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Les nouveaux défis de l’évaluation : recherche en éducation, résultats et politiques des savoirs

Régis Malet et Jean-François Marcel (dir.), Cépaduès éditions, 2025

Cet ouvrage collectif explore les relations complexes entre les résultats de la recherche en éducation et leur mobilisation – voire leur instrumentalisation – dans la conduite des transformations des systèmes éducatifs. Il interroge également les processus de fabrication des données, de plus en plus marqués par des démarches participatives. Les contributions réunies placent au cœur de l’analyse la culture de l’évaluation, envisagée dans la diversité de ses dispositifs et de ses ingénieries, comme une composante structurante des systèmes éducatifs contemporains. L’évaluation s’y définit autant par sa validité scientifique que par sa légitimité sociale. Elle s’inscrit désormais dans des formes de recherche ouvertes – participatives, collaboratives, interventions ou recherches-actions – qui associent une pluralité d’acteurs : chercheurs, décideurs et professionnels de l’éducation.

La première partie de l’ouvrage examine le statut de la recherche dans les politiques éducatives, en questionnant son rôle dans la légitimation de l’action publique. Sophie Morlaix montre que les connaissances scientifiques peuvent être mobilisées de manière stratégique pour soutenir les décisions politiques. Elle plaide pour des formes de collaboration renforcées entre chercheurs, décideurs et praticiens, favorisant une appropriation partagée des savoirs. Elle distingue par ailleurs l’« avoir » et le « faire » expertise, et met en lumière le rôle du médiateur scientifique comme passeur entre les différents acteurs. Bernard Wenzel et Sonia Revaz analysent deux réformes – en Suisse (monitorage et HarmoS) et au Québec (gestion axée sur les résultats) – pour montrer que les savoirs issus de la recherche sont souvent peu mobilisés, voire instrumentalisés. Ils soulignent que, dans les processus de gouvernance, les références scientifiques restent fréquemment floues dans les textes officiels, limitant leur portée effective. Régis Malet, quant à lui, met en évidence les malentendus culturels liés à la transposition de modèles d’évaluation du développement professionnel des enseignants d’un contexte à un autre. Enfin, Marc Demeuse propose une analyse réflexive de son parcours de chercheur pour éclairer les articulations entre recherche, expertise et politiques d’éducation prioritaire.

La seconde partie met en lumière la pluralité des espaces de légitimation à l’œuvre dans les démarches évaluatives. Isabelle Nizet insiste sur l’importance des recherches inscrites dans des processus de décolonisation des savoirs, dans une perspective de science ouverte. Elle mobilise le concept d’« évaluation sensible à la culture » dans le courant du développement des épistémologies du Sud global, tout en en soulignant les limites face à la diversité des contextes. Jean-François Marcel présente les apports d’une recherche participative et d’intervention, en proposant des savoirs « pour, par, de et sur » les acteurs. Il plaide pour une université « autrement », ouverte à une pluralité de savoirs aux validités différenciées. Karine Bonnaud, à travers une étude d’impact sur la réforme des rythmes scolaires, met en évidence l’importance d’une posture à la fois réflexive et éthique du chercheur-accompagnant, conciliant exigence scientifique et attention aux acteurs. Dans une perspective critique et transformative de l’évaluation, elle souligne la nécessité d’adapter les discours aux différents publics afin d’en garantir la recevabilité sans en compromettre la validité.

La troisième partie aborde la question de la validation des résultats et de ses tensions. Isabelle Bertolino, dans le cadre de son travail doctoral, analyse les exigences parfois contradictoires du monde académique et du terrain. À partir de son journal de bord, elle montre avec finesse comment se négocie l’équilibre entre rigueur méthodologique et attentes pragmatiques. L’émergence de la posture « chercheur-régulateur » et de la figure du « chercheur non professionnel » interroge alors les formes d’engagement dans la recherche et ouvre la voie à une conception plus démocratique de la production des savoirs. Dans le chapitre de Nathalie Younès, le lecteur prend conscience d’un processus continu d’adaptation et de négociation entre les différents acteurs. À travers trois recherches, l’auteure illustre une relation collaborative en constante évolution, coconstruite en situation. Elle montre ainsi comment se révèlent, de manière plus marquée que dans une recherche traditionnelle, les conditions d’acceptabilité, d’engagement et de temporalité, en fonction des rôles et des fonctions des parties prenantes. Véronique Bedin et Dominique Broussal examinent une démarche d’expertise-conseil en évaluation, confrontée aux exigences conjointes de validité scientifique et de validité sociale. Elles dépassent la dichotomie traditionnellement établie entre ces deux registres en adoptant une posture hybride, qui articule rigoureusement l’intégrité scientifique avec une démarche d’expertise orientée vers la production de recommandations.

L’ouvrage se clôt par une mise en perspective de la recherche citoyenne dans le champ des sciences de l’éducation, conçue comme une démarche partenariale associant chercheurs, décideurs, praticiens et militants. Celle-ci articule de manière complémentaire les dimensions heuristique et praxéologique. Elle repose sur la reconnaissance de « l’égale légitimité des savoirs, qu’il s’agisse de ceux des chercheurs, des élus, des professionnels, des personnes en situation de précarité, des militants, des enfants, des aînés ou encore des personnes en situation de handicap » (p. 254).

Dans cette perspective, se dessine une forme de recherche-évaluation participative et citoyenne, susceptible de contribuer à des dynamiques d’émancipation — ou, plus précisément, à ce que les auteurs désignent comme « évancipation » (évaluation au service de l’émancipation). Cette notion fait écho à un ouvrage antérieur dirigé par Jean-François Marcel et Christophe Gremion, Évancipation dans l’institution : oser le rapprochement entre émancipation et évaluation (Cépaduès éditions, 2025).

Cet ouvrage esquisse les perspectives d’évolution de la recherche en éducation et en sciences de l’éducation, en mettant l’accent sur une ouverture croissante à des démarches de recherche-évaluation citoyennes et partenariales. Celles-ci visent à associer pleinement une pluralité d’acteurs — enseignants, collectifs d’enseignants, militants, éducateurs, parents et bien d’autres — en leur permettant de faire entendre leur voix et de participer activement à la production des savoirs.

Andreea Capitanescu Benetti