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Les portraits du jeudi, par Monique Royer

Décloisonnez, décloisonnez et la liberté pédagogique s’étendra

10 octobre 2013

Franck Thénard-Duvivier, enseignant d’histoire en Hypokhâgne et Khâgne au lycée Claude Fauriel de Saint-Étienne, a saisi la balle au bond d’un projet de la Région Rhône-Alpes et a décliné le thème de la citoyenneté. De novembre à mai, de la classe préparatoire au lycée professionnel, de la Savoie, à la Loire, treize établissements livreront une interprétation locale et partagée de la thématique.


En répondant à l’appel à projets Eurêka, Franck Thénard-Duvivier n’imaginait sans doute pas l’ampleur de son initiative. Douze établissements ont rejoint le sien pour organiser des tables rondes publiques autour de thèmes touchant à la citoyenneté. Chaque lycée, qu’il soit d’enseignement général, professionnel ou agricole, s’est emparé d’un thème parmi une liste proposée. « Information et désinformation : les médias, un outil de la vérité au service de la démocratie ? », « Histoire et mémoire(s) : témoins, lieux et débats », « Énergie et agriculture : science et enjeux de société » ou encore « Citoyenneté, justice et égalité dans le monde contemporain : un difficile équilibre ? » ; les sujets explorent la palette des enjeux de citoyenneté. A chaque table ronde, sont invités un élu, un chercheur et un acteur du monde professionnel. Mille quatre cents élèves sont impliqués dans le dispositif où les huit départements de la région, appartenant aux académies de Lyon et de Grenoble, sont représentés.

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Les représentants des lycées partenaires des "Débats citoyens en Rhône-Alpes" lors de la journée de rencontre et de formation du 24 septembre 2013 à la Villa Gillet.

L’idée du projet est née à l’issue d’un atelier prospectif organisé par la région Rhône-Alpes, où la difficulté du dialogue entre académies et région était déplorée. Franck Thénard-Duvivier entend le constat comme un défi et lance le pari de prouver qu’il est erroné. L’appel à initiative Eurêka lui semble une belle opportunité de trouver un cadre et un financement. Réfléchir sur les enjeux de la citoyenneté en invitant des témoins qualifiés, offrir un mode d’expression aux dynamiques d’établissements, favoriser les échanges entre les établissements : les objectifs sont multiples.

Acteurs

Un appel est lancé dans les deux académies pour trouver des enseignants et des lycées volontaires. La Villa Gillet, lieu de recherche et de dialogue lyonnais autour de la pensée et des arts contemporains, est associée, facilitant ainsi les contacts avec des intervenants. D’ordinaire, ce sont les étudiants qui écoutent des conférences lors du festival « Mode d’emploi » ou des « Assises internationales du roman ». Là, ce sont les lycées qui accueillent les débats et le public.

Chaque lycée définit sa thématique et les actions qui seront menées au-delà de la seule table ronde. Pour Franck Thénard-Duvivier « la démarche de projet lorsqu’elle n’est pas imposée, ni artificielle, est positive ». Lors de la journée d’échanges organisée à la Villa Gillet pour les enseignants participants, il constate l’émergence de véritables projets d’établissements. Au Teil, la table ronde consacrée au développement durable donnera lieu à une journée thématique, avec le midi un repas bio à base de produits locaux. Au lycée horticole de Montravel, on accueillera les lycéens de Givors qui viendront établir le diagnostic énergétique de l’exploitation agricole. A Roussillon, la table ronde sur l’égalité femmes-hommes sera complétée par un festival. Trois lycées se sont associés pour réaliser une exposition sur « Histoires et mémoires », avec le soutien de la Ville de Saint-Étienne. Trois cents élèves se déplaceront dans d’autres établissements pour assister aux différents évènements. Les tables rondes jouent le rôle de catalyseurs pour les dynamiques locales. « La mayonnaise a pris » souligne Franck Thénard-Duvivier.

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Il attribue cette adhésion à la liberté, à l’absence de pression sur un projet dont l’ambition séduit à la fois la région et les académies. La journée inter-académique d’échanges a révélé de multiples idées pour associer les élèves, les impliquer, faire que l’évènement soit avant tout le leur. Certains y puiseront une expérience pour leur avenir professionnel avec des activités de publication, de communication. Grâce au soutien de la MGEN, un livre sera réalisé à la fin du projet à partir de leurs travaux et témoignages. Ils côtoieront aussi des témoins qualifiés sur le thème, avec des regards différents pour ouvrir les échanges. Florence Aubenas sera présente au lycée polyvalent et professionnel Claude Lebois de Saint-Chamond pour la table ronde « Information et désinformation : les médias, un outil de la vérité au service de la démocratie ? ». La lourdeur de l’organisation se laisse oublier devant les enthousiasmes multiples, les interprétations locales et les prolongements d’une idée ambitieuse.

La pédagogie en prépa

Franck Thénard-Duvivier semble se régaler à voir cette idée prendre vie sous des formes qu’il n’avait pas imaginées, se plait dans cette espace de liberté pédagogique exempte de pression. Le décloisonnement entre les disciplines, les établissements, les académies est en œuvre. A la fois enseignant en CPGE et chercheur associé à un laboratoire de Rouen, son expérience l’aide à favoriser le dialogue entre enseignants et chercheurs. Après avoir enseigné de la 6e à l’Université, il précise « je n’ai jamais autant réfléchi à la pédagogie que depuis que je suis en prépa ». Avec « Synergies prép@s », ses élèves de première année s’initient à la recherche en histoire, en produisant des mini-mémoires sur un thème de leur choix, soutenus devant un jury extérieur. L’idée de pousser les étudiants à s’inscrire dans une dynamique de recherche, à aller plus loin pour que l’apprentissage scolaire prenne sens dans leur esprit, nourrit aussi le projet Eurêka. Avec sa classe, Franck Thénard-Duvivier a choisi de travailler sur le thème « Histoires et mémoires ». Chaque étudiant rédigera un compte-rendu de lecture sur un ouvrage lié au thème. Les comptes-rendus seront ensuite mutualisés pour alimenter les recherches des autres. Et l’an prochain, l’exploration du thème devrait se poursuivre par un voyage d’étude en Pologne sur la mémoire de la Shoah. Au lycée Claude Fauriel, le projet est devenu aussi celui de l’établissement avec des classes de terminale investies dans l’organisation de la table ronde et de l’exposition.

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Lors d’une table ronde sur le thème de la santé

Plus qu’un mois avant que les tables rondes, l’une après l’autre, ne se déroulent. Franck Thénard-Duvivier viendra les écouter, heureux que le débat, mû par l’énergie collective, se fasse citoyen. Et puis, en fin de projet, sans doute scrutera-t-il les données de l’évaluation menée par une étudiante, histoire de voir comment l’année suivante d’autres idées pourront naître de cette initiative. Car, lorsqu’on l’interroge sur ce qui le pousse à mener de telles initiatives, la réponse est nette « une question de tempérament ». Avec un tel tempérament, nul doute qu’à l’avenir nous aurons l’occasion de voir d’autres de ses idées se réaliser, se partager, essaimer.

Monique Royer

Voir en ligne : Le site du projet