L’auteure est une jeune chercheuse qui a fondé le laboratoire d’action contre la pauvreté et est titulaire de la chaire « Savoirs contre pauvreté » au Collège de France. Dans cet ouvrage, consacré pour moitié aux questions d’éducation (l’autre moitié à la santé), elle expose sa méthode comparatiste et pragmatique pour déterminer quels sont les programmes efficients qui permettent de faire vraiment avancer l’instruction dans des pays peu développés ou « émergents ». Et souvent, on a des surprises. Pour lutter contre l’absentéisme scolaire, mieux vaut développer la lutte contre des maladies, notamment intestinales, que de réprimer les absences. Surveiller la présence des enseignants devant leurs élèves peut être contre-productif si on ne comprend pas les raisons économiques qui font qu’ils ne sont pas dans leur école et si on n’essaie pas de trouver des solutions adaptées. Associer les parents à la gestion de l’école est souvent très bénéfique. À l’inverse, fournir plus de moyens n’est pas la panacée si on ne travaille pas la motivation des enseignants. Un chapitre s’intitule « inscrire ou instruire » : à quoi bon une présence accrue des enfants à l’école si en termes de résultats, il n’y a pas de progrès ? D’où des expérimentations, avec groupes-témoins, qui, même s’il faut rester prudents sur les conclusions et savoir interpréter avec finesse les résultats, permettent de voir ce qui marche le mieux, en dehors de considérations idéologiques à priori. C’est ainsi que dans des pays où les écarts de niveau entre élèves sont considérables, il n’est pas sûr, contrairement à ce qui se passe dans les pays occidentaux, qu’un mélange très hétérogène d’élèves est bénéfique. Distribuer massivement des manuels scolaires peut être aussi contre-productif pour le plus grand nombre si ceux-ci sont en décalage complet avec les besoins des élèves et si les enseignants tendent à s’occuper encore plus des meilleurs qui seront seuls à profiter d’un nouvel outillage peu adapté.
Citons encore une des conclusions de cette chercheuse qu’il est important de lire pour éviter de parler dans le vide et d’entamer des hymnes à l’instruction parée en tant que telle de toutes les vertus : « une première étape pour améliorer la qualité de l’enseignement consiste à changer l’école pour qu’enseignants et enfants trouvent du plaisir à s’y rendre, grâce à des programmes adaptés, mais aussi grâce à des jeux et des activités sportives. Il ne s’agit pas de mettre en place une « école au rabais » […], mais une école qui admettrait la diversité de son public et saurait mettre l’accent sur les connaissances fondamentales, au lieu de tout promettre sur le papier pour ne rien réaliser dans les faits ».
On laisse au lecteur le soin de se demander si ces remarques-là ne pourraient pas également concerner nos systèmes éducatifs de pays développés.

Jean-Michel Zakhartchouk


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