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Les Cahiers pédagogiques : 80 ans d’engagement pour changer l’école et la société

En décembre 1945 parait le premier numéro des Dossiers pédagogiques pour l’enseignement du second degré. La publication est liée à la création des classes nouvelles lancées par Gustave Monod avec pour objectif de démocratiser et moderniser l’enseignement secondaire. Les enseignants devaient, en particulier, adapter leur pédagogie pour accueillir des élèves qui, jusque-là, ne poursuivaient pas leur scolarité dans le second degré classique. Les classes nouvelles préfigurent le Plan Langevin-Wallon et poursuivent le travail initié par Jean Zay sous le Front populaire.
L’Association nationale des éducateurs des classes nouvelles de l’enseignement secondaire (Anecnes) est fondée en 1946 pour constituer un réseau d’éducateurs engagés dans la transformation pédagogique. Deux ans plus tard, Gustave Monod et François Goblot, professeur de philosophie à Lyon, transforment les Dossiers en Cahiers Pédagogiques. La revue est alors un bulletin de liaison entre les enseignants des classes nouvelles qui inventent une nouvelle forme d’enseignement du second degré en brassant des élèves des différentes filières qui existent alors et cherchent à éviter une orientation précoce en mettant l’accent sur les méthodes pédagogiques et l’observation des élèves. Dès le départ, la revue s’attache à associer théories et pratiques pédagogiques.

Couverture d’octobre 1949. La revue est devenue Cahiers pédagogiques depuis un an.
L’expérience des classes nouvelles se termine en 1952, mais les Cahiers poursuivent leur travail de diffusion des idées. En 1961, ils élargissent leur champ à l’ensemble des niveaux d’enseignement. Les Cahiers sont alors édités par le Sevpen, organisme d’édition de l’Éducation nationale, puis, à partir de 1964, par l’IPN (Institut pédagogique national), devenu plus tard l’INRDP (Institut national de recherche et de documentation pédagogique) et ensuite INRP (Institut national de recherche pédagogique).
En 1963, les animateurs des Cahiers pédagogiques et leurs groupes locaux fondent la Fédération des cercles de recherche et d’action pédagogique (CRAP) qui se donne pour mission de poursuivre le lien entre ses militants, de publier la revue et d’organiser des Rencontres pédagogiques. Les CRAP travaillent régulièrement avec les autres mouvements pédagogiques, notamment l’ICEM (Institut coopératif de l’école moderne) et les Ceméa (Centres d’entrainement aux méthodes d’éducation active) à qui ils ouvrent fréquemment les colonnes des Cahiers.
Les CRAP participent au bouillonnement intellectuel des années 1960.
En 1968, ils se retrouvent aux côtés des lycéens, des parents et des enseignants pour soutenir leurs revendications de transformation de l’école. Impliqué dans le mouvement de réforme pédagogique qui suit Mai 68, les CRAP viennent en appui des mesures du ministère Edgar Faure qui répondent à ses aspirations. Toutefois, les Cahiers savent aussi se montrer acerbes lorsque le balancier des politiques éducatives repart dans l’autre sens.

Couverture du n° 106 des Cahiers pédagogiques, de juin 1972, sur le thème « Quelle éducation ? ».
L’influence de la revue est importante. En 1971, elle tire à 18 000 exemplaires et compte près de 2 000 correspondants dans les établissements. Plus de 600 enseignants participent aux stages de perfectionnement des rencontres d’été. Dans un article de 1972, Le Monde note « étant donnée l’absence à peu près complète de formation pédagogique des enseignants du second degré, les Cahiers furent, pour de nombreux maitres, le seul outil leur permettant d’être tenus au courant des expériences de leurs collègues et de rénover leur propre enseignement ».

Illustration du n° 138, novembre 1975.
Nouveau changement en 1979 : les Cahiers pédagogiques assurent eux-mêmes l’édition de la revue. À partir de 1976, la couverture de la revue porte en exergue : « changer la société pour changer l’école, changer l’école pour changer la société », affichant ainsi clairement les objectifs de l’association. En janvier 1978, le dossier des Cahiers pédagogiques pose des « Questions à (la) gauche » dans la perspective du changement politique attendu.
Il faut attendre l’élection de François Mitterrand en 1981 pour que les Cahiers pédagogiques retrouvent le soutien du ministère. Pendant l’été 1981, le dossier « Le champ des possibles » est élaboré dans l’urgence pour pousser le nouveau pouvoir à mener des réformes de fond, sans se limiter à la question des moyens. La revue apporte son soutien au projet « Pour un collège démocratique » présenté par Louis Legrand au ministre Alain Savary.
Les Mafpen (Missions académiques à la formation des personnels de l’Éducation nationale), créées en 1982 pour former les enseignants en partant des besoins du terrain, constituent un espace naturel pour utiliser les articles des Cahiers. De 1980 à 1987, la rédaction en chef est partagée entre Jean-Pierre Astolfi, Philippe Meirieu et Jean-Michel Zakhartchouk. Les titres des dossiers se font les échos des préoccupations éducatives du moment : « Il n’y a qu’à demander le LEP… » (décembre 1982), « Pluraliste ? Privé ? Décentralisé ? » (mars-avril 1983), « L’école et le fric » (septembre 1983), « Elles vivent, les ZEP » (juin 1984).

Couverture du n°375 des Cahiers pédagogiques de juin 1999, « Face à la violence », illustrée par Charb.
Après le vote de la loi d’orientation Jospin en 1989 qui, notamment, crée les IUFM (Instituts universitaires de formation des maitres), les Cahiers pédagogiques abordent les grandes questions du système éducatif, par exemple, « Débuter dans le métier d’enseigner » (janvier 1991), « Le projet d’établissement » (mars-avril 1991), « Réussir : la voie technologique et professionnelle » (juin 1991), etc.
Fidèles à leurs convictions, les Cahiers pédagogiques soutiennent les réformes lorsqu’elles vont dans le sens d’une plus grande mobilisation des élèves et d’un travail plus collectif des enseignants. En 2000, ils se félicitent de la création des travaux personnels encadrés (TPE) au lycée puis, en 2004, lancent, avec Le Café pédagogique, une pétition contre leur suppression voulue par François Fillon.
Au XXIe siècle, les Cahiers s’ouvrent plus largement à de nouvelles thématiques, en particulier le numérique et la question écologique. Dans le même temps, ils restent attachés aux problématiques qui leur sont chères : les milieux populaires et l’éducation prioritaire, la coopération et le travail collectif, la formation des enseignants… Le numéro 500 de la revue, publié en 2012, donne lieu à l’édition d’un fascicule, Les bonnes feuilles 1945-2012, et à un colloque dans l’auditorium de la MGEN, en présence du ministre Vincent Peillon. Philippe Watrelot, président du CRAP, y rappelle que « la réflexion sur l’école doit être un débat citoyen ».
En 2013, le CRAP-Cahiers pédagogiques s’engage en faveur de la réforme des rythmes scolaires voulue par Vincent Peillon et, en 2015, il soutient la réforme du collège portée par Najat Vallaud Belkacem. Le site des Cahiers accueille une pétition « Contre l’école inégalitaire, vive le collège du XXIe siècle », signée par de nombreuses personnalités. Toujours attachée à la nuance, l’association adresse à la rentrée 2016 une « Lettre à la réforme » pour lui faire part de ses espoirs et de ses inquiétudes. À l’inverse, en 2024, les Cahiers pédagogiques se mobilisent contre les groupes de niveaux au collège prônés par le ministre Gabriel Attal. Une pétition lancée par Gwenael Le Guével, alors président du CRAP-Cahiers pédagogiques, recueille plus de 20 000 signatures.,
En 2021, le CRAP-Cahiers pédagogiques participe, avec ses partenaires historiques, à la fondation du collectif Convergence(s) pour l’éducation nouvelle, à l’occasion du centenaire de la Ligue internationale de l’éducation nouvelle.

Couverture du numéro 600, « 4 pistes pour l’école du futur », de juin 2025.
En 2025, donc, les Cahiers pédagogiques fêtent la même année leurs 80 ans et le n° 600 de la revue. La volonté de transformer l’école et la société est toujours présente !
Pour aller plus loin
Xavier Riondet, « Les origines des Cahiers pédagogiques en 1945 », Les Sciences de l’éducation – Pour l’Ère nouvelle, Cirnef, 2013.
Frédéric Gaussen, « Une décision malheureuse », Le Monde du 8 juin 1972.
Luc Cédelle, « Les Cahiers pédagogiques s’acharnent à changer l’école et la société », Le Monde du 10 mars 2023.


