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Les fenêtres ouvertes sur et depuis le Morvan

@ecole_millay est l’un de ces comptes qui ensoleillent les réseaux sociaux par leurs partages, la vie éducative qu’ils donnent à voir, la vie tout court dans son versant positif, constructif. Cristine Géobard, directrice d’une des écoles du RPI Millay Chiddes (regroupement pédagogique intercommunal) niché dans le sud Morvan, se fait porte-voix d’un vaste collectif qui place l’école au centre du village.

Le regroupement se situe tout près du maquis des Fraîchots et ce détail est d’importance dans les projets pédagogiques qui associent les parents, les élus locaux et plus largement encore. Les deux écoles portent d’ailleurs le nom de résistants, Yvonne Moreau pour celle de Millay, Paul Sarrette pour celle de Chiddes.

Avec trois classes pour la première et une pour la seconde, quatre-vingt-six élèves sont accueillis de la petite section au CM2, enfants d’agriculteurs, d’employés, de cadres, d’artisans, issus de familles installées ici depuis des générations ou venues gouter la paisible vie à la campagne à la suite des confinements.

Cristine Géobard est arrivée en 2010. « C’est une école que j’ai vue changer grâce aux acteurs et aux différentes rencontres. C’est un parcours intéressant et collectif. Nous sommes tous au service des enfants pour les faire grandir avec chacun nos compétences, nos façons d’être ». Le nous intègre les quatre enseignantes, les Atsem (agents territoriaux spécialisés des écoles maternelles) et les AESH (accompagnant des élèves en situation de handicap) qui « ont une vision de l’enfant que l’on n’a pas ». Il s’élargit aux parents, aux élus locaux et associe l’Ehpad (établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes).

Des jeux et des histoires

« Pour tous les niveaux, nous fonctionnons en parcours et en projet. » Les classes de maternelle suivent un parcours jeux en mathématiques incluant des temps de partage avec les résidents de l’Ehpad. Un après-midi par mois, ils rendent visite aux personnes âgées et jouent avec eux, soit à des jeux traditionnels, soit à des jeux pédagogiques qu’ils utilisent en classe. « C’est une transmission dans un sens et dans l’autre. »

Les parents sont invités à venir partager des temps de jeux mathématiques à l’école « pour montrer que le jeu est important », pour renforcer le lien école/famille. Ils contribuent à l’initiative « Passeurs de voix » proposée par Bookinou en enregistrant des histoires pour les enfants de tous les niveaux. Le partage est à l’œuvre et les élèves du CE2 au CM2 lisent également des textes pour les plus petits.

Depuis quelques années, l’école est investie dans un projet de formation des citoyens en lien avec la nature. À Millay, un potager a été créé ; à Chiddes, ce sont des carrés de jardin dans des bacs. « Les familles se sont investies le samedi matin. On les a vues arriver spontanément avec des brouettes, des pelles et du matériel… » Les élus locaux ont appuyé l’initiative et ont financé le déplacement pour aller visiter le verger conservatoire de la commune voisine de Poil. Le Parc du Morvan s’est associé à cette action en mettant à disposition des animateurs.

Permaculture et haies tressées

Au fil des années, le projet s’enrichit de nouveaux objectifs. Les carrés de jardin ont vu apparaitre un nouvel espace : un terrain de permaculture. Le potager s’est embelli de murs en pierre sèche et de haies tressées dans la tradition des techniques paysagères du Morvan. Avec un grapheur, une fresque sur les animaux du Morvan a été réalisée. La biodiversité était le thème de l’an passé ; un hôtel à insectes a été réalisé avec l’aide des familles.

Chaque fois, les familles sont impliquées et, bien souvent, le Parc naturel du Morvan participe. « Le potager est devenu un havre de paix avec des bancs à l’ombre, où l’on peut faire classe dehors. Les fruits, les légumes sont partagés avec l’Ehpad. C’est un lieu de transmission de valeurs et de savoir-faire. » Des élus locaux, des parents, des partenaires siègent au comité de pilotage des projets liés au développement durable.

La fresque sur les animaux du Morvan.

Hommage au maquis

Ils sont également sollicités pour les initiatives d’éducation à la citoyenneté et à la laïcité, pour apporter témoignages et soutien. Tous les ans, les élèves du CP au CM2 préparent une cérémonie d’hommage aux résistants. « La veille du 8 mai, on part de l’école avec des drapeaux et on monte au maquis des Fraîchots. Les enfants chantent, lisent des poèmes devant les familles et les élus. Ce sont eux qui prennent en main l’hommage. »

Chaque année, pour la semaine de la laïcité, un thème est choisi et décliné pendant plusieurs semaines auparavant. Le travail se concrétise notamment par une création artistique. D’année, en année, les murs du préau, les portes du cabanon du jardin, de la cour et du local sportif, le banc de l’amitié conçu par un parent, s’ornent de fresques, une semeuse qui sème les grains de l’égalité, des phrases qui dessinent une Marianne. « On a tout peint à l’école, ça devient compliqué. Tous les ans, tous les partenaires sont présents y compris les anciens de l’Ehpad qui font aussi une réalisation artistique ».

Les murs sont désormais un lieu de mémoire des générations d’élèves passés là et un arbre de la liberté fleurit chaque année avec des mains, des colombes, des globes, décorés à la maison avec les familles. En décembre dernier, le thème était celui de la lutte contre le harcèlement avec des travaux réalisés en classe.

À taille humaine

L’école est un véritable lieu de vie et de partage. « Nous avons tous un seul but : qu’est-ce qu’on propose aux gamins de la campagne pour qu’ils aient la même chose que les autres ». L’association des parents d’élèves œuvre pour financer les transports afin de faire des visites ou recevoir des personnes du monde du livre : auteurs (Gilles Bizouerne, Régis Delpeuch), illustrateurs (Béatrice Rodriguez), un éditeur (Vincent Safrat qui a édité en 2018 le livre écrit par les écoliers Nous, On sait pourquoi, aux éditions Lire c’est partir). « Seules, on n’avance pas. Notre travail n’existe pas sans toutes ces connexions. Le collectif est attaché à l’école, ne veut pas voir disparaitre cette école à taille humaine, sans barrières. »

La proximité joue, avec la possibilité de se parler facilement quand un souci est à régler ou qu’une proposition émerge. « Les parents sont heureux de venir voir leurs enfants grandir. » Le dynamisme du RPI tient aussi à une équipe pédagogique qui œuvre ensemble, travaille collectivement sans cesse pour évoluer, renouveler les projets en s’appuyant sur les compétences des unes et des autres. « Quand on vit un passage plus complexe, l’équipe est là. Quand l’une d’entre nous ne va pas, quand on sent que l’énergie ou le moral baisse, on part à la rescousse. »

L’équipe du RPI Millay Chiddes.

À la fois stable et mouvante

L’équipe est assez stable et, lorsqu’une nouvelle enseignante arrive, l’objectif est de l’embarquer dans le groupe et son souci de sans cesse de se renouveler. « Une maman nous a confié qu’aucun de ses enfants n’avait fait les mêmes projets à l’école, un vrai compliment. » L’organisation de l’ensemble des classes est en double niveau, un choix là encore partagé.

Cristine Géobard vit son rôle de directrice avant tout comme une garante des liens, du projet, de la vivacité du collectif. Elle a toujours enseigné en milieu rural et voit son métier « en constante mouvance ». À ses débuts, elle ressentait l’importance de l’enseignant au cœur du village. « “La maitresse a dit”, cela ne se discutait pas, maintenant ce n’est plus tout à fait vrai ; d’où l’importance d’impliquer les parents. C’est un autre métier, mais toujours agréable. »

Elle s’étonne des 3 000 abonnés sur X (ex Twitter) qui suivent la vie quasi au quotidien de son école nichée au centre de la France. Le compte a été créé pour échanger, ouvrir encore un peu plus les fenêtres vers d’autres horizons. Depuis, des liens se sont développés avec de nouveaux projets à la clé pour des défis maths ou avec les Twitclasses, des échanges avec des classes en Italie ou encore aux États-Unis. Les élèves n’ont pas accès au réseau social, alors elle relaie les échanges, leur raconte les retours, plaçant Millay sur la carte du monde numérique.

Monique Royer

Pour suivre l’école de Millay :
Sur Twitter : @ecole_millay
Sur BlueSky : https://bsky.app/profile/ecoledemillay.bsky.social


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