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Rencontres d’été du CRAP 2018

Animateur aux Rencontres, ça consiste en quoi ?

Laurence Cohen

20 août 2018

Les Rencontres d’été du CRAP, ce sont des moments de détente, mais aussi et surtout des ateliers thématiques, des ateliers activités et aussi un groupe d’enfants. Mais qui en sont les animateurs ? Portraits sur le vif.


Entretien avec Pierre Cieutat, co-animateur de l’atelier « Former et se former aux pratiques coopératives ». Ancien professeur des écoles, il est aujourd’hui doctorant en sciences de l’éducation et formateur indépendant, et correspondant du CRAP-Cahiers pédagogiques dans l’académie de Montpellier.

Quelle est la spécificité d’être animateur aux Rencontres, notamment par rapport à la formation institutionnelle ?

D’abord on n’est pas formateur, mais animateur. On s’arrange pour être garant d’un processus de formation : de sa conception à sa mise en place, on crée les conditions pour que cela se passe. On n’a pas à se poser la question d’être collègue ou pas collègue, parce qu’on est collègue. L’autre spécificité c’est qu’on est aussi participant ; la question de la différence de statut se pose d’une manière différente. D’ailleurs, pour être animateur, il faut déjà avoir été participant ! On partage donc une culture commune : être animateur c’est être partie prenante de cette culture.

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Deuxième spécificité, on est à deux. Cette année je co-anime un atelier avec Sylvain Connac. Le plus souvent, dans cette paire d’animateur, un a déjà animé : il y a une forme de tutorat d’expérience. Un peu comme un grand frère et un petit frère ! Une formation sur six jours cela représente quand même un gros volume horaire (17h), en massé. Il y a un processus à réguler en amont et au jour le jour. Mais comme on est dans le même lieu de vie, en internat, cela est plus facile.

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Autre spécificité : la qualité et le statut des participants, tous volontaires. C’est plus facile car on est dans l’ouverture à l’autre, dans une confiance à priori de ce que les autres vont proposer, on n’est pas dans un esprit critique ou dans la défiance.

Enfin, dernière spécificité : je viens avec mes enfants. C’est l’occasion de discuter, d’échanger avec eux de mon métier.

Y a t-il des différences dans les dispositifs que vous mettez en place ?

On tente et on risque plus de choses, car le public va à priori mieux accueillir et mieux vivre les propositions nouvelles et originales. Cela ne marchera peut être pas, mais cela ne provoquera pas d’hostilité « de principe ». Ici on a le loisir d’être plus isomorphique : après six heures de formation, je n’ai pas encore passé de powerpoint ! On peut également jouer sur le timing, qui est moins contraignant et donc on peut s’appuyer sur des possibilités de débordement et décalage.


Entretien avec Nathalie Ben Ali et Anne Bosc, co-animatrices de l’atelier « activité » randonnée.
Nathalie est professeure des écoles l’Essonne et Anne est professeure de sciences physiques au lycée à Nantes.

Comment vous êtes-vous organisées pour préparer cet atelier ? Voyez-vous des différences entre l’animation d’un atelier activités et d’un atelier thème ?

NB : C’était la première fois pour toutes les deux. Au départ, j’étais un peu réticente, mais le fait d’être avec Anne, qui est aussi formatrice, m’a rassurée. Je n’étais pas sûre d’avoir les compétences pédagogiques pour animer un groupe d’adultes, je n’avais jamais fait cela. Mais en revanche, j’ai compris que le fait d’avoir une maison de vacances ici et de bien connaitre la région me rendait complémentaire d’Anne.
AB : Le désir de co-animer cet atelier est venu du fait que l’année dernière on était toutes les deux participantes de l’atelier randonnée et on s’est découvert des affinités. On a vu qu’on se complétait bien. En revanche, on a su que les Rencontres avaient lieu dans l’Aveyron lors de la Biennale en novembre : on s’est alors décidées très vite ! Nathalie est venue une fois à Nantes pour que l’on discute du topo de présentation de l’atelier et de ce qu’on allait proposer. On avait ce chapeau coopération, quelque chose au niveau de la pédagogie, en nous. On n’en a pas parlé avec les participants, mais on voulait que ce qui transpire de notre atelier c’est qu’il y a de la place pour tous, que l’ambiance soit à la détente et à la découverte et que cela apporte quelque chose à tout le monde et… j’ai l’impression que la mayonnaise prend bien !

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NB : Moi j’ai un côté pratique qui est ressorti dans la préparation matérielle de l’atelier : comme en classe, avec les petits il faut que tout soit balisé : c’est pour cela qu’on a bien organisé le cadrage et la présentation de l’atelier. On a balisé le programme et on a expliqué pourquoi on avait choisi ces balades. Anne est plutôt elle du côté de la gestion de l’ambiance et du groupe d’adultes.
AB : En plus, toutes les deux on est sportives. Alors on est venues à Pâques ensemble pour tester des rando. On a surtout réfléchi à la gestion du temps. On sait que dans les Rencontres le temps est limité, avec les transports en plus, et aussi la gestion de la fatigue : on a fait le choix de ne pas faire de rando qui débordent sur le midi, avec des pique-nique. Il a fallu inclure toutes ces contraintes, en essayant aussi de montrer une diversité de paysages.

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Qu’est-ce que cela change d’être à la fois animateur et participant ?

AB : On a un autre regard ; en tant que participante je goûte de façon vraiment détendue l’atelier auquel je participe, mais en tant qu’animatrice, c’était drôle car j’ai eu un petit stress le premier jour !
NB : Moi c’est l’inverse, j’ai pris confiance en étant active dans l’organisation, cela m’a rassurée et me donne envie de continuer à m’investir... cela pourrait même de donner l’idée de me lancer dans la formation, en tout cas cela fait partie du chemin que je fais en ce moment professionnellement. Mais je veux garder mes élèves quoiqu’il arrive, alors de la formation au sein de l’associatif, pourquoi pas !
AB : Ce qui est chouette c’est qu’au sein du groupe, on a vraiment affaire des adultes coopérants, j’ai l’impression que tout est positif.
NB : Oui, les échanges se font facilement, il n’y a pas de critique. C’est très facile.


Entretien avec Cyril Lascassies et Audrey Chapelain, co-animateurs de l’atelier « Différencier et évaluer pour une meilleure gestion de l’hétérogénéité ».
Cyril est professeur de mathématiques et formateur académique ; Audrey est professeure de lettres classiques et formatrice académique.

Comment vous êtes-vous préparés ? Est-ce qu’animer un atelier c’est la même chose que former des professeurs en formation continue ?

AC : On en discutait justement avec Cyril lors de nos différents debriefings d’ajustement. Le statut est différent de formateur, car on n’est pas tant là pour des apports théoriques que pour animer des échanges entre collègues. Ce qui peut parfois être délicat à gérer, car certains sont en attente d’apports théoriques et d’autres sont vraiment dans l’esprit du CRAP. On doit toujours adapter les modalités de ce qu’on avait prévu car il faut à la fois satisfaire tout le monde et rester dans l’esprit des Rencontres, qui est bien différent de la formation académique ou institutionnelle.

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CL : On a préparé l’atelier en juin-juillet, à distance car on n’habite pas la même région, notamment grâce à des outils comme framapad. On a aussi recensé toutes nos ressources. Mais ce qui est facile, c’est qu’on a culture commune. Ainsi pendant l’atelier, on a les « poches pleines ». Comme on a aussi prévu en amont des possibilités d’adaptation et d’aménagement en fonction des réactions des collègues, pendant les ateliers, on fait donc surtout un travail de régulation.

Les techniques d’animation du groupe sont-elles différentes ?

AC : L’année dernière, en tant que simple participante, il y a des choses que j’avais vécues au CRAP que j’ai réimpulsé dans mes modules de formation académique cette année. Mais en tant qu’animatrice de l’atelier, je constate que les collègues arrivent motivés et dans un autre état d’esprit que celui de la formation institutionnelle. La grande différence avec les modules académiques, c’est l’idée d’échange : on apporte plus de l’expérience que de la théorie. Les échanges sont réciproques.

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CL : J’anime des formations selon les mêmes modalités, mais ici les échanges sont plus libres. En formation continue, je structure plus les échanges pour plus d’efficacité, notamment en terme de temps.
AC : Le cadre, le statut, les modalités sont différentes car on a des temps de formation entrecoupés de temps très conviviaux. C’est complètement autre chose.
CL : C’est une semaine très riche, et fatigante, donc on adapte nos propositions au jour le jour.

Est-ce que vous sentez des attentes spécifiques des participants ?

AC : Les échanges sont vraiment plus libres. Il y a moins de pudeur à parler de son expérience. Les gens disent « je » facilement, ils sont contents de partager ce qu’ils font. Tout le monde dit ce qu’il fait, puis on partage les bonnes idées. La critique est à la fois facile, entendue et constructive. Il n’y a pas de jugement.
CL : Les gens ont l’habitude de se remettre en cause. Le plus souvent, ils sont déjà lecteurs de la revue, ce qui signifie qu’ils sont en questionnement. Ils ne viennent pas pour trouver des recettes, mais au contraire acceptent de discuter de ce qui ne fonctionne pas. Souvent, en formation, les collègues ont des connaissances, mais disciplinaires. Les crapistes ont souvent également des connaissances pédagogiques ou dans les sciences humaines.

Et ça change quoi d’être à la fois animateur et participant ?

AC : Cela fait tomber toutes les barrières. On peut être en train de discuter très sérieusement et cinq minutes après être au bar en train de plaisanter. C’est cet esprit à la fois vacances et travail : en fait tu ne te prends pas la tête aux Cahiers  !
CL : Avoir mon fils avec moi me ramène à la réalité : il faut débrancher ! Si je n’avais pas mon fils que crois que je ferais ça en boucle !


Entretien avec Bernard Corvaisier et Roseline Prieur, co-animateurs de l’atelier « Enseigner des compétences avec les tâches complexes ».
Bernard est enseignant en histoire-géographie au collège en Saône-et-Loire et formateur ; Roseline est professeure de SVT en collège à Paris

Est-ce la première fois que vous animez un atelier des Rencontres ?

BC : Non ce n’est pas la première mais la troisième : la première fois, c’était en 2015, déjà sur les tâches complexes, et en 2016 sur le débat.
RP : J’ai déjà animé des ateliers activités, notamment découverte de la région à Arcachon et un atelier rando-philo avec Michel Tozzi, mais le travail préliminaire de préparation est différent d’un atelier thème.

Quelle est la spécificité d’un atelier des Rencontres ?

BC : Pour moi ce qui est important en tant qu’animateur, c’est d’avoir vécu auparavant en tant que participant des ateliers CRAP, avec des intervenants divers. Cela m’a permis de comprendre ce qui fait l’essence de ces ateliers. En effet, il y a de vraies spécificités dans le binôme constitué par les animateurs. Dans les formations proposées par l’Éducation nationale, on organise souvent seul, il n’y a pas d’échanges, il n’y a pas ce travail de préparation à deux.
L’autre spécificité ce sont les dix-sept heures de formation, de rencontres, ce qu’on ne retrouve nulle part ailleurs : ce temps long est absolument exceptionnel, et je crois que c’est un luxe apprécié de tous.
RP : Je n’ai jamais animé de formation académique, mais ce n’est pas un souci car les participants ne viennent pas pour avoir des apports théoriques qu’ils pourraient trouver par eux-mêmes dans des livres, ils viennent parce qu’on a un regard pluriel, polyvalent sur un thème. On ne présente pas une chose de façon unique, selon un seul point de vue, on l’articule avec d’autres : ici par exemple avec les notions de compétences, de problématisation ou d’évaluation. Notre « plus » c’est de maitriser cette articulation. C’est cela qui fait la valeur de nos ateliers. Les gens viennent trouver des animateurs qui ont lu de la théorie, bien sûr, mais surtout réfléchi à des thèmes connexes et qui sont capables de manipuler différentes visions d’un même concept, afin de se « gratter avec » comme dirait André Tricot ! Là on réfléchit avec les autres et cette réflexion commune, cette co-construction est le nœud de la formation proposée par le CRAP et ce qui en fait la particularité.

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Comment vous êtes vous organisés pour préparer cet atelier ?
BC : La préparation en amont est importante : on s’est basé sur le n°541 des Cahiers sur les tâches complexes. C’est l’architecture du numéro qui a d’ailleurs donné l’architecture de l’atelier. On associe des apports théoriques et un article des Cahiers : c’est ça l’esprit des Cahiers et du CRAP, combiner à la fois de la réflexion sur les savoirs et des exemples précis en classe. On a pensé cet atelier dans l’idée que les participants produisent des documents utilisables, pas forcément directement, mais par rapport à leurs envies et à leur niveau de réflexion sur la tâche complexe. On échange non pas tellement sur les solutions proposées mais sur les procédures. C’est d’ailleurs ce qu’apprécient les participants : ici on ne va pas chercher la fiche toute faite, on peut la proposer mais elle est toujours associée à une mise en contexte. C’est la contextualisation qui intéresse les crapistes.
Quand je viens en tant qu’animateur, je viens rencontrer des gens et dans « rencontres », il y a cette idée d’échanges : ce qui change ici c’est que je suis animateur d’un sujet dont je ne suis pas formateur dans l’Éducation nationale. C’est une liberté, une chance aussi.

Comment coanimez-vous concrètement au quotidien ?
RP : On s’est vu quelques jours avant les Rencontres pour s’accorder, mais aussi tous les jours pendant pour préparer et réguler l’atelier. Pendant l’atelier proprement dit, on s’accorde assez naturellement sur le travail à faire. On travaille beaucoup par échange verbal et dans ces échanges verbaux chacun apporte sa pierre à l’édifice.

Animateur et participant, c’est comment ?
BC : C’est un rythme effréné : on vit les Rencontres différemment ; c’est une semaine exigeante en terme d’investissement personnel, mais c’est extrêmement enrichissant. C’est aussi l’occasion de découvrir son co-animateur, car c’est quand on travaille avec les gens qu’on apprend à les connaitre vraiment.

Animateur du groupe enfants, cékoidon ?

Entretien avec Clément, Alizée, Léo et Soliman

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Qu’est-ce que c’est que d’être animateur du groupe enfant aux Rencontres ?
C : C’est ma première expérience, mais on m’a expliqué que c’était différent d’une colo normale, notamment au niveau des horaires, qui sont plus souples : 9h-12h, 14h-19h.
S : Au CRAP, c’est plus facile qu’une colo normale, notamment parce qu’on n’a pas à organiser les repas et qu’on n’a pas à gérer le coucher, on a donc un peu plus d’espace pour soi. Les gens aussi sont différents, les parents et les enfants. Mais en colo, les parents ne sont pas présents et là comme ils sont sur le site cela change un peu.
A : Je trouve que les enfants sont vraiment responsables. Les grands sont capables de s’autogérer et les petits sont plutôt mûrs, on n’a pas à avoir peur de grosses bêtises ou de débordements ! Mais c’est fatigant d’être animateur au CRAP !
S : Ce qui est stressant c’est qu’on ne connait pas les lieux avant d’arriver. Donc on doit s’organiser à la dernière minute en fonction des locaux et du cadre. Il faut être capable de s’adapter.
C : En plus, pour moi, Alizée et Léo c’est notre première fois au CRAP !
L : Ce n’est pas du tout le même rythme qu’en colo. C’est un peu déstabilisant, mais les enfants sont très matures et ça c’est très agréable !

Et la présence des parents ?
S : En colonie le stress c’est quand on rend les enfants à la fin du séjour ; ici au CRAP, on rencontre les parents tous les soirs et on fait le bilan.
A : Comme cela, s’il y a un souci, on peut le traiter de suite.
L : Notre rôle en tant qu’animateur c’est que le groupe soit soudé pendant les temps communs.
C : On a d’ailleurs comme consigne que les enfants jouent et fassent des choses ensemble, que le groupe ne soit pas éclaté.

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Comment vous régulez les différents temps ? Les différents âges des enfants ?
S : Les grands ne rechignent pas à jouer avec les plus petits. Au CRAP, on sait qu’on n’a pas à avoir peur de l’exclusion. Le souci c’est plutôt avec les moyens, vers 8-10ans, qui ont du mal à aller vers les petits.
C : On fait des groupes mixtes, les enfants ne se répartissent pas par âge, mais par activité.
A : On oblige jamais à faire quoi que ce soit, ils ont toujours le choix entre plusieurs activités. Au final, ce sont les enfants qui décident de ce qu’ils veulent faire.
C : En plus, on fait une réunion d’animateurs, de régulation, tous les soirs pour prévoir la journée du lendemain, les différentes activités et la répartition des enfants dans les groupes.
A : On a aussi fait une réunion avec les enfants...
L : ... pour voir ce qui leur plait ou non.
S : Aujourd’hui, par exemple, on avait prévu trop de choses ! Mais au final c’est ce qui nous plait et ce qui plait aux enfants : ils aiment être actifs !

Laurence Cohen


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