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Tribune - Réponse à Eric Favey, membre du CSP

« Le socle est le programme des programmes », tout un programme !

Anthony Lozac’h, SE-Unsa

13 juin 2014

Anthony Lozac’h répond ici directement à la tribune d’Eric Favey parue hier sur notre site, en tant que militant de la cause du socle commun et militant du SE-Unsa.


Le texte d’Eric Favey : « Le socle commun, c’est le programme des programmes »

Pour commencer, il ne faudrait pas laisser entendre trop facilement que ceux qui s’opposent clairement à ce nouveau socle sont à mettre dans un panier d’affreux conservateurs, luttant pour des places et positions, ou en laissant penser que pour nous, cette question n’appartiendrait qu’aux syndicats, incapables de compromis acceptables. C’est une façon peu amène d’ouvrir un débat. Le SE-Unsa a toujours été une force de proposition sur les questions du socle commun, à l’origine avec d’autres organisations du groupe « Socle commun, promesse démocratique ». Par ailleurs le SE-Unsa a proposé au CSP un projet de socle commun qui s’inscrit réellement dans une réforme curriculaire.
Je ne développerai pas plus les visions de l’école opposées qui s’affrontent autour de cette question de socle pour me concentrer sur des questions d’ordre pédagogique et professionnel, et répondre ainsi à l’invitation au débat d’Eric Favey.

Domaines et compétences

Les cinq domaines sont disparates. Le premier domaine va constituer la priorité des priorités, ce qui relève du « fondamental ». Le 2ème relève de l’outillage intellectuel, le 3ème de la formation à la citoyenneté, les derniers sont plus interdisciplinaires. L’objectif affirmé était de sortir des compétences-clés qui sont parfois trop disciplinaires. Mais une fois déclinés les vingt « objectifs de connaissances et de compétences », comment feront les rédacteurs de programmes disciplinaires pour s’en emparer, et comment feront les collègues sur le terrain pour les mettre en œuvre, si ce n’est par le prisme de leur discipline ? On va reproduire ici ce qu’il s’est passé en 2006, le partage du gâteau des objectifs entre les disciplines.
La disparition des compétences-clés européennes est évidente à la lecture des cinq domaines. Et même, plus simplement : où sont les compétences ? Nous n’y lisons qu’un amalgame de prescriptions disparates qui laisseront les collègues démunis face à la mise en œuvre et à l’évaluation. Les programmes devront puiser dans ces vingt objectifs pour les traduire en contenus enseignables et évaluables selon leur discipline. Est-ce vraiment mieux que le socle précédent ? Est-ce si interdisciplinaire que cela ? Qui va par exemple au final évaluer la maîtrise d’une langue étrangère ? La “maîtrise de la langue”, ancien pilier, devient un simple objectif, tout comme la pratique d’une langue étrangère. Au final, les objectifs à évaluer seront beaucoup plus nombreux que dans l’ancien socle commun.
La faiblesse de ce texte est donc de négliger et de réduire considérablement la notion de compétence, qui est pourtant un outil important si on veut adopter une évaluation progressive et positive des élèves.

La question de l’évaluation

En renvoyant les modalités d’évaluation aux seuls programmes, on se prive d’un outil pour le suivi et l’évaluation des élèves, un outil qui permet justement d’avoir une vision globale de l’élève, et non pas simplement éclatée. Je rappelle une déclaration d’Alain Boissinot en mars 2014 dans la Lettre de l’éducation : « on ne peut réfléchir sur les contenus d’enseignement sans remettre en jeu les procédures d’évaluation des élèves et de formation des maîtres. » Dommage que ces aspects essentiels, pour qui prétend mener une réforme curriculaire, restent au stade des bonnes intentions et n’offrent aucune garantie : pas d’outils professionnels adaptés pour les enseignants, pas de garanties apportées aux élèves, en dehors des programmes disciplinaires. Vous dites vous-mêmes que les élèves « auront accès à ce qui unit et libère ». Mais l’accès n’est pas la maîtrise.
De l’ambition d’une réforme curriculaire, avec toutes ses dimensions, le choix du CSP est celui du plus petit dénominateur commun : la redéfinition des contenus. Le socle est une boite à objectifs pour les rédacteurs des futurs programmes, ce que vous appelez le « programme des programmes ». Certes, nous répond-on, le CSP ne peut pas tout, et le reste viendra. Nous ne voyons aucune feuille de route, aucune stratégie, ni aucune annonce qui semble indiquer dans quel sens ira ce socle commun et aucune réponse à nos questions précises.
Aujourd’hui, les contempteurs de la notion de socle se réjouissent du nouveau socle, alors que les anciens partisans tirent la sonnette d’alarme. Les promoteurs de ce nouveau socle de culture commune ont voté hier en CSE contre les dispositifs permettant de renforcer la continuité et les liens entre école et collège. De la même manière, ce socle de culture commune n’est en pas un, c’est bien selon vos propres termes un « programme des programmes ». Ce texte ne répond pas à la loi d’orientation de 2013 qui a défini le socle commun de connaissances, de compétences et de culture comme « le principe organisateur de l’enseignement obligatoire dont l’acquisition doit être garantie à tous ».
Nous croyons en ce principe et continuerons à porter cette ambition démocratique du socle commun.

Anthony Lozac’h, SE-Unsa

Voir en ligne : « Le socle commun, c’est le programme des programmes », Eric Favey