C’est à chaque fois le même défi à relever dans cette collection : proposer un tour d’horizon d’une question en… 128 pages ! La formule est bien connue et appréciée des étudiants et des enseignants. Ce titre-ci n’échappe pas à la règle et pour réaliser ce tour de force on imagine les choix douloureux auxquels ont été confrontés les trois auteurs. Ces derniers – fins connaisseurs du système – se concentrent sur le passage de l’état d’étudiant stagiaire (deuxième degré) à celui d’enseignant en privilégiant trois entrées : des parcours et des expériences vécues par des jeunes collègues, des outils de formation permettant de modéliser la pratique et des pistes souvent prometteuses en lien avec le nouveau plan de formation des IUFM. Le tout illustré par de nombreux exemples judicieusement choisis (situations vécues par des enseignants ou des extraits de travaux récents des sciences humaines).
L’ouvrage s’ouvre d’ailleurs par des témoignages d’enseignants débutants qui évoquent lucidement leurs commencements, ce passage à risque constitué de petits bonheurs, de fatigue, de stress, de problèmes de la discipline, de déracinement géographique, etc. On ne peut qu’être en accord avec les auteurs qui réaffirment qu’il faut davantage préparer les jeunes à devenir enseignant en les préparant mieux à faire ce qu’ils sont censés savoir faire en débutant : gérer des groupes, imaginer des dispositifs, donner du sens aux apprentissages, assumer une nouvelle identité, etc.
La deuxième partie propose une série d’outils consacrés aux enjeux de la formation initiale, au travail avec les élèves et aux relations avec la communauté éducative. Les auteurs mettent le doigt sur une série de questions essentielles comme celle de la conception de l’alternance théorie-pratique et de ses répercussions sur les contenus de la formation en IUFM. Ainsi, les préoccupations de beaucoup de stagiaires sont de l’ordre du concret, du terrain et de l’urgence alors que les apports des formateurs apparaissent comme trop abstraits et décalés. Cet écart institué entre la théorie et la pratique (rien de bien neuf !) risque de faire apparaître les modèles proposés par les formateurs comme des moments de fiction. Pour les auteurs, c’est ce lien entre la théorie et la pratique qu’il faut recréer non en termes de juxtaposition ou d’application mais en termes d’alternance pensée comme une circulation des savoirs d’un contexte à un autre. Ce qui implique de repenser les relations entre les formateurs et les conseillers pédagogiques pour opérer une véritable coordination dans l’accompagnement des stagiaires (p. 37).
Dans la dernière partie, les auteurs brossent les dispositifs qui, en fonction du nouveau cahier des charges de la formation (2006), devraient évoluer : l’accompagnement sur le terrain, la formation des formateurs, l’analyse des pratiques et la démarche réflexive, l’écriture professionnelle, le portfolio, l’observation en classe, etc. Autant de pistes prometteuses et innovantes.
Cet ouvrage donc pose les bonnes questions sans langue de bois et avec une réelle clarté d’expression. Les auteurs connaissent leur affaire, fournissent des informations précises et formulent des propositions stimulantes qui intègrent des apports de la recherche. Pari réussi donc, avec même ce petit goût de trop peu qui incite à consulter la bibliographie !

Xavier Dejemeppe


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