Martine Lani-Bayle, professeur en sciences de l’éducation à l’université de Nantes, n’a pas oublié qu’elle a aussi exercé les fonctions de psychologue clinicienne. Son dernier ouvrage, Secrets de famille, reprend les principaux thèmes qu’elle avait abordés notamment dans L’enfant et son histoire (Érès 1994) où elle concluait sur l’idée que « la capacité narrative, malgré sa faible reconnaissance à l’école, est fortement liée à la réussite scolaire ».
Cette fois, l’auteur s’appuie largement sur ses pratiques de psychologue et sur ses propres tentatives de remonter le fil de ses ascendants familiaux connus et inconnus pour établir que, de toute façon, « la transmission est toujours du côté de la réception, pas de l’émission ». Ainsi, Martine Lani-Bayle, comme tout un chacun, reconstruit les personnages et les événements à travers les traces qu’ils ont laissées mais surtout à partir de ce qu’ils n’ont pas dit. « De toute façon, avance-t-elle, dire est une façon de taire. Et réciproquement. » Alors, les multiples avatars auxquels sont soumis les souvenirs et, plus généralement, les messages qui nous parviennent laissent apparaître des interstices apparemment vides de signes explicites quand ils ne sont pas dépourvus de sens. Et c’est la conscience de cet écart entre ce que l’on perçoit confusément et ce qui passe pour établi qui pousse chacun à comprendre. Le récit apparaît bien, alors, comme le moyen d’activer un processus de rapport au savoir que les insus et les non-dits ont pu inhiber.
Qu’il s’agisse de la mémoire, de l’histoire ou du savoir, il y a un temps pour donner les indices et les informations, un temps pour les recevoir et un temps pour les transformer. C’est dans ce troisième temps que « résiderait en fait la transmission, contingente, assujettie à son effet qui a posteriori, la produirait. »
La narration, dans la vie comme à l’école, contribue puissamment à cette transmission parce qu’elle est entièrement du côté du sujet créateur. Encore faut-il que dans la vie comme à l’école ceux qui « possèdent » le savoir n’occupent pas toute la place.

Pierre Madiot


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