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Revue de presse du dimanche 14 novembre 2021

 

Semaine particulièrement agitée sur le front de l’actualité éducative, entre la crise du recrutement dans l’enseignement et l’incroyable dérapage du Figaro Magazine et ce qu’il dit de la radicalisation d’une certaine France, y compris dans le champ scolaire.

Crise des recrutements ?

Dans Le Figaro, Caroline Beyer nous explique pourquoi l’Education nationale peine à recruter. « En vingt ans, nous dit-elle, le nombre d’inscrits aux concours de professeurs a diminué de moitié. Conséquence: une baisse du niveau des admis et le recours massif aux contractuels. » (article réservé aux abonnés).

« Alors qu’une réforme de la formation et des concours de l’enseignement a été engagée sous le quinquennat Macron, Radouan Raoui, agrégé de mathématiques, interroge, dans une tribune au « Monde », les causes de la crise du recrutement qui a marqué la dernière décennie, et les voies pour en sortir« . Dans cette tribune intitulée Recrutement des enseignants : En France, la sélection au concours est avant tout un processus disciplinaire, l’enseignant souligne un paradoxe apparent et s’interroge sur les moyens d’y remédier :  » Depuis plus d’une décennie maintenant, les concours enseignants peinent à attirer de nouveaux candidats. Pourtant, 85 % de la profession déclare être satisfaite de son activité au quotidien et les démissions d’enseignants en France sont inférieures à la moyenne de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Quels sont les mécanismes qui conduisent à ce manque d’attractivité ? Quelles en sont les conséquences ? Existe-t-il d’autres schémas pour recruter les futurs enseignants ? » (réservé aux abonnés)

Pour sa part, le blogueur et professeur des écoles Lucien Marboeuf prend un peu le contrepied du discours ambiant sur le sujet. La « crise des vocations », c’est bien pratique (mais hors sujet), écrit-il. « Ces dernières semaines, plusieurs journaux se sont penchés sur la « crise des vocations » dans l’Éducation nationale. Une expression consacrée essentiellement utilisée, si on y réfléchit, pour les enseignants et les infirmières, et qui dénote surtout une crise d’évocation d’une presse qui ne sait plus aborder les sujets d’éducation autrement qu’avec des poncifs que personne, au fond, n’interroge réellement. »

Quoi qu’il en soit, ce n’est pas à priori l’argent qui manque pour financer les recrutements. Il y aurait même « trop plein », ironisent certains. L’Education nationale ne sait plus quoi faire de son argent, titre ainsi Télérama, en ouverture d’un article néanmoins plus nuancé que son titre. « Le ministère de l’Éducation nationale aurait-il fait des économies à la faveur de la crise sanitaire ? Une chose est sûre, Jean-Michel Blanquer a renoncé à dépenser 75 millions d’euros, qui faisaient pourtant partie du budget qui lui avait été alloué pour l’année 2021. À défaut d’avoir été consommée, cette somme calculée sur un total de 55 milliards d’euros – hors crédits du plan de relance – ne sera donc pas versée, comme le veut le projet de loi de finances rectificative (PLFR) présenté en conseil des ministres le 3 novembre. Dans le public, cela correspond à une perte de plus de 15 millions d’euros pour le second degré et de 2,3 millions d’euros pour le premier degré. Raison invoquée : « De moindres dépenses liées à la crise sanitaire (crédits pédagogiques et formations). » » Et l’hebdomadaire culturel de référence de poser LA question que chacun a à l’esprit : « Mais pourquoi ne pas avoir puisé dans ces réserves pour renforcer les brigades d’enseignants remplaçants dans les zones déficitaires, au moment où les équipes pédagogiques et les parents s’arrachaient les cheveux ?« . Il ne semble pas y avoir la réponse dans cet article.

Endoctrinement ?

A défaut que l’éducation ne soit encore pleinement un thème de la campagne électorale (voir les revues de presse précédentes), ce sont certains thèmes en vogue dans cette campagne qui s’invitent cette semaine dans le débat éducatif. Et comme sur bien d’autres sujets, ce sont les valeurs de l’extrême droite qui donnent le tempo. Ainsi cette invraisemblable Une du Figaro Magazine, qui titre « Ecole : comment on endoctrine nos enfants. Antiracisme, idéologie LGBT+, décolonialisme… enquête sur une dérive bien organisée ». Le magazine précise son propos : « Au nom de la « diversité » et de son corollaire pédagogique, l’« inclusion », les idéologies woke ont pénétré dans le temple scolaire avec la complicité d’une partie du corps enseignant et par le biais des outils pédagogiques. » Ce que le Figaro Magazine remet ici en cause, sous couvert de lutte contre les idéologies d’extrême gauche (rebaptisée « woke », sans définir ce terme mais en écho à certains articles du dossier parlant de la lutte contre l’idéologie Woke dans l’Amérique conservatrice), c’est en réalité tout un pan de la construction des programmes de l’école et de leur philosophie depuis des décennies qui sont clairement en accusation. Sont également interpelées les valeurs (que nous pensions universelles au moins en Occident) qu’elle a le devoir de transmettre à nos enfants, au premier rang desquelles la liberté d’opinion et le respect d’autrui. Alors forcément, la réaction est vive, et même très vive, notamment sur les réseaux sociaux et dans le milieu enseignant. « Cette Une du Figaro Magazine indigne associations et syndicats d’enseignants » titre ainsi le Huffington Post. « SOS homophobie et plusieurs syndicats enseignants remettent en cause la qualité et la véracité d’une enquête sur « les dérives » supposées de certains enseignements à l’école » écrit le média en ligne dans un article de ce samedi. Il dresse ainsi une liste (non exhaustive) de ces réactions dans un article de clarification, qui rappelle notamment que ces attaques contre l’école sont anciennes dans la presse de droite, et qu’il convient aujourd’hui, citant Viktor Orban, l’extrême droite américaine ou Eric Zemmour, de les replacer dans un contexte bien spécifique : celui de la poussée des populismes et de son inévitable corolaire, la politique du bouc-émissaire.

D’autres réactions à signaler à ce dossier à charge : celle du professeur des écoles Alain Refalo sur son blog, ou dans un style plus « rentre dedans » d’un enseignant de SVT, dans un billet de blog également publié sur Médiapart.

Enfin, l’un des articles de ce dossier étant une interview de Souâd Ayada, la présidente du Conseil supérieur des programmes (« nous n’avons aucun pouvoir sur le contenu des manuels scolaires« ), citons en contrepoint l’article du toujours excellent et rigoureux historien de l’éducation Claude Lelièvre, « Manuels scolaires : une liberté pleine et entière en question ?« . « On avait affaire alors [sous la IIIe République, NDLR] à de grands dirigeants républicains qui savaient ce que « République » implique. Et cela a duré. Avec parfois des précisions utiles .  Ainsi celles du ministre de l’Education nationale Alain Savary en réponse à une question écrite de parlementaires en avril 1984 à propos d’un manuel incriminé : « Le ministre ne dispose pas du pouvoir d’injonction lui permettant de faire retirer ni même de faire amender un ouvrage. Il n’exerce aucun contrôle a priori sur le contenu des manuels scolaires et il n’a pas l’intention de modifier la politique traditionnellement suivie à cet égard. Il n’existe pas de manuels officiels, pas plus qu’il n’existe de manuels recommandés ou agréés par le ministère de l’Education nationale . Il y a eu dans le passé des tentatives allant dans ce sens, avec risques de censure . La liberté des auteurs et des éditeurs est entière sur tout ce qui touche à la conception, à la rédaction, à la présentation et à la communication des ouvrages qu’ils publient». On ne saurait être plus clair…

Assumer notre enseignement et défendre nos valeurs, au quotidien…

Plusieurs articles cette semaine sur ce que les journalistes et polémistes du Figaro magazine considéreront sans doute comme de l’endoctrinement, mais qui est la réalité quotidienne de la plupart des enseignants et des cadres du système. Retenons pêle-mêle :

Education à la « condition terrestre » : quel rôle pour les collectivités ? Article à retrouver dans la Gazette des Communes. « L’éducation des plus jeunes au développement durable doit leur donner envie d’agir. Educateurs et professeurs sont en première ligne pour y parvenir, en s’appuyant sur les ressources des territoires.« 

Dans The Conversation, Burn out des élèves : ces risques à prendre en compte. « De nombreuses recherches ont été menées sur le stress en milieu professionnel et ses conséquences sur la santé des travailleurs. Cette notion est aujourd’hui largement intégrée dans le cadre de la prévention des risques psycho-sociaux (RPS) au travail.Actuellement, l’idée que, dans le cadre scolaire, les élèves puissent également être soumis à ce type de risques commence à s’imposer« .

Enfin dans les Cahiers Pédaogiques, un article de Philippe Watrelot, « l’Ecole et les inégalités : une urgence sociale« . « L’école française est inégalitaire, PISA nous le rappelle à chaque rapport. Ces inégalités sont bien sûr en partie créées à l’extérieur, mais l’école ne peut pas se dédouaner d’une action plus équitable, car les pratiques pédagogiques peuvent aussi être créatrices d’inégalités. Cette question doit être présente dans le débat public durant la campagne présidentielle. »

Mais que nos lecteurs conservateurs (il doit bien s’en trouver quelques uns) se rassurent, nous ne sommes pas encore pleinement arrivés à nos fins. Ainsi, dans les lycées, les « référents égalité » manquent à l’appel, nous dit Libération. « Plus de deux lycées sur trois n’ont pas nommé de référent égalité, notamment chargé de la prévention des violences sexistes et sexuelles, pointe le collectif féministe NousToutes dans une étude dévoilée ce lundi. C’est pourtant une obligation depuis 2018.  »

Et pour finir, n’oubliez pas ! Le masque fait son retour lundi partout où il n’était pas encore (re)devenu obligatoire : Les explications du ministre dans la presse, avec notamment cet article de Ouest France, « Covid 19 : Le retour du masque, « c’est désagréable mais c’est nécessaire » affirme Blanquer« .

 

Pour l’équipe de la revue de presse, Lionel JEANJEAU

Sur la librairie des Cahiers pédagogiques

N°570 – Apprendre dehors

Coordonné par Aurélie Zwang et Jean-Michel Zakhartchouk – Juin 2021

Après les confinements successifs, l’intérêt pour les pratiques d’éducation en plein air est grandissant. Inscrites dans l’histoire de la pédagogie, elles sont non seulement mises en œuvre à l’école, de façon régulière ou lors de sorties de terrain plus ponctuelles, mais aussi dans le périscolaire. Il s’agit dans ce dossier d’interroger ce qui s’apprend de spécifique dehors.

 

 

N°569 – Enseigner la créativité ? 

Dossier coordonné par Caroline Elissagaray et Angélique Libbrecht

mai 2021

L’injonction à la créativité est répandue dans le monde du travail, mais à l’école, elle semble souvent réservée aux petites classes ou aux filières artistiques. Dans ce dossier, nous envisageons cette notion comme compétence à développer et comme levier pour les apprentissages à tous les âges et dans toutes les disciplines