Les voyez-vous, ces enseignantes et ces enseignants, ces chefs d’établissement (au masculin et au féminin), ces conseillers et conseillères principaux d’éducation, épuisés par une année folle, et par le sentiment que leur ministre ne les écoute pas, ne les considère pas, voire les méprise ? Je les vois et je les entends, et je me demande comment cela va finir.

Prenez la revalorisation annoncée par le ministre à la fin du Grenelle de l’éducation. Enfin, quand je dis « prenez », je ne veux pas dire « servez-vous », parce que visiblement, il n’y en aura pas pour tout le monde. Mais prenez cet exemple. Avant même les annonces, les personnels de l’Éducation nationale disqualifiaient la parole ministérielle et partaient du principe que les annonces ne seraient pas suffisantes. Il semble bien qu’ils n’attendent plus rien d’un ministre qui a beaucoup communiqué depuis son arrivée, mais très rarement en leur direction.

Ils ne lui pardonnent pas de réserver ses annonces à la presse et de ne jamais leur laisser le temps d’anticiper, d’organiser, avant d’informer le grand public. Ils ne lui pardonnent pas non plus d’avoir « rendu », fin 2020, 600 millions d’euros de crédit (vite rapprochés des 700 millions annoncés pour la « revalorisation »), ou de les avoir laissés au contact des élèves sans vaccin.

Il n’y a peut-être pas eu de grève cette année, ou presque, mais il y a une exaspération qui monte dans les salles des professeurs. La crispation est telle que l’on a vu fleurir régulièrement sur les réseaux sociaux des appels à utiliser de manière massive #Blanquerdémission ou #Blanquerment pour qu’ils arrivent dans le haut du classement des tendances du jour ou de la semaine.

Pour autant, si l’on ne tient pas compte d’un taux élevé de burnouts repérés grâce à mon baromètre personnel, dont je conviens aisément qu’il peut être biaisé, nombreux sont les enseignants qui ont répondu présents tout au long de l’année, s’adaptant aux multiples changements de pied quant au protocole sanitaire, à l’enseignement hybride, à distance ou en demi-groupes, aux modalités du baccalauréat, tout cela sans ajustement des programmes. Les élèves, le service public et la conscience professionnelle comme ultimes horizons ou comme exutoires…

Dans l’immédiat, je ne vois qu’une solution : sortir prendre l’air.

Cécile Blanchard

 


Article paru dans le n°570 des Cahiers pédagogiques, en vente sur notre librairie:

Apprendre dehors

Coordonné par Aurélie Zwang et Jean-Michel Zakhartchouk

Après les confinements successifs, l’intérêt pour les pratiques d’éducation en plein air est grandissant. Inscrites dans l’histoire de la pédagogie, elles sont non seulement mises en œuvre à l’école, de façon régulière ou lors de sorties de terrain plus ponctuelles, mais aussi dans le périscolaire. Il s’agit dans ce dossier d’interroger ce qui s’apprend de spécifique dehors.