Il serait dommage que ce livre ne soit lu que par la douzaine de personnes auxquelles il est destiné…
Pascal Bouchard est un bon connaisseur du système éducatif aussi bien de l’intérieur (il fut professeur de lettres) que de la position en surplomb qu’il occupe aujourd’hui. Ce livre est d’autant plus intéressant que l’école, on le sait, est un des thèmes importants de la campagne électorale. Mais plutôt qu’un ensemble de propositions, ce livre est d’abord un diagnostic (qui flirte avec la sociologie des organisations) du fonctionnement de la « machine école ».
Comment se prennent les décisions ? Quelles sont les forces en présence ? L’école est-elle réformable ? Quels sont les blocages, les lignes de fracture et les marges de manœuvre ? Plusieurs passages sont plutôt bien vus et montrent bien que la grande complexité du système et des hommes et des femmes qui travaillent au sein de ce que l’on a appelé « la plus grande entreprise du monde ».
Il y a en particulier de très belles pages sur le « bonheur d’enseigner ». En même temps qu’elles donnent un ton plus personnel et émouvant à ce livre, elles permettent aussi à Pascal Bouchard d’expliquer « pourquoi les enseignants ont d’authentiques raisons de former une « corporation » ». Ce métier ne peut en effet se réduire à un ensemble de techniques et à une démarche rationnelle. Une part d’indicible s’y trouve que l’auteur résume par cette formule « Comment être à la hauteur des attentes des fantômes de son enfance ? ». C’est cette dimension affective, constitutive de l’identité professionnelle qui rend aussi ce métier si difficile à gérer et à faire évoluer. C’est aussi ce qui explique que les débats autour de l’école soient si vifs voire violents.
Alors peut-on en conclure que l’école n’est pas réformable ? P. Bouchard propose, malgré tout, quelques principes de gouvernement de cette institution et formule quelques propositions. D’autant plus, que selon lui, celle-ci va devoir se préparer à des « chocs redoutables » : formation tout au long de la vie, nouvelles conceptions des savoirs, développement des technologies de l’information, refondation de la démocratisation…
Il conclut sur la proposition de trois micro-réformes, susceptibles de faire bouger les lignes : créer un « super-établissement » réunissant le premier et le second degré sur un territoire donné, constituer des interlocuteurs en dehors du système (HCE, CSE, Conseil économique et social…), faire évoluer sans forcément toucher à leur statut, les carrières des enseignants.
Le titulaire du poste est rarement celui qu’on attendait nous rappelle Pascal Bouchard. Et en général, ils quittent la fonction quand ils commencent à comprendre comment fonctionne le système.
C’est pour cela qu’il serait dommage aussi que la douzaine de personnes susceptibles d’occuper le poste ne le lise pas…

Philippe Watrelot


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