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Histoire des Arts

Gauguin, les élèves et moi

Entretien avec Emilie Dibb

23 avril 2018

Emilie Dibb est enseignante en CM1-CM2 à l’école Maryse Hilsz située en REP à Paris 20ème. Avec ses vingt-quatre élèves, elle a participé en janvier 2018 à un projet en partenariat avec Educ’ARTE et le Grand Palais : elle revient sur cette fructueuse expérience.


Quand avez-vous rencontré Educ’ARTE ? Comment et dans quel cadre ?
La première fois, c’était il y a deux ans dans le cadre d’une proposition d’inscription au service. On nous a présenté le site ; l’école et le conseil des maitres ont choisi de s’y inscrire. J’ai commencé à utiliser les ressources suite à la formation qu’on a reçu. Cette formation d’une heure nous a permis de découvrir les fonctionnalités du site : accès et recherche de ressources, outils de création d’extraits pour personnaliser les vidéos, création de cartes mentales...

Actuellement vous travaillez sur un projet plus particulier avec Educ’ARTE, en partenariat avec le Grand-Palais ?
Oui ils ont proposé une sortie avec un atelier lors de l’exposition Paul Gauguin qui a eu lieu au Grand-Palais à Paris en janvier. Notre classe a eu la chance de pouvoir visiter l’exposition avec un guide et de participer à un atelier afin d’expérimenter la technique de la gravure. Les élèves ont gravé une planche de polystyrène à l’aide de pochoirs inspirés des œuvres de Gauguin. Ils ont ensuite réalisé des impressions avec de la peinture. Un carnet a également été préparé pour servir ensuite tout au long de l’exposition : prise de notes, reproduction des dessins sur le bas-relief de la Maison du jouir. A la fin de la visite, les élèves ont participé à une expérience de réalité virtuelle pour plonger dans le monde de Gauguin grâce à des lunettes 3D.

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Le travail avec Educ’ARTE s’est-il fait en amont, en aval, les deux ?
En amont dans un premier temps. On a préparé ensemble la sortie et on a essayé de trouver un thème en rapport avec nos autres projets de classe et en l’occurrence ce qui s’est dessiné c’était le thème du voyage. On voulait aborder l’exposition par ce biais car les élèves partaient en classe de découverte au ski en janvier et c’était l’occasion pour eux de découvrir une autre culture, des paysages différents et qu’on pouvait le relier à la passion de Gauguin pour le voyage, le retour à la nature.

Concrètement, vous avez fait un travail personnel chez vous de visionnage, coupe et montage. Est-ce que cela vous a semblé difficile ?
Non, le documentaire était très intéressant, j’ai appris beaucoup de choses et cela m’a permis d’anticiper les questions des élèves. L’outil est très pratique ! Je ne suis pas du tout geek, je sais installer un vidéoprojecteur et utiliser un ordinateur, c’est tout. Mais là c’est vraiment très simple d’utilisation.

Et ensuite ?
Nous avons regardé le documentaire Gauguin, je suis un sauvage la veille de l’exposition. Les élèves ont bien accroché au documentaire. C’est un documentaire adapté à leur âge. Et puis le lendemain on a visité l’exposition et j’ai remarqué que les élèves avaient mémorisé beaucoup de choses. Par exemple, ils se souvenaient du séjour de Gauguin à Arles chez Van Gogh. Certains élèves ont pu au moment de l’exposition différencier les œuvres sur la Bretagne et le sud de la France. Ensuite, ils ont clairement identifié les œuvres de la période polynésienne et ont pu retracer l’évolution dans le temps du travail de l’artiste. Certains détails, tels que des noms, lieux, signification d’éléments dans les peintures ont été mémorisés grâce à la vidéo. On pouvait rebondir sur les commentaires du guide, grâce à ce travail préalable. On avait aussi préparé en classe une biographie de Gauguin sur la base du film.

Vous l’avez regardé en entier ?
J’ai coupé certaines scènes avec l’outil proposé, pas pour une question de temps mais parce que j’ai des CM1-CM2 et j’avais peur que les plus jeunes ne soient heurtés par les scènes imagées du documentaire relatives à la maison des filles de joie.

Le documentaire dure combien de temps ? Les élèves n’ont pas manifesté de difficultés d’attention ?
Une heure environ. Non, pas de soucis d’attention, le film est très bien fait.

3ème étape. De retour en classe, quels prolongements ? Quel lien avec Educ’ARTE ?
Je ne l’ai pas réutilisé pour la suite de la séquence mais une personne d’Educ’ARTE ainsi qu’une personne de la cellule Education-Médiation du Grand-Palais sont venues en classe début février pour reparler du projet Gauguin. Les élèves ont à cette occasion rempli une fiche de travail sur une œuvre de l’auteur pour pouvoir la conserver dans le classeur en lien avec le Parcours d’éducation artistique et culturelle. Cette visite était prévue au début du projet pour réaliser un suivi. Après les vacances d’avril on reprendra les gravures pour réinvestir les connaissances et réaliser une fresque qu’on affichera.
Lors de la visite des intervenantes d’Educ’ARTE et du Grand-Palais, on a été vraiment surpris par tout ce dont ils se souvenaient.

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Concrètement au quotidien dans votre classe, vous utilisez souvent les ressources numériques dont Educ’ARTE ?
J’ai un vidéoprojecteur mobile mais pas de tableau numérique interactif, alors ce n’est pas toujours évident à mettre en place car c’est beaucoup d’organisation à prévoir avant le visionnage. Il faut que j’installe mon ordinateur (personnel), le vidéoprojecteur avant car c’est impossible à faire en présence des élèves. Et comme les élèves sont en ilots, il faut tout chambouler dans l’espace-classe. J’ai bien un tableau blanc en fond de classe, mais ils doivent se retourner.
J’ai utilisé récemment un support d’Educ’ARTE dans le cadre d’un projet sur la climatologie. Mais pour l’instant les ressources pour le premier degré sont un peu limitées. Il faut sélectionner des extraits dans des vidéos plus complexes pour les adapter au mieux au cycle 3.

Vous avez envie de recommencer l’expérience l’année prochaine ?
Oui, et même pour une autre sortie que je pourrais organiser moi-même : avoir le réflexe d’utiliser une vidéo projetée avant c’est très profitable au niveau des apprentissages ! Cela a aussi permis un travail en français : la rédaction de la biographie de Paul Gauguin. Nous avions au préalable défini les éléments importants de la biographie (dates, vie privée, œuvres, périodes, influences, événements importants...) J’avais sélectionné des passages de la vidéo qui était mise sur pause pour permettre aux élèves de travailler sur la prise de notes. Ensuite, nous avons réalisé un travail de rédaction collective et les élèves ont partagé leurs notes. Ils ont travaillé sur la chronologie avec un effort de reconstitution. L’ensemble de ce projet a donc été l’occasion d’un réel travail en collectif.

Interdisciplinarité avec le français donc. Et avec l’histoire ?
Oui ! cela a permis de mettre en perspective la période de l’industrialisation et du XIXème siècle, qui est au programme des CM2. Idéalement j’aurais visionné des vidéos avec eux sur ce thème (Educ’ARTE en propose d’ailleurs beaucoup et celles de « Lucie raconte l’Histoire » sont particulièrement bien adaptées au jeune public). Mais j’étudie l’histoire en demi-groupes (puisque j’ai un double niveau) et j’ai manqué de temps pour approfondir ce thème avec une vidéo.

Propos recueillis par Laurence Cohen


A lire également sur notre site :
Collaborer ou résister Une proposition de séquence en français utilisant les ressources d’Educ’ARTE, par Sophie Cheminade


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