Faut-il adhérer pleinement aux propos du ministre de l’Éducation nationale pour avoir droit à participer à la formation des inspecteurs du premier degré ? Doit-on désormais surveiller ses propos, même si ceux-ci sont toujours mesurés et argumentés, même si on est un universitaire et chercheur réputé, apprécié des participants à ses conférences et des lecteurs de ses écrits ? Peut-on accepter de voir Roland Goigoux, dont a pu lire dans les Cahiers pédagogiques d’utiles contributions au débat sur la lecture, interdit de parole à l’Ecole supérieure de l’éducation nationale, alors qu’il assurait des formations depuis une dizaine d’années ?
Le directeur de l’ESEN, pour justifier sa décision, parle du « manque de loyauté » envers le ministre et du fait qu’il a pris « des positions pas toujours favorables au ministre ». Ainsi donc, cela suffirait à être exclu de son Ecole, alors même que Roland Goigoux, à l’aide d’arguments solides, et en s’appuyant y compris sur l’arrêté officiel de mars 2006 sur la lecture, qui ne remanie qu’à la marge les anciennes instructions, montre la nocivité d’une méthode purement syllabique, tout en mettant bien en évidence l’intérêt majeur des activités de décodage. On a pu lire dans nos colonnes les analyses claires et pertinentes de ce chercheur.
Mais en réalité, il ne s’agit plus de débat scientifique, mais d’idéologie. Si on n’est pas un disciple des organisations qui prônent le B-A-BA pur et dur, il semble qu’on n’a plus de place dans le système de formation. À quand les sanctions contre les enseignants qui n’obéiraient pas à la « pensée officielle », quand bien même celle-ci outrepasse les directives officielles en vigueur ?
Le CRAP-Cahiers pédagogiques condamne cette mesure, demande au directeur de l’ESEN et au ministre de revenir sur cette décision et tient à témoigner son soutien à notre collègue Roland Goigoux.

Le bureau du CRAP