Bruno Descroix est un jeune enseignant, auteur de l’excellent Demain, les profs (Bourin éditeur). Il nous propose ici une recension de cet ouvrage qui lui est, en quelque sorte, destiné !

« Tout cela n’a rien d’évident ». Cette appréciation que porte Philippe Meirieu sur le travail de l’élève – parce qu’il doit entrer dans un texte, réciter un poème ou résoudre un problème de mathématiques – s’applique à n’en pas douter au métier d’enseignant. Ni les premiers cours, ni les motivations profondes qui poussent à choisir ce métier et influent sur la manière de l’aborder, ni le lien entre la « discipline à enseigner » et « la discipline à faire régner » ne relèvent d’aucune évidence.
Prise sous cet angle, la Lettre à un jeune professeur est utile. Elle évoque les exigences du métier, le plaisir d’enseigner symbolisé par « l’évènement pédagogique » – ce « je-ne-sais-quoi » d’où part l’essentiel de l’énergie du professeur – autant que les difficultés qui ne manqueront pas de surgir tel cet « inévitable écart, difficile à accepter, entre notre idéal et notre quotidien ».
Mais, il me semble que l’essentiel de ce que cherche à transmettre l’actuel directeur de l’IUFM de Lyon, jadis chargé de mission sur les lycées par Claude Allègre et enseignant, réside ailleurs. À l’arrière-plan de cette lettre, on devine en effet deux intentions. La première, légitime pour celui qui se présente comme arrivant au terme de sa carrière, apparaît comme une tentation : celle du bilan. Et l’auteur jette un regard lucide sur le chemin parcouru, sur les réussites collectives autant que sur les échecs. Il évoque les rêves d’une génération, qui espérait le partage du travail et de la richesse, le développement de projets culturels ambitieux pour tous, et dont il dit : « globalement – inutile de le cacher – nous avons perdu ». Il raconte par petites touches son combat pour « favoriser une contagion de l’événement pédagogique » et reconnaît qu’il s’est trouvé confronté à une floraison de dispositifs administratifs de toutes sortes sans cesse modifiés et rebaptisés. Philippe Meirieu regrette que les « concertations se perdent aujourd’hui dans les questions organisationnelles » ou que les « dispositifs institutionnels d’aide aux élèves s’ajoutent comme des excroissances à nos cours habituels au lieu de nous aider à les repenser ». Si tout n’est pas noir, si l’on voit arriver en salle des professeurs de jeunes enseignants qui ont lu les grands ouvrages de réflexion sur la pédagogie, si le plaisir d’enseigner qui transparaît au fil des pages de cette lettre est un puissant moteur, il n’en reste pas moins que le projet a connu des ratés. L’auteur conclut : « Nous n’avons pas suffisamment compris qu’on ne pouvait travailler « pour les élèves » qu’avec les professeurs. »
La seconde intention, qui se dessine au fil des pages, tient en quelques mots : débarrasser la réflexion actuelle sur le système éducatif des débats stériles qui l’encombrent. La fausse querelle censée opposer « pédagogie » et « savoirs », « pédagogues » et « anti-pédagogues », pèse en effet sur le débat sur l’école. Le jeune professeur à qui s’adresse cette lettre est donc parfois un petit peu « réac » et Philippe Meirieu l’enjoint de « se méfier de cet esthétisme de la désespérance, si répandu aujourd’hui ». Il tente donc de lui montrer à quel point sont injustifiées les accusations de « rabaisser les savoirs, de brader l’ambition de l’école ». Ce combat est bien utile et il faut rassurer Philippe Meirieu qui s’en inquiète dans sa conclusion – non, vous n’êtes certainement pas devenu un vieux con !

Bruno Descroix


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