C’est un livre original dans sa construction puisque, s’il est bien écrit par Philippe Meirieu et en porte à l’évidence la marque – il est aussi le fruit d’une consultation ouverte sur le site du Café pédagogique relayée par France Inter. Et la réflexion engagée se décline, le plus souvent avec bonheur, en tout cas toujours de façon intéressante, sur un ensemble de questions effectivement à l’ordre du jour, par-delà l’écume des jours médiatiques, pour ceux qui sont vraiment acteurs de l’école, et qui ont eu effectivement la parole (des renvois aux contributions signées sont regroupées à la fin de chaque chapitre). Il s’agit, entre autres, de différencier sans exclure, de revoir le métier de professeur moins dans ses finalités que dans ses modalités, d’inviter à ce que l’État s’investisse clairement dans la fixation des objectifs sociaux et éthiques de l’école mais s’impose moins dans son fonctionnement quotidien, avec des propositions parfois iconoclastes et qui seront à l’évidence discutées : autonomie des établissements, élection des chefs d’établissement, reconnaissance du rôle éducateur des enseignants avec une présence élargie dans l’établissement, invitation à l’innovation et à la réflexion pédagogique commune.
On ne suivra pas Philippe Meirieu lorsqu’il opère une dichotomie de principe entre le « socle » et la « statue », en clair entre le « socle commun de connaissances et de compétences » et « la culture ». Il s’agirait de priver de « la culture » (la « statue ») certains élèves. Mais y a-t-il une entité définie et maîtrisable qui corresponde à cela, « la culture » (statufiée) ? Est-ce une ambition possible si on songe à ce qui peut être vraiment maîtrisé par quiconque – c’est déjà beaucoup d’envisager d’être cultivé dans quelques domaines et sous certains aspects en arts plastiques ou en musique, pour ne prendre que ces exemples parmi bien d’autres possibles…). Surtout, on ne voit pas pourquoi, en principe et par principe, des éléments culturels seraient exclus du « socle commun », reposant effectivement sur le principe de ce qu’il est « indispensable » de maîtriser (« ce qu’il n’est pas permis d’ignorer » selon la formule de Gréard et Jules Ferry), bien au contraire. Car, pour nombre de promoteurs du « socle commun de connaissances et de compétences », les éléments culturels font partie de la réflexion sur ce qui est indispensable : « C’est pas du luxe ! ».
Il reste que cela ne va effectivement pas de soi, et surtout ne va pas tout seul ; les choix ministériels actuels appellent d’ailleurs à la vigilance, si besoin en était. Il ne faut pas oublier non plus que l’idée de « socle » n’a vraiment de sens que si l’on met au premier plan la question de la maîtrise effective de ce qui doit être acquis, ce qui pose la redoutable question des évaluations ad hoc. Et Philippe Meirieu fait en l’occurrence une proposition qui ne manque pas d’intérêt, celle d’un « ensemble d’œuvres » réalisé par les élèves dans le cadre d’« une pédagogie du chef-d’œuvre », même si – traditionnellement ! ? – le chef-d’œuvre renvoie aux beaux-arts, aux arts appliqués et aux belles-lettres ; et de façon privilégiée aux figures de l’artiste et de l’artisan.
En définitive, il s’agit de rien moins que d’aider à refonder l’école, à redonner des repères collectifs au débat sur l’école, alors même qu’ils sont brouillés et que la confusion, voire la régression, tendent à l’emporter : une tentative indéniablement intéressante en cette période d’incertitudes et d’élections présidentielles où la question de l’école, si elle y trouve sa place, part d’une bien singulière façon.

Claude Lelièvre


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