On ne fait pas cours dehors comme dedans ! Quelques réponses aux critiques de l’école en extérieur pointées par Sylvain Connac. Pouvez-vous vous présenter et dire ce qui vous a amenée à vous intéresser à l’école en plein air ? J’ai d’abord été enseignante de primaire et j’ai très vite senti le besoin de mener des études en psychologie, et particulièrement avec une spécialisation dans la promotion de la santé. J’ai commencé dans la pratique à faire sortir dans la nature les enfants de 3 à 5 ans une fois par semaine, quel que soit le temps. J’ai voulu voir quels étaient les effets de ces sorties sur leur santé, leur comportement. J’ai fait des recherches, commencé à donner des formations sur la reconnexion avec la nature. Il n’y avait, en Suisse romande, aucun ouvrage sur ce sujet, alors qu’on s’interrogeait de plus en plus sur la question. Actuellement, je forme des adultes sur « comment enseigner à l’extérieur ». En 2008, j’ai publié Les enfants des bois, et en 2019, en collaboration avec un collectif, L’école à ciel ouvert, doublement édité en allemand et en français. L’écriture simultanée de ces deux éditions nous a permis de nous rendre compte des différences entre les deux pays quant à l’imposition bien plus grande de règles en France, qui peuvent entraver les sorties. En Suisse, quels que soient les cantons, c’est beaucoup plus facile. Dans le texte de Sylvain Connac, on trouve pointées des critiques qui pourraient être faites à l’école en plein air. Être dehors nuirait à la concentration des élèves, en dispersant leur attention ? Il peut y avoir des difficultés, sans doute, pour les enfants, à se concentrer sur ce que l’enseignant souhaite viser dehors. Celui-ci a au départ un objectif, mais ensuite il va se saisir de ce que propose l’environnement. Il ne s’agit pas simplement de changer de cadre matériel, mais d’enseigner « par l’environnement », bien entendu en lien avec les contenus, les programmes et les compétences que l’on veut transmettre ou construire. On ne fait pas cours dehors comme on fait dedans ! On utilise l’expérience directe, ce qui demande un changement de posture de l’enseignant. Concernant la concentration, des études américaines ont montré que les expériences d’école dans la nature la renforçaient au final, et en particulier concernant les enfants à tendance hyperactive. Cependant, une phase d’adaptation est nécessaire. Au début, les enfants peuvent se sentir en récréation, peu habitués à l’enseignement dehors. Aussi faut-il instaurer des rituels, des règles de fonctionnement, créer des habitudes. L’enseignant doit aussi apprendre à restreindre ses objectifs. « Dehors » nécessite plus de temps. Autre limite : l’école dehors laisserait de côté des apprentissages cognitifs au profit du bienêtre du moment. L’école dehors développe des compétences qui sont considérées comme essentielles au XXIe siècle : la créativité, la coopération, l’autonomie, la motivation, la confiance en soi et en l’autre, la conscience de soi, de l’autre et de l’environnement, etc. Dehors, on trouve beaucoup de bénéfices tirés de l’expérience directe, mais j’insisterai sur le transfert. Dedans, en amont, on va apporter des connaissances, mais dehors on va tester pour voir si ça marche. Bien sûr la mémorisation, l’automatisation se feront davantage dedans, mais les allers-retours dedans-dehors sont essentiels. Mais sans doute faut-il revoir la notion d’apprentissage. Les définitions qu’on peut trouver dans les dictionnaires insistent sur l’expérience, le contexte. C’est cela qui va donner du sens et renforce la motivation. Les études que j’ai citées montrent des progrès des élèves dans divers domaines, aussi bien la lecture que les maths. L’enquête : ne risque-t-elle pas d’aller dans tous les sens et manquer d’un accompagnement qui oriente les élèves ? Il faudrait sans doute un peu moins orienter et proposer des situations ouvertes, l’enquête n’étant qu’une possibilité. Un collègue qui a des élèves âgés de 6 à 9 ans travaille en géométrie et donne des consignes très simples comme « faites le plus de carrés possible ». Les enfants se posent alors beaucoup de questions, en coopérant entre eux, et vont s’approprier des savoirs peu à peu, mais cela demande aussi une accoutumance à ce genre d’activités. C’est une clé pour la compréhension du monde d’aujourd’hui et cela permet aussi de développer à la fois l’imagination et l’esprit critique des élèves. Une autre question est celle des inégalités territoriales ou sociales. On peut aller dehors sans avoir une forêt à proximité, on peut partir du bâtiment scolaire et sa proximité, même en ville. L’école dehors peut réduire les inégalités scolaires, car certains mettent en œuvre des compétences habituellement peu mises en valeur. L’enseignant voit aussi ces enfants autrement, avec un comportement différent dans la nature : cela permet d’en avoir une image plus globale, moins stéréotypée. De plus, on constate davantage de coopération et d’entraide entre les élèves pour franchir des obstacles, parfois très concrets. Finalement, comment répondez-vous à l’objection que faire l’école dehors ne peut pas garantir à soi seul les apprentissages ? L’environnement, par lui-même, alimente les apprentissages. Certes, dans le cadre de l’enseignement, l’immersion n’est pas suffisante. L’enseignant est là pour créer une atmosphère propice aux apprentissages. Il doit être bien présent pour que tout le monde progresse, savoir rebondir sur ce qui intéresse les enfants, s’ouvrir à d’autres compétences et accepter l’imprévu, l’inattendu. Sarah Wauquiez Propos recueillis par Jean-Michel Zakhartchouk et Aurélie Zwang
Une enquête menée auprès de 511 professeurs révèle des objectifs communs, mais des motivations différentes aux apprentissages en extérieur.
On attribue à l’école dehors de nombreux bienfaits, désormais étayés par de nombreuses études : un bilan et une bibliographie de la recherche au travers des sources scientifiques.
Une déclinaison québécoise de prépositions pour rendre compte des activités de, en, par, pour le plein-air, un modèle qui peut nous éclairer au-delà des spécificités nationales.
Au Québec, l’enseignement à l’extérieur connait un engouement depuis quelques années à travers des mouvements comme la forest school, l’école dans la forêt. Les effets produits commencent à être précisément étudiés.
Faire l’école dehors, c’est aussi permettre à l’enfant de prendre à nouveau contact avec un tout dont il fait partie.
Dans le cadre de la recherche-action participative « Grandir avec la nature », Écotopie (laboratoire d’écopédagogie, association belge d’éducation permanente et d’éducation relative à l’environnement), a choisi de se pencher sur le lien entre le dehors et l’écocitoyenneté.
Cette recherche-action participative, lancée en 2018 et portée par le réseau École et Nature, associe de nombreux acteurs en France et en Belgique pour mieux connaitre les effets des pratiques pédagogiques scolaires dans la nature sur les enfants.
Un exemple de partenariat entre une école et le Groupe rennais de pédagogie et d’animation sociale, (GPAS), une association qui utilise l’espace public et naturel comme source de découverte pour les enfants défavorisés qu’il accueille.
L’association Les Écologistes de l’Euzière, dans l’Hérault, lutte contre le manque de nature, une pathologie de la modernité, en organisant des rencontres dans des espaces naturels, qu’ils soient à la campagne ou en ville.
Des séances durant les temps scolaires et périscolaires, avec une approche globale qui intègre les bienfaits du contact avec la nature sur la santé au sens large : physique, mentale, sociale.
Créé par la Fondation Silviva et le WWF (Fonds mondial pour la nature) suisse, le projet Enseigner dehors cherche à mettre en contact les enseignants engagés dans ces nouvelles pratiques, à permettre les échanges avec le monde de la recherche et les professions en contact de la nature.
Construire l’école du dehors demande une formation que l’association Tournesol propose aux enseignants de Bruxelles et de sa région. Mais la coconstruction n’est pas si simple.
Entretien avec le seul élu régional délégué Éducation Nature-Environnement en France, qui porte une politique structurante au service de la transition écologique et s’intéresse de près aux expériences d’école dans la nature.
Comment intégrer l’école dans son milieu et faire entrer la nature dans l’école ? Un aperçu de ce qui se fait dans l’ancienne capitale du Dauphiné.
Un exemple d’études en cours, auprès de quarante classes, pour déterminer l’effet de différentes activités vécues dans la nature par des enfants sur leur perception de la biodiversité.
La Nouvelle-Zélande s’est engagée depuis deux décennies dans un projet de réforme ambitieux pour la reconnaissance de la différence culturelle et linguistique comme ressources pour l’éducation. Les élèves allophones en sont les premiers bénéficiaires.
Partenariat et compromis Une enquête sur les rapports entre professionnels du décrochage scolaire, qui confronte la vision de l’Éducation nationale et celle de l’éducation populaire, dans le cadre des ateliers relais mis en place pour les collégiens. Comment des acteurs issus de deux mondes sociaux pensés comme différents, voire opposés, peuvent coopérer dans le cadre […]
Souvenirs d’expériences vécues de classes de découverte de 1996 à 2005 dans le département des Pyrénées-Orientales, au sein d’un centre permanent géré par l’Association départementale des PEP 66 (Pupilles de l’enseignement public).
Au-delà de la « sortie », comment faire l’expérience de l’autre et se positionner dans la communauté citoyenne ?
Mars 1955 Le 12, Charlie Parker, surnommé « Bird », s’est éteint. Écoutez « Ornithology », le standard qu’il composa avec Benny Harris dans la version de 1946 puis dans la reprise en scat d’Ella Fitzgerald dans « How high the moon » (Ella in Berlin, 1960). Certes, c’est un peu tiré par les plumes, mais comment échapper au rapprochement avec les chants d’oiseaux que l’on entend en arrière-plan du dossier que vous avez entre les mains ? Le 15, les Cahiers pédagogiques publient le troisième dossier, depuis leur création, consacré à l’étude du milieu. C’est dire l’importance de ce thème pour les fondateurs des classes nouvelles et de la revue. Le dossier s’ouvre sur un florilège de textes de référence, de Michel Montaigne (1580) à Henri Lefebvre (1947), en passant par François Fénelon, Jean-Jacques Rousseau, Hippolyte Taine, Paul Vidal de La Blache, etc. On y lit la défense de l’étude du milieu dans la science, la littérature, les apprentissages. Ainsi ce précepte de Rousseau : « En général, ne substituez jamais le signe à la chose que quand il vous est impossible de la montrer ; car le signe absorbe l’attention de l’enfant et lui fait oublier la chose représentée. » (Émile ou De l’éducation, livre II). Nous reprenons ici de larges extraits d’un article d’Alfred Weiler, l’un des promoteurs de l’éducation nouvelle et des classes nouvelles à la Libération. Certes, l’étude du milieu n’était pas l’école dehors, mais le lecteur d’aujourd’hui retrouvera bien des idées et des arguments défendus dans le dossier de ce numéro. Le contexte a changé, bien sûr, l’entrée des auteurs de 1955 par la dimension sociale du milieu a fait place à une entrée par la dimension environnementale, mais la volonté de les faire converger est partagée. Yannick Méve
Notre coordonnatrice de réseau REP+ (réseau d’éducation prioritaire renforcé), qui est une mine de bonnes idées, nous propose d’organiser un concours de lecture à voix haute entre les écoles du réseau. Première sélection en classe, puis dépôt de vidéos en ligne, et si le virus le permet, finale en public lors de la grande fête […]
Pour Rozenn Merrien, présidente de l’Andev (Association nationale des directeurs et des cadres de l’éducation des villes et des collectivités territoriales), le projet de loi confortant le respect des principes de la République et de lutte contre le séparatisme ne fait qu’exacerber les tensions et les amalgames, au détriment des élèves des territoires particulièrement visés.
Le musée Carnavalet, musée d’histoire de Paris, a rouvert ses portes en mai, en même temps que les autres musées, après quatre années de travaux qui ont chevauché la période de fermeture liée à l’épidémie de Covid-19. L’occasion de parler avec sa directrice, Valérie Guillaume, de son parcours et du projet du musée.
Une enquête sur les rapports entre professionnels du décrochage scolaire, qui confronte la vision de l’Éducation nationale et celle de l’éducation populaire, dans le cadre des ateliers relais mis en place pour les collégiens. Comment des acteurs issus de deux mondes sociaux pensés comme différents, voire opposés, peuvent coopérer dans le cadre de ce dispositif ?
En privilégiant l’économie, les choix politiques de ces dernières décennies ont creusé les inégalités. Avec des institutions qui ne jouent plus leur rôle social, nombreuses sont les familles laissées pour compte, avec des pères au chômage, dont la parole est disqualifiée et la fonction symbolique difficilement assurée. Comment les enfants pourraient-ils ne pas éprouver de ressentiment face à un système injuste qui ne leur laisse guère d’espoir d’avenir ? Comment reconstruire un récit commun ?
La pédagogie active qui consiste à initier à la recherche peut être une bonne voie vers l’autonomisation et la formation de l’apprenant. Une telle démarche n’est pas réservée aux plus jeunes, et lorsqu’on s’en empare dans l’enseignement supérieur, elle peut être particulièrement féconde. Illustration avec des travaux par groupe sur les Castors toulousains et leurs habitations autoconstruites.
La formation BAFA (brevet d’aptitude aux fonctions d’animateur en accueils collectifs de mineurs) se fait en trois temps, une formation générale suivie d’un stage pratique en situation, puis d’un approfondissement. Nous en sommes au stage d’approfondissement dont la thématique porte sur les grands jeux de plein air. Et c’est le moment où un groupe de […]
C’est la première fois que j’enseigne dans une classe à petit effectif (dix élèves). je suis en « CE1 dédoublé ». Après quelques mois de fonctionnement, je fais certains constats sur mon organisation de classe, ma pratique, mes postures. L’avantage du petit effectif, et cela est dit dans bien des documents officiels, est qu’il permet à l’enseignant […]
Un 24 avril 8 h 55 à 9 h 50. 55 minutes. Au fond, c’est peu 55 minutes. Je dis souvent autour de moi qu’on ne peut pas savoir véritablement ce qu’est le métier d’enseignant sans avoir connu justement ces 55 minutes. En fait, on ne peut pas non plus comprendre ni réellement analyser ce […]
Ce lundi 2 novembre, nous devenions tous, enfants et adultes , des porteurs de masque ! C’était, il est vrai, tout nouveau pour les enfants. Certains entraient à l’école tout intimidés, tandis que d’autres affichaient une certaine fierté de « faire comme les grands » ! Une certaine étrangeté régnait. Dissimulés derrière leur masque, nos […]
Nihal, 8 ans, en ULIS (Unités localisées pour l’inclusion scolaire) durant une séance d’arts plastiques : Nihal : « Maitre ! Maitre ! Maitre !! Maitre !!! Le maitre : — Oooouuuiiiii, Nihal ? Nihal : — Maitre ! T’as pas de cheveux mais t’es un beau gosse, maitre ! Le maitre : — Euh… […]
Ce matin, les enfants parachèvent un projet d’écriture autour de l’histoire de Max et les maximonstres de Maurice Sendak, et m’ont invité à partager avec eux la remise à chacun d’eux du petit livret qu’ils ont édité : une page recto verso formant un livret de quatre pages recelant un trésor, leur réécriture d’un incroyable […]
Comment prépare-t-on un atelier dans le cadre d’un colloque universitaire quand on est un mouvement pédagogique ? Récit d’une expérience collaborative et enrichissante.
Résoudre un vrai problème, c’est motivant ! Mis en situation d’imaginer des solutions durables à une situation répétée d’enclavement de leur village en milieu rural, des élèves de CM1-CM2 manipulent divers outils de la géographie, échangent, s’interrogent et proposent.
Aujourd’hui conseillère pédagogique départementale en arts plastiques dans les Deux-Sèvres et coautrice du livre Emmenez les enfants dehors, Crystèle Ferjou raconte l’émergence et l’ancrage d’une initiative qui irrigue les pratiques pédagogiques individuelles et collectives.
Nourdine Bara vit avec les mots et les textes, les fait vivre, les fait apprivoiser dans des lieux qui leur offre la liberté, les fait respirer en prise avec les beautés surprenantes de la vie. Auteur, comédien, metteur en scène, organisateur d’agoras, avec « Cours dehors », il invente et scénographie des rencontres où la culture crée les liens.
Après plus d’un an de confinement, déconfinement, reconfinement, couvre-feu, restrictions, tout le monde n’a qu’une envie : sortir, dans tous les sens du terme! Et ça tombe bien, c’est ce que propose de faire notre dossier « Apprendre dehors », sortir avec les élèves, les enfants, pour apprendre dehors. Présentation du dossier par ses coordonnateurs.
S’activer, c’est ce que les scientifiques recommandent pour une meilleure santé physique, mentale et sociale. Mais les jeunes ne bougent pas suffisamment, la sédentarité a évolué en pandémie mondiale. Il est temps d’agir, mais comment ?
Il aura fallu l’expérience collective du confinement strict de 2020 pour qu’une dimension de notre quotidien, « infraordinaire », écrirait Georges Perec, fasse unanimement l’objet d’égards renouvelés : le dehors ! Tout à coup, les oiseaux étaient audibles et des mammifères sauvages visibles jusqu’au cœur des villes…
Où la lecture d’un essai, La joie du dehors, éveille les souvenirs d’une enfance en pédagogie Decroly et inspire la réalisation d’un épisode du podcast « Le fond de la classe ».
Au Québec, une expérience collaborative entre des enseignants et une association protectrice du mont Royal est menée en faveur d’élèves de primaire issus de milieux défavorisés, afin de créer des liens affectifs durables entre ces jeunes urbains et la nature.
Sortir les tout-petits n’est pas une chose évidente pour les structures d’accueil. Cela demande évidemment une réflexion et une formation des professionnels.
Quelques mois d’observation dans une classe de plein air, au cœur de la forêt finlandaise, montrent les bénéfices qu’en tirent les enfants (sur le plan social et émotionnel notamment), mais aussi les enseignants, qui apprécient en particulier de ne plus subir le volume sonore de la classe fermée.
Grâce à la médiation nature, les élèves d’un centre éducatif et scolaire de l’aide sociale à l’enfance de Bezannes, près de Reims, retrouvent confiance en eux et en l’école.
Une sélection de ressources, sites, livres, films pour prolonger notre dossier.
En préliminaire à la sortie de notre dossier de juin 2021, « Apprendre dehors », nous proposons ici une courte synthèse sur quelques questions que pose l’école au dehors pour le métier d’enseignant.
Retourner en classe pour ne pas bouger de sa chaise et ne pas s’approcher des autres peut ne pas faire envie. Mais l’occasion est peut-être bonne, et la météo propice, de faire l’école non pas buissonnière, mais en plein air !