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Naissance d’un collectif

Inverser les pratiques

Roseline Ndiaye

22 juillet 2015

Les 3 et 4 juillet 2015, une grande bande de twittos, comme ils disent, s’est retrouvée IRL (in real life ou dans la « vraie vie »), comme ils disent, autour d’un thème qu’ils pratiquent tous en classe, la classe inversée. Ils se connaissent depuis longtemps par les réseaux sociaux et ont l’habitude de travailler ensemble, autour de thèmes associant pédagogie et numérique, ou autour d’un bon moment de fou rire.


L’idée est née il y a 2 ans, dans la tête d’Héloïse Dufour, anciennement chercheuse en neurobiologie, quand elle a pu observer la pratique de la classe inversée aux Etats-Unis : elle a alors voulu la faire connaitre en France et montrer toutes les pratiques pédagogiques qui se mettent en place autour. Suite à un stage qu’elle a animé à Paris, elle monte l’association « Inversons la classe ! » et part à la recherche de sponsors et d’un lieu pour recevoir leur collectif le temps d’un week-end.

Quelques profs, comme @yop-yop, @Nicoguitare, @LonnyJ, @jmlejeune, @oquinet, @profchrismath, et bien d’autres, répondent à l’appel pour présenter leur travail. Ils n’envisagent cependant pas l’accueil qui leur sera réservé lors des journées #clic2015 : 180 inscrits, sans compter tous ceux qui s’y sont pris trop tard pour avoir une place. Deux jours entre copains, durant lesquels les téléphones ont chauffé, le mot-clé #clic2015 ayant été l’un des plus suivi sur Twitter durant ces 2 jours. La première activité a été l’échange d’identifiants, suivie de très près par l’échange de pratiques. Mais pour eux, ça ne change pas, puisque dès qu’ils se heurtent à une difficulté, veulent faire évoluer leur pratique, ou ont un coup de blues, ils s’en réfèrent à leur communauté sur Twitter.

On pourrait croire que la classe inversée est une pratique centrée autour du numérique. En effet, elle se construit autour d’une vidéo, que l’enseignant réalise et montre à l’avance à ses élèves, à la place des traditionnelles leçons, de façon à ce que les élèves anticipent la leçon suivante, apprennent quelques notions nouvelles, vérifient leur apprentissage grâce à des quizz ou autres. Cette phase est totalement sur mesure, chaque enseignant l’imagine à sa guise, son objectif étant de faire anticiper les difficultés, pour que l’élève les exprime en classe et arrive prêt à affronter une tâche, parfois complexe, à réaliser en classe. Pour une fois, la satisfaction obtenue au travail incite les élèves à s’y mettre, sans en favoriser certains.

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L’une des présentations faites durant les deux journées

La plupart de ceux qui étaient là ont échangé sur leur pratique, centrée autour d’une pédagogie active mise en place au sein du groupe. L’enfant ne se trouve pas seul à réfléchir, à construire, à agir mais il travaille au sein d’un groupe, d’une équipe… Et c’est là que se trouve la grande révolution de cette pratique, puisqu’elle questionne sur la pratique de classe, et amène l’élève à être acteur. Il peut alors produire un écrit, restituer un travail à l’oral, ou faire un production numérique, en conclusion de son travail.

@yopyop explique que ses élèves, en grande difficulté, sont passés 4 ou 5 fois à coté d’une notion, mais que grâce à la restitution numérique, ils la construisent et se l’approprient. @jmlejeune fait construire des scénarios humoristiques à ses élèves : « je n’ai pas pu faire autrement que de mettre ce scénario en image, nous explique-t-il, c’était leur façon d’expliquer aux autres, l’usage de la virgule ». @oquinet, grâce à l’usage de SACoche, un outil numérique permettant de suivre l’acquisition ds compétences, connait précisément les difficultés de ces élèves, peut constituer des groupes autonomes et d’autres auquel il va prendre le temps de réexpliquer les notions mal comprises pour arriver à une construction écrite d’argumentaire.

Comme le dit un proviseur, « avant d’enseigner, il est nécessaire de revenir sur le regard qu’on porte sur sa mission, et sur les enjeux de son action auprès de l’élève ».

Des pédagogies et du numérique

La pédagogie inversée, née d’un usage du numérique en classe, met également à profit des pédagogies comme la pédagogie coopérative, les tâches complexes, l’usage de quizz, ainsi que la mise en place d’une pédagogie différenciée, d’une véritable remédiation et d’un travail en autonomie, d’une discussion ou restitution par l’oral, tout cela pour la réussite de tous les élèves. Ici, le travail que l’enseignant demande d’habitude à l’élève de faire à la maison (entouré ou non de ses parents qui ne savent pas toujours l’aider) est fait en classe, avec son aide, sur le temps de découverte économisé grâce à la vidéo.

Enfin, apprendre ses leçons en vidéo et en quizz, donne, pour l’instant, envie aux enfants de s’y mettre, et vu le taux d’équipement en smartphone, ordinateur, tablette ou télévision connectée à Youtube, très peu d’enfants reviennent en classe sans avoir eu accès à leur leçon. Pour ceux-là, les professeurs réservent toujours un ordinateur au font de la classe, pour faire leurs devoirs.

Le colloque sur la classe inversée n’en est qu’à son début. Il se poursuivra par une semaine inversée, du 26 au 30 janvier 2016, durant laquelle les enseignants qui la pratiquent pourront faire entrer des curieux, et par un nouveau colloque (les 30 juin, 1er et 2 juillet 2016) qui proposera à la fois de la mise en pratique, des conférences et des restitutions d’action. La difficulté va être de trouver un lieu assez grand pour les accueillir !

Roseline Ndiaye

Pour en savoir plus :
Le site d’ « Inversons la classe ! » et son compte Twitter : @classe_inversée.

Une plateforme d’échange de vidéos ou capsules pour l’enseignement du français en collège :
http://fr.padlet.com/marie34/methodeinversee

Une vidéo dans laquelle Marcel Lebrun, enseignant à l’Université catholique de Louvain à Louvain-la-neuve, en Belgique, donne sa définition de la classe inversée ou "flipped classroom" :
https://m.youtube.com/watch?v=1PAoyUzgW-w&feature=youtu.be