement la prise en charge des élèves visiteurs : qui sera avec qui ? qui dira quoi devant quel objet ? quel trajet suivre pour ne pas faire de bouchons ? quel temps de parole devant chaque objet ? Mais aussi, comment on accueille les visiteurs ? comment on se placera pour commenter les objets ? Certains ont pensé leur visite comme une pièce de théâtre : ici une chanson, là un texte écrit lu à plusieurs voix.

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Au musée comme conférencier
, à expliquer, à d’autres élèves ces mêmes objets au cours d’une déambulation libre, sans adulte. Surtout ne perdre personne ! Un grand sentiment de fierté prend le pas sur une anxiété à peine voilée.

Ce dispositif s’applique également aux professionnels. Mutualisation d’informations, de dispositifs expérimentaux, autant de transmissions entre pairs au service d’une réalisation inédite et dont le compte rendu qui suit est un point d’étape.

groupe.jpgQuelle plus belle conclusion que celle des derniers élèves, des CP, invités à boucler la boucle : « Nous aussi on veut être conférenciers. Pour la fin d’année on va faire un diaporama qu’on présentera à la fête de l’école ». C’est sans doute la meilleure réponse à la question de savoir à quoi sert ce genre de projet : pour les élèves, à mieux apprendre en faisant du groupe de pairs une véritable ressource, pour les adultes, à mieux enseigner en prenant le parti de nombreuses compétences des enfants parmi lesquelles celles d’entraide et de coopération.

Ce projet a concerné, à l’initiative d’un conseiller pédagogique, huit enseignants parisiens (enseignants dans des classes du CP au CM2), un enseignant-chercheur de l’université Paris Descartes, une étudiante en master professeur des écoles et la responsable de l’accueil des publics scolaires du musée des Arts et Métiers.
Article coordonné par Christophe Blanc (CPC Paris 15B), rédigé avec Thomas Autiquet, Antoine Da Fonseca, Ilham Ettalhaoui, Anne-Cécile Jouffret, Xuan Nghiem, Patrick Nivet, Anne Pacra, Marion Siboni (enseignants à Paris), et François-Xavier Bernard (MCF Université Paris-Descartes).