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L’école ailleurs

L’école écossaise à l’heure du référendum

Interview de James Forbes

15 septembre 2014

Le système éducatif écossais est souvent cité comme une réussite aussi bien en termes de résultats que d’équité. À l’heure où parait ce texte, le suspense est entier quant au résultat du référendum sur l’indépendance. Il nous a semblé intéressant d’avoir l’avis d’un enseignant écossais, James Forbes, sur l’école de ce qui pourrait devenir un nouveau pays européen.


En quoi le système écossais est-il différent, d’après ce que vous en savez, de l’école anglaise ?
Même si je connais mal le système anglais (alors que j’ai enseigné en France), je sais que notre école en Écosse est sans doute plus égalitaire. IL n’y a jamais eu ici d’écoles comme les "Grammar Schools" anglaises, qui trient les élèves selon leurs résultats, toutes les écoles publiques écossaises forment un système de type "collège unique".
Ce que je perçois aussi, vu d’Écosse, c’est qu’en Angleterre, les chefs d’établissements ont plus d’autonomie, tandis qu’en Écosse, les autorités scolaires, un peu comme les académies en France, dirigent les écoles, peut-être de manière plus centralisée, mais je peux me tromper. Par contre, pas de “baccalauréat” chez nous, mais des examens dans des matières différentes, que nous appelons “Highers” (correspondant aux Levels anglais).

L’école est-elle un enjeu du référendum sur l’indépendance ?
Nous avons un gouvernement SNP (Scottish National Party) depuis 2007, qui restera au pouvoir jusqu’aux prochaines élections. Le référendum ne changera donc rien aux politiques d’éducation, qui sont sous le contrôle de ce gouvernement écossais. Peut-être que les prochaines élections, celles qui viendront après le référendum changeront quelques chose… mais le référendum, non.
Tout de même, si le Yes l’emporte, l’Écosse, comme toute autre nation, aura le contrôle de ses ressources et ne dépendra plus d’un financement par le parlement de Westminster.

Les enseignants sont partagés entre Oui et Non, les syndicats d’enseignants ne se prononcent pas. L’éducation n’est pas un sujet de discussion dans ce référendum, les écossais sont en général fiers de leur système, mais le référendum ne le changera guère de toutes façons.

Qu’est-ce qui donc motive les électeurs favorables à l’indépendance ?
La démocratie, avant tout. Au sein du Royaume Uni, l’Écosse est dirigée par des gouvernements, souvent Conservateurs, perçus comme éloignés de nos sensibilités. Le Parlement de Westminster a imposé un impôt aux gens les plus pauvres de nos sociétés (une "taxe à la chambre à coucher" ?) : Les élus travaillistes écossais n’ont rien pu faire pour l’empêcher. Et puis une aspiration à l’égalité. Nous voulons conserver un service public de qualité, alors qu’en Angleterre, les services médicaux par exemples sont de plus en plus privatisés, etc. La justice sociale est très importante pour nous…

Des points forts du système écossais

On peut lire une étude intéressante de Isabel Mac Grégor, une inspectrice engagée en Écosse qui a notamment publié un article dans Futuribles, mai 2011 (l’éducation à l’horizon 2025) dont nous extrayons quelques lignes :
« Depuis une vingtaine d’années, l’Écosse est réputée au niveau international pour son approche de l’amélioration de la qualité dans l’éducation. Cette approche est fondée sur une bonne auto-évaluation, soutenue par l’autorité locale et approuvée par le système national d’évaluation de l’Inspection de l’Éducation (HMIE). Cette approche confère aux écoles le devoir et la responsabilité de déterminer ce qu’elles font bien et ce qui nécessite des efforts d’amélioration. Chaque école doit publier un rapport annuel sur les “standards” et la qualité ainsi qu’un plan d’amélioration. La qualité des auto-évaluations et des plans d’amélioration n’a cessé de progresser. De nombreuses écoles comprennent bien désormais le besoin de concentrer plus d’efforts sur la qualité des apprentissages et leurs résultats. »
Par ailleurs, une réforme fondamentale du curriculum a été mise en place pour les 3-18 ans sous la forme de grandes capacités à acquérir. Mais « il est conçu de manière à laisser aux écoles la liberté et la flexibilité permettant d’inventer leurs propres solutions aux problèmes posés par leurs élèves, tout en s’inscrivant dans un cadre souhaitable d’expériences et de résultats. »

(Merci à Evelyne Clavier et Sylvie Abdelgaber)

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Que s’agit-il d’enseigner, pour ce qui ne peut se réduire à une discipline scolaire ? Dans quel objectif, entre pacification des relations et formation du jugement moral ? Qui pour le faire, dans quel cadre ? Bien des questions, et ce dossier ose dès maintenant des réponses, dans la conviction que nous touchons là à un rôle fondamental de l’école.