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Tout et son contraire

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Il est aujourd’hui nombre d’expressions répétées, ressassées, et dont on ne sait plus très bien ce qu’elles veulent dire, perdant en compréhension ce qu’elles ont gagné en extension. En voici un court florilège.

« Pédagogie explicite » : s’agit-il des habits neufs du cours magistral, sous prétexte d’enseignement structuré, de cadrage par l’enseignement, de progression rigoureuse, ou d’une invitation légitime à faire la chasse aux implicites culturels, à aider l’élève à décoder ce qu’on lui propose, à l’accompagner dans l’arrière-boutique, là où se joue finalement la fracture scolaire ?

« Retour aux fondamentaux » : cette expression s’applique-t-elle au scolaire ? De quoi s’agit-il ? De savoir distinguer un COD d’un COI, en chassant ces affreux prédicats qu’on ne saurait voir ? Serait-il plus fondamental d’apprendre de la musique ou d’acquérir un esprit critique ? On ne peut évacuer la question de l’acquisition de ces langages de base définis dans le domaine 1 du socle, indispensables pour penser et s’exprimer. Mais cela ne peut pas marcher à coups de vieux manuels de lecture et de calcul.

« Autonomie » : c’est une notion fourretout. De quelle autonomie parle-t-on ? De celles des élèves, des équipes ou de l’établissement ? Serait-ce une potion magique pour rendre l’école efficace ou un moyen parmi d’autres, utile à certaines conditions seulement ?

« Compétences » : peu à peu, le mot et la notion se dédiabolisent. Mais ils peuvent aussi s’affadir. Entre macrocompétences (déclinées en référentiels) et microcompétences (découpées en sous-sous-sous-compétences qui autorisent toutes les caricatures), comment mettre le curseur au bon endroit ? Le socle commun de connaissances, compétences et culture ne doit pas se réduire à une usine à cases à cocher.

« Exigence » : ne pas confondre celle qui conduit le professeur à sanctionner l’élève à tout propos et hors de propos, ou encore celle qui rêve au retour à l’uniforme et aux coups de règle sur les doigts pour apprendre le calcul, avec celle qui vise l’éducation. Inviter à la rigueur, à la vérification des sources ou à la distinction entre cas particulier et cas général, n’est-ce pas cela une exigence authentique ? Elle ne peut éduquer que couplée avec son partenaire indispensable, la bienveillance.

Bref, ne confondons pas apparent consensus sur le vocabulaire et réalité de ce qu’on met dedans. La magie des mots ne suffit pas face aux maux de l’école.

Jean-Michel Zakhartchouk
Professeur de français