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Parution du numéro 545 des Cahiers pédagogiques, « Accompagner en pratiques »

« Accompagner, c’est se situer au cœur du processus d’apprentissage de chacun des élèves. »

Entretien avec les coordonnateurs du dossier, Xavier Dejemeppe et Rachel Harent

15 mai 2018

Qu’est-ce qu’accompagner au sein et hors de la classe ? Beaucoup de définitions ou de conceptions affleurent dans notre dossier, le terme d’accompagnement désignant aussi bien des pratiques en classe ou en formation que des dispositifs institutionnels. Avec comme point commun l’importance de l’écoute de la part de l’accompagnant. Et cela vaut aussi pour l’accompagnement des jeunes adultes en formation initiale ou continue. Un dossier pour faire le point sur cette question qui concerne tous les enseignants et formateurs.


Quelle était votre définition de l’accompagnement avant la coordination de ce dossier et qu’est-elle devenue avec ce travail ?

Au départ, on savait que ce mot et ses dérivés (accompagnateurs, accompagnants…) s’utilisaient à propos d’activités aussi nombreuses que variées : le chant et la musique, la cuisine, les soins médicaux, les transports, etc. Avec comme point commun cette idée de mise en relation, d’être avec. Mais on en connaissait moins les spécificités liées à notre métier d’enseignant. Quand la rédaction des Cahiers pédagogiques a manifesté le désir de revisiter ce concept, cette thématique nous a vite emballés.

Suite à la lecture des nombreuses propositions reçues, l’accompagnement nous apparait aujourd’hui comme une sorte de nébuleuse rassemblant de nombreuses pratiques sous sa bannière : le parrainage, le tutorat, le compagnonnage, le coaching, etc. Le titre du dossier, « Accompagner en pratiques », rend bien compte de cette diversité de pratiques dont le dénominateur commun est d’être toutes au service des apprenants, qu’ils soient enfants, adolescents ou adultes, pour permettre à tous d’accéder aux savoirs. Il rend également compte d’un certain paradoxe professionnel, quand des enseignants ou formateurs disent se sentir écartelés entre l’accompagnement au rythme de l’élève ou du stagiaire et le but à atteindre (le programme, le diplôme, la certification), entre l’accompagnement de chacun et le groupe à gérer et à faire avancer. L’article de Maëla Paul – en plus de faire un lien avec le hors-série n° 22 des Cahiers pédagogiques sur la même thématique – permettra aux lecteurs de faire le point sur ce concept d’accompagnement tel qu’il est vu par la recherche.

Peut-on dire que tous les enseignants sont des accompagnateurs en puissance ?

Ou devraient l’être, oui. Parce qu’accompagner, c’est se situer au cœur du processus d’apprentissage de chacun des élèves. Pour y arriver, il faut des enseignants et des formateurs capables de répondre aux besoins des élèves, des stagiaires, des formés novices ou plus expérimentés, avec suffisamment de disponibilité, de compétences et d’empathie. Pratiquement, cet accompagnement peut se faire hors de la classe voire hors du temps scolaire, soit pendant la classe par l’adaptation des consignes aux besoins des élèves ou par la personnalisation des apprentissages. L’article de Sylvain Connac nous en précise les enjeux et modalités pratiques.

Quant à celui de Jean-Pierre Fournier, tout en prudence et réalisme, il nous rappelle que l’accompagnement en tant que démarche personnelle de l’enseignant reste aléatoire parce soumis à la bonne volonté de l’élève et aux capacités du professeur. Quant à l’accompagnement institutionnalisé, il peut vite ressembler à de la charité éducative officielle d’un autre âge.
Pas simple à mettre en œuvre, comme toute démarche éducative d’ailleurs !

Les enseignants sont-ils prêts et surtout formés pour endosser ce rôle ?

C’est évidemment une des questions centrales du dossier. Changer la posture des professionnels pour aller vers l’accompagnement revient effectivement à questionner le métier : accompagner c’est enseigner autrement. L’article de Jean-Pierre Bourreau et Michèle Sanchez précise les renversements nécessaires pour y arriver : de parler à écouter, du face-à-face au côte à côte, d’enseigner aux élèves à apprendre des élèves, etc. Si on veut des enseignants capables d’être au cœur du processus d’apprentissage, il faudrait donc une formation initiale renforcée sur ces aspects. Or les enseignants n’ont pas toujours entendu parler d’accompagnement en formation (initiale ou continue) ce qui – dans le cas des élèves à besoins particuliers – est fort dommageable. Nous ne sommes donc pas certains que c’est vers cela que l’on va… Cependant, plusieurs textes de la troisième partie du dossier (« Et les adultes ») évoquent ces aspects en faisant des propositions intéressantes pour la formation initiale.

À travers toutes ces contributions, avez-vous pu observer des effets positifs de l’accompagnement ?

Au quotidien, il est difficile de mesurer les effets réels de l’accompagnement sur la réussite des élèves. La notion de bienêtre est toutefois présente en filigrane : le bienêtre de l’enseignant dans sa relation à l’élève ou à l’étudiant qu’il a en face de lui, du formateur vis-à-vis du stagiaire, mais également du jeune qui se sent écouté et entendu. Or, on ne peut bien enseigner ni bien apprendre sans bienêtre. En outre, beaucoup d’articles repris dans la deuxième partie du dossier (« Les accompagner tous ») font état de pratiques innovantes et stimulantes, en France mais aussi à l’étranger, à l’école et en entreprise. Cette diversité de pratiques constitue un point fort de ce dossier.

Un des effets de l’accompagnement c’est de (re)mettre de l’humain dans la relation enseignant-élève, formateur-stagiaire. Focalisé sur les savoirs à transmettre, on en oublie (parfois) que l’enseignement est un métier de l’humain et qu’il est fait de relations, d’interactions, et que si on peut apprendre seul, c’est plus facile de le faire avec autrui. L’accompagnement relève d’une forme de bienveillance où l’enseignant s’engage auprès de l’élève.

Est-ce que quelque chose vous a particulièrement surpris lors du travail sur ce dossier ?

Plusieurs éléments nous ont frappés. Au fur et à mesure que nous recevions des propositions de texte, cette notion d’accompagnement ressemblait à une sorte d’auberge espagnole tant la variété des pratiques et des angles d’approche pouvaient être différentes. Il a fallu faire un tri. Quant au contenu des textes, les premières versions évoquaient de manière relativement abstraite et distante des dispositifs et des organisations et non des élèves ou personnes. Nous avons souvent demandé aux auteurs d’injecter du concret et plus de vie dans leur texte. Il y a peut-être une réticence à décrire sa pratique au quotidien.

Nous avons dès lors essayé d’accompagner les auteurs pour qu’ils contextualisent leurs propos en fonction des lecteurs de la revue. Ce fut un travail de longue haleine qui demande un réel investissement en temps. Ce qui est d’ailleurs vrai pour tous les dossiers des Cahiers.

Mais cette temporalité est une des clés pour un accompagnement réussi. Cette coordination du dossier fut donc une sorte de mise en abyme, une application grandeur nature de la thématique.

Le mot de la fin ?

Comme nous le disons en ouverture du dossier, la posture éducative de l’accompagnement est essentielle dans notre métier. S’appuyer en priorité sur les atouts de nos élèves relève de la posture d’accompagnement, davantage que de s’inscrire dans une logique d’observation des manques. Pour faire cela en pratiques, il faut du temps. Du temps pour consolider la relation et construire un parcours d’apprentissage. Un peu comme une plante qui a besoin d’une bonne terre mais aussi de temps pour grandir à son rythme. Et ça tombe bien, à la mi-mai, c’est le bon moment pour semer…

Propos recueillis par Cécile Blanchard


Vidéo de présentation du dossier par Rachel Harent :

 

« Draw my Cahier pédagogique » , vidéo réalisée par des étudiantes de la formation à l’Agrégation de l’enseignement secondaire supérieur de l’Université catholique de Louvain-la-Neuve (Belgique) :