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Prévenir le décrochage scolaire. Agir pour la persévérance de tous les élèves
Émeline Porthé, ESF Sciences humaines, 2025Pourquoi choisir de lire un livre plutôt qu’un autre ? Une couverture, un auteur, un titre, une quatrième de couverture, la collection sont des attracteurs connus. Pour moi, ce fut le sous-titre (Agir pour la persévérance de tous les élèves), bien plus que le titre (Prévenir le décrochage scolaire), qui m’a engagée à la lecture.
L’autrice, Émeline Porthé, s’appuie à la fois sur des études scientifiques et sur une expérience personnelle longuement mûrie pour nous proposer des pistes très concrètes et vivantes. En effet, permettre aux élèves de persévérer, c’est mettre à leur disposition un ensemble de gestes professionnels et d’organisation au sein de la classe qui font de l’élève un « interlocuteur valable ». Des gestes professionnels, non pas destinés à quelques élèves identifiés, mais des gestes pour tous, à la disposition du groupe, de la classe, voire de l’établissement, pour une prise en charge globale. Parmi ces gestes, j’en citerai un qui est rarement explicité et travaillé : la qualité de la communication avec les élèves.
Nourri des vécus d’élèves décrocheurs, ce livre rappelle tout d’abord les facteurs et processus du décrochage scolaire. Ainsi, sur les seize facteurs identifiés, cinq sont externes à l’école, mais onze sont internes. Ce qui veut dire que l’école a – que nous avons – un rôle majeur à jouer en faveur de la persévérance, et des leviers à mobiliser face au décrochage.
Émeline Porthé propose ici une approche systémique centré sur la pédagogie. Une pédagogie qui responsabilise et autonomise les élèves dans la classe et l’établissement. Elle y présente autant l’installation matérielle de la classe que la mise en place collective des règles de vie, autant le travail collectif et coopératif que les espaces de parole qui renforcent chez les élèves les processus de motivation, le sentiment d’efficacité personnelle, et apaisent le climat scolaire.
Un chapitre entier est dédié à l’évaluation. Si évaluer consiste à extraire une valeur, notamment au travers d’une note, évaluer est aussi porteur de biais (quinze biais sont ici présentés). Et évaluer peut amener certains élèves à vivre un sentiment d’impuissance acquise face au travail scolaire. Travailler à partir des compétences acquises et à acquérir est un des leviers mobilisateurs pour la persévérance (à la condition qu’elles ne soient pas une note déguisée en vert jaune rouge).
Ce livre, basé sur une expérience dans le second degré, dédie un autre chapitre au conseil de classe. De ces « conseils » qui n’en sont pas et qui, même lorsqu’ils sont participatifs, ne permettent pas aux élèves d’être « acteurs et auteurs », ont amené l’autrice et ses collègues à construire des « entretiens-conseils » individualisés et un conseil de classe de 30 min se consacrant au groupe-classe. Cet ouvrage poursuit ensuite son cheminement vers des gestes et organisations pédagogiques autour de l’orientation, le développement durable, les discussions à visées démocratiques et philosophiques et la coéducation.
Mais est-ce que tout ça fonctionne ? La question est posée en conclusion. Le retour d’expérience montre que l’ensemble de ces actions agit positivement sur le climat scolaire, l’entraide dans et hors la classe, la qualité des relations enseignants-élèves. On observe une augmentation du taux de présence et une diminution progressive du nombre de punitions, un engagement plus fort dans les missions d’écodélégués ou du conseil à la vie collégienne.
Ce livre m’a donné le sentiment que nous pouvons tous agir concrètement, à notre niveau, individuellement et collectivement, pour aider tous les élèves à persévérer scolairement, à continuer d’apprendre sans baisser les bras.


