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Rapport

Autonomie des établissements : encore un effort !

Michèle Amiel

4 février 2020

En décembre 2019, les inspections générales de l’Éducation nationale (Inspection générale de l’Éducation nationale et Inspection générale de l’administration de l’Éducation nationale et de la Recherche) ont fait porter leur rapport conjoint annuel sur l’autonomie des établissements scolaires, à partir d’un échantillon de 110 établissements du second degré. Analyse.


L’Établissement public local d’enseignement (EPLE), créé par décret en 1985, dispose d’une autonomie encadrée mais certaine dans quatre domaines : l’organisation pédagogique, la gestion de ses ressources financières et humaines, de ses moyens horaires. En France, malgré trente-cinq ans d’exercice de l’autonomie, malgré la mise en place des projets d’établissements et des contrats d’objectifs, seuls 10 % des décisions prises en matière éducative le sont au niveau des établissements. L’OCDE place ainsi la France dans la catégorie des pays « à décentralisation minimale » et où le champ de compétences de l’État et de ses services déconcentrés est maximal.

Effectivement, l’Inspection générale constate un certain nombre d’obstacles dans les établissements. La question de « l’autonomie pour quoi faire ? » n’y est même pas toujours posée.

Il est regrettable de constater qu’une réflexion préalable à l’action, l’analyse de l’efficacité de l’établissement en termes de résultats des élèves ne déterminent pas l’élaboration d’une politique locale. Les dispositifs et les projets pédagogiques sont reconduits d’une année sur l’autre par habitude. Le choix est systématiquement fait du dédoublement ou du petit groupe pour répondre aux difficultés pédagogiques quotidiennes. Les emplois du temps sont construits plus en fonction des contraintes matérielles (salles, gymnases…) que des besoins des élèves. La constitution de classes de niveaux différents engendre de la ségrégation scolaire, renforçant la ségrégation sociale.

Le chef d’établissement sur qui va reposer la conduite de la politique de l’établissement ne se sent pas légitime en matière de pilotage pédagogique, pas assez formé dans le domaine de la conduite d’équipes ou de projets, l’encadrement pédagogique, la mise en œuvre du changement. Pour soutenir les prises de responsabilité des personnels , il a peu de moyens ( déroulement de carrière ou valorisation financière) pour reconnaitre la qualité de leur investissement .

Quant aux inspecteurs, leur culture d’aide au pilotage est encore bien faible. Les professeurs ont des difficultés à travailler collectivement au nom de la sacro-sainte liberté pédagogique individuelle. Conséquences : « un mille-feuille de projets et de dispositifs (notamment d’aide), une grande diversité des pratiques en matière d’évaluation, l’absence de programmations pédagogiques coordonnées, un cloisonnement des enseignants ».

Hirondelles ?

Pour autant, au-delà de ces premiers constats décevants, la mission a eu l’occasion d’observer à plusieurs reprises un réel exercice de l’autonomie avec un professionnalisme de haut niveau chez certains personnels de direction dans les domaines de la gestion, de l’organisation, de la communication, de la négociation, dans la fédération des équipes. Un véritable « effet chef d’établissement ». Ceux-là savent mobiliser les instances de concertation comme le conseil pédagogique. Pour faciliter la concertation, certains parviennent à ménager des temps et des lieux pour créer les conditions d’une réflexion collective, par exemple en banalisant une heure dans les emplois du temps de chacun des enseignants. Notons aussi la facilitation de l’accès des enseignants à la formation à l’échelle du bassin ou de l’établissement, faisant évoluer l’établissement vers une « organisation apprenante ».

L’exemple du fonctionnement d’un lycée professionnel visité est éclairant : « La proviseure a su dépasser les limites budgétaires et jouer des cadres institutionnels pour mettre en place des dispositifs pédagogiques qui visent à améliorer la prise en charge des élèves. Elle a créé une dynamique qui a permis de dépasser le stade des revendications disciplinaires. Pour cela, les équipes ont été invitées à entrer dans la construction d’un projet adapté aux besoins des élèves. Elles ont défini des axes prioritaires qui guident les choix : accompagner les élèves en difficulté, développer les parcours post bac, favoriser l’enrichissement culturel, renforcer le lien avec les familles.

Cette proviseure, attentive à aller au contact des élèves, des personnels et des familles, a porté sans relâche ces orientations stratégiques dont elle a fait des outils de pilotage. Ces orientations ont permis de mettre en question des organisations et des modes de prise en charge antérieurs, coûteux en moyens et peu efficaces au regard des résultats constatés. Sa confiance sans faille dans l’engagement de tous à la hauteur de leurs possibilités a favorisé l’installation d’un style de direction incontesté et très apprécié. Le bilan d’activité après cinq années est extrêmement positif. La réussite des élèves tant aux examens que dans leurs projets d’orientation est nettement supérieure aux moyennes académiques. »

Qu’est-ce qui fait l’efficacité d’un établissement ?

Cependant, les recherches internationales abondantes sur le sujet depuis les années 1980 éclairent la difficulté à évaluer le lien entre autonomie et réussite des élèves. L’analyse des données PISA, dans une démarche comparative étendue à près de cinquante pays membres de l’OCDE ou associés met en évidence que c’est la combinaison des deux politiques d’autonomie et de responsabilisation, et non pas l’autonomie seule qui permet des améliorations.

L’efficacité d’un établissement s’appuie donc sur trois éléments clés : une identité et un projet, le travail collectif des enseignants et un chef d’établissement assumant son rôle de leader pédagogique.

Au fil de leur mission, les inspecteurs généraux ont observé un exercice de l’autonomie qui revêt des formes extrêmement variées d’un établissement à l’autre ; les études internationales, quant à elles, permettent d’établir que la relation entre autonomie des établissements scolaires et réussite des élèves n’est pas linéaire et s’observe sous certaines conditions, dans certains contextes. « L’essentiel, en matière d’autonomie des établissements scolaires, ne réside pas dans une évolution du cadre juridique actuel, mais dans la capacité des établissements (équipes de direction comme équipes pédagogiques et éducatives) à en utiliser les potentialités », souligne le rapport.

Michèle Amiel
Proviseure honoraire

Photo de Yannick Mével


Le rapport en ligne

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