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Éducation artistique et culturelle

Une semaine pas ordinaire

Cécile Blanchard

4 juin 2018

Chaque année, l’école de la rue de Clichy à Paris organise une « semaine de l’art », où tous les adultes et enfants de l’école participent à des ateliers de pratique artistique en tout genre. Cette année, la date était fixée à la semaine du 7 mai, histoire de mettre à profit une semaine comptant deux jours fériés, peu propice à la concentration des élèves.


Jeudi 24 mai, dès 18h15, les couloirs et les escaliers sont remplis de parents et d’enfants tout excités : c’est l’exposition de la semaine de l’art à l’école Clichy, dans le neuvième arrondissement de Paris. Deux semaines auparavant, toutes les classes et tous les adulte de l’école ont vécu une semaine très particulière, dont la plupart des demies journées ont été occupées par des ateliers de pratique artistique.

Le soir de l’exposition, les enfants guident leurs parents dans cette école aux locaux étonnants. Il s’agit d’un ancien hôtel particulier du XIXe siècle transformé en école élémentaire depuis 2011. On y trouve donc des salles de classe, un préau, une BCD (bibliothèque-centre de documentation), rien que de très classique, mais aussi des salles dont on a beaucoup moins l’habitude dans une école, les « salons patrimoniaux », aux murs recouverts de boiseries restaurées et à l’acoustique digne du salon de musique qu’était l’une d’entre elles à l’origine.

Balisage dans les couloirs

Les guides prennent leur rôle très au sérieux : « C’est par ici, ne suivez pas les flèches, suivez-nous ! ». Ils ont à cœur de tout montrer, de ne rien oublier : « Et là, c’est l’atelier de ma maitresse ! Mais moi je ne l’ai pas fait. » Même si parfois, l’intérêt se recentre : « je ne trouve pas mon haïku ! » ou « attends, on ne m’a pas encore vu dans la vidéo ! ».

Des ateliers pour les petits et les grands

Pour cette semaine si particulière, tous les enseignants de l’école proposent un atelier : les enseignants de chaque classe (il y en a onze dans l’école, dont une ULIS), la maitresse E du RASED, la directrice (déchargée à 100 % à Paris), les professeurs de la Ville de Paris (arts visuels, musique et EPS). Cette année, seize ateliers ont ainsi été proposés aux 250 élèves, qui en ont chacun suivi quatre. Le matériel nécessaire est financé par la coopérative.

La répartition des élèves dans les ateliers se fait sur la base à la fois de leur choix et du choix de mélanger les classes, les âges, en tenant compte aussi des personnalités et des besoins des enfants. Chaque enseignant (et ils peuvent parfois être à deux pour construire et proposer un atelier) prépare une affiche présentant l’atelier de manière souvent énigmatique, avec le titre (pas toujours explicite) et une illustration. Les affiches sont présentées aux élèves dans le préau, sans plus d’explications, et, à sur ce qu’ils en devinent, sur leur expérience des années précédentes aussi, les élèves choisissent celui qu’ils veulent absolument faire et celui qu’ils ne veulent absolument pas faire. C’est sur cette base que les enseignants, classe par classe, construisent la répartition.

Affiche de présentation de l’atelier « Bombay »

Le jour venu, chaque élève a une feuille de route récapitulant ses ateliers, les jours et les salles où ils ont lieu, avec laquelle ils se déplacent en autonomie dans l’école. Les agents de service, mobilisés également, sont présents dans les couloirs pour aider les enfants à se repérer. Et bien sûr, les plus grands aident les plus petits.

Les ateliers proposés touchent un grand nombre de disciplines et de cultures : « Bombay », pour travailler sur les danses indiennes version Bollywood ; « À la volée » autour de l’improvisation théâtrale ; « Haikus », où l’on écrit un court poème de trois vers sur le thème des saisons, à la japonaise ; « Autoportrait » avec des collages de photos découpés dans des magazines, des prospectus commerciaux, pour réfléchir en passant à la société de consommation ; « Monotypes », procédé proche de l’estampe où l’on imprime un dessin fait à en un tirage unique ; « Les animaux imaginaires », où les élèves réalisent un cadavre exquis en dessin ; ou encore « Le Kamishibai », une « pièce de théâtre sur papier », art japonais où l’on raconte une histoire en faisant défiler des illustrations dans une boite ou un théâtre miniature…

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L’exposition des masques
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Bombay, un atelier dans la cour
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Monotypes
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Danses traditionnelles

Pendant les ateliers ou pendant l’exposition (cliquez pour agrandir)

Un projet pédagogique au long cours

Cette semaine de l’art existe depuis la première année de fonctionnement de l’école. « Le projet est venu d’une enseignante qui avait vécu quelque chose d’approchant dans une précédente école », raconte la directrice, Ghislaine Vassiat, présente depuis l’ouverture. La semaine est inscrite dans le projet d’école et la date est choisie chaque année en fonction du calendrier annuel et de la vie de l’école. Selon les années, ce sont jusqu’à cinq ateliers qui ont été organisés (donc cinq demi journées banalisées sur la même semaine) avec en plus une séance de cinéma.

L’objectif principal de ce projet commun à toute l’école, explique encore la directrice, c’est de « créer une communauté scolaire, que tout le monde connaisse tout le monde ». Objectif atteint, semble-t-il, ou du moins bien identifié, à en croire les témoignages des élèves : « On apprend à connaître tout le monde dans l’école, les maitres et maitresses qu’on n’a pas eus et les autres enfants des autres classes », résume une élève de CM1. D’autres parlent d’un « voyage dans l’école » où l’« on rencontre de nouveaux élèves et de nouveaux professeurs », ou « un moment d’échanges entre les classes » (élèves de CM2).

Confiance, autonomie et bonne humeur

« C’est bien sûr une démarche pédagogique : les ateliers sont le plus souvent reliés à un apprentissage plus classique. Dans mon atelier, avant de peindre et décorer des masques, j’ai présenté l’histoire du masque, qui a commencé au Néolithique, nous avons parlé d’archéologie... » dit M. Jurado, enseignante en CP dans l’école. Des apprentissages que les élèves pourront réinvestir dans un cadre plus formel. Mais c’est aussi une occasion de les faire gagner en autonomie : « On leur fait confiance et on constate qu’il y a très peu de problèmes de comportement cette semaine-là. Il y a un aspect festif, beaucoup de bonne humeur et un entrain à revenir en classe ensuite, pour raconter. Nous les faisons d’ailleurs écrire sur ce qu’ils ont vécu, aimé, pas aimé... »

Marie-Ange Colonna, enseignante en CM2, observe que ses élèves « sont très conscients que c’est leur dernière semaine de l’art, c’est un moment fort et ils sont très motivés pour en profiter encore plus ». C’est aussi pour eux un passage de relai avec les plus petits, qu’ils en aient conscience ou pas : « Les grands guident les petits dans les couloirs. Et dans les ateliers, il y a un tutorat naturel. En théâtre, j’ai vu beaucoup de grands se mettre spontanément avec des petits pour former les groupes qui allaient improviser des saynètes rapides. »

Public et comédiens en atelier d'improvisation

Grands petits pendant les ateliers

Elle livre ses mots-clé pour décrire le projet : « plaisir/convivialité, oser/dépasser ses limites (pour les élèves comme les enseignants), créer, grandir, bienêtre à l’école »…

Laissons le mot de la fin à Émilie, élève en CM2, qui a écrit un long compte rendu de la semaine sur le blog de sa classe : « J’ai analysé tous les ateliers un par un. Jusqu’à ce que je trouve un inconvénient dans un. Ils sont tous géniaux. Et même si il y en a où on a été déçu, on a bien rigolé. Après si vous avez vraiment tout détesté... euh... Je ne sais pas quoi vous dire. »

Cécile Blanchard

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Pour donner aux jeunes un égal accès à l’art et à la culture, les derniers textes officiels concernant l’Éducation artistique et culturelle mettent l’accent sur la notion de «  parcours  », qui doit permettre à l’élève de se constituer une culture personnelle, développer son habileté artistique et rencontrer des artistes, des œuvres, des lieux.