Les élèves[[Les élèves de la classe 1CAPA (1re année de CAP Peintres applicateurs) du lycée Pierre-Joël Bonté : Abdelkader, Abdurrahim, Alexandra, Alexis, Amed, Hugo, Ibrahim, Karamoko, Lilia, Muhammed, Océane, Pierre-Benoît et Tayyip.]] en première année de CAP (certificat d’aptitude professionnelle) « Peintre applicateur et Revêtement » (PAR) sont à l’origine d’une exposition de qualité qui s’est tenue du 17 Mai au 21 Juin 2017, au lycée Pierre-Joël Bonté de Riom (63). L’aboutissement d’un travail réalisé avec plusieurs de leurs enseignants et une plasticienne professionnelle.

Dans un premier temps, la classe a suivi les ateliers animés par Marion Arnoux, plasticienne, scénographe et designer, et Lila Sénore, enseignante en arts appliqués. Après deux journées intensives, les élèves, accompagnés de leur professeur d’atelier, Fabrice Teillot, ont su réinvestir les textes poétiques qu’ils avaient écrits avec leur professeure de français, Édith Berthuit.

D’une grande créativité, les textes produits, inspirés d’auteurs comme Alain Bosquet, Luc Bérimont ou encore Robert Gélis, nous plongent dans l’univers professionnel des élèves avec fraîcheur et singularité.

Le droit de créer avec le langage

Un premier exercice « difficile », selon les élèves. « C’est la première fois qu’on nous demande d’inventer avec des mots sans suivre les règles traditionnelles d’écriture. On n’a pas l’habitude. Au début, on était un peu perdu, mais avec les encouragements de nos professeurs, on s’est rendu compte qu’on avait le droit de créer avec le langage ! » Le résultat est surprenant et intéressant ! La professeure de français a même profité de la diversité des origines des élèves pour leur faire rédiger une définition de leur métier en plusieurs langues. Un bel exemple de brassage et de richesse culturels ! Toutes les langues pratiquées par les élèves sont réunies dans le texte ci-après :

« CAP Boyaci-applicator de revêtements. Le titulaire de ce diploma est un isci professionnel du bô. El trabaja dans une society de costruzione ou de riabilitazione.This professionnal duvara kagat koymak, protects and décorates dougou, ceilings, et danan. »

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Typographies et calligraphies réalisées avec les équipements et les outils professionnels des PAR.

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Kakémonos et toile peinte collective réalisées avec les outils de PAR.

Créer du lien entre métier et art

S’en sont suivis deux jours de production graphique durant lesquels les élèves ont rendu visibles leurs écrits, et s’en sont inspirés pour créer des alphabets aux typographies bien spécifiques. Les termes techniques étaient prétextes à tracer de grandes lettres avec leurs outils – pinceau à réchampir, maroufleur, couteau, adhésif de masquage, etc.

En tenue de travail (combinaisons, gants, masques, lunettes de protection), et en associant leurs outils, les élèves ont élaboré des typographies proches de celles conçues par des graphistes professionnels. « En observant l’ensemble des alphabets composés, j’ai immédiatement constaté des ressemblances avec le travail de Jindřich Heisler, qui travaillait avec les surréalistes, ou bien encore avec des typographes plus contemporains comme Antoine et Manuel », a remarqué la plasticienne Marion Arnoux.

Les lycéens ont ainsi donné naissance à d’immenses tableaux calligraphiés relevant presque de l’art abstrait. « Ce qui m’a plu dans ce travail, c’est de créer du lien entre notre métier et une approche plus artistique, explique un élève. On a pu utiliser autrement les techniques apprises en atelier, et pour faire autre chose qu’habituellement. »

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Détails des réalisations calligraphiées (toile collective, kakémono, alphabet).

Exposer avec des artistes reconnus

La dernière étape de l’atelier consistait à mettre en scène l’ensemble des productions dans une salle du lycée dédiée à l’exposition d’œuvres à caractère artistique : l’EROA (espace de rencontre avec l’œuvre d’art). Lorsque ce ne sont pas des travaux d’élèves qui sont exposés, le Fond régional d’art contemporain de Clermont-Ferrand prête à l’établissement des œuvres d’artistes. Une chance est ainsi offerte aux élèves des écoles riomoises de pouvoir faire dialoguer leur production avec celle d’artistes reconnus sur le marché de l’art, et de se familiariser avec le monde de l’art et de la culture contemporaine.

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Deux alphabets typographiques en lettres-images, réalisées à l’aide d’outils et des combinaisons de chantier.

C’est avec sobriété que les élèves ont décidé d’investir ce lieu de leurs productions graphiques et écrites, nous rappelant le cube blanc[[Espace d’exposition sans fenêtre, aux murs blancs.]] des musées. Les formats exposés n’en sont que davantage mis en valeur, ramenés à l’essentiel. Par une scénographie simple et aérée, les textes et les lettres dialoguent entre eux, mais aussi avec le public. Celui-ci, d’abord intrigué, s’est montré curieux de comprendre la démarche et l’expérience proposées aux élèves durant ce projet interdisciplinaire que nous espérons abouti et prometteur.

Lila Sénore
Professeure en arts appliqués