« Les enfants se préoccupent beaucoup de ce qui est bon pour eux »

Alexandra Rayzal et Hélène Limat

L’alimentation, un thème aussi essentiel à la vie que marginal à l’école ! Quelle place prend-elle à l’école, en classe ? Quels sont les enjeux actuels à la cantine, au self, au restaurant scolaire ? Et qui sont les acteurs concernés ? Notre dossier « L’alimentation et l’école » aborde toutes ces questions, et ses coordonnatrices rappellent à quel point l’alimentation est un domaine où la coéducation joue à plein.
Ce dossier ne parle-t-il que des cantines et de ce qu’on y mange ?

L’alimentation est une réalité très présente à l’école (de la question essentielle le matin : « qu’est-ce qu’on mange à la cantine ? » aux divers piqueniques, gouters et actions diverses autour de ce thème) mais on s’arrête rarement sur cette problématique, comme si elle allait de soi. Or, en réfléchissant au dossier et à l’appel à contribution, nous nous sommes rendu compte que ce n’était pas si simple à problématiser et que cela recouvrait de multiples questions et un vaste champ de réflexion, au-delà du seul problème de la cantine. Sont vite apparus différents enjeux. La surdétermination de l’alimentation des élèves : Claude Lelièvre le rappelle bien, ce n’est pas nouveau mais très présent aujourd’hui. Les enjeux éducatifs : est-ce que ça s’enseigne réellement, l’alimentation ? Et aussi des enjeux politiques et socioéconomiques. La question environnementale a surgi aussi. La difficulté était d’articuler tout cela sans tomber dans la moralisation ou le « bienpensant ». Il s’agissait de montrer des pratiques pédagogiques disciplinaires et de croiser des témoignages, des réflexions et des actions qui traduisent finalement l’engagement de tous. L’alimentation à l’école comme réel terrain des possibles en matière de coéducation.

Quels sont les enjeux sur le plan de la restauration scolaire ?

Cette question occupe une part importante du dossier, évidemment. Les enjeux nous semblent traduire des problématiques diverses. Tout d’abord, l’aspect éducatif et nutritionnel avec l’enjeu de l’équilibre et de la diversité alimentaire. On retrouve aussi l’enjeu politique à l’échelle d’une commune ou l’engagement des parents sur le choix des menus, la qualité des plats proposés, la prise de conscience de ce que mangent les enfants. Il y a aussi l’enjeu parfois plus idéologique des menus végétariens. Et enfin, l’enjeu écologique et économique, on sent que les lignes bougent, que les partenaires sont plus sensibilisés aux filières courtes, à la réflexion autour des déchets et du gaspillage. Mais on voit aussi que les enjeux économiques sont prégnants et que la composition des menus peut créer des tensions. Comment respecter le choix de chacun sans verser dans l’idéologie, le dogmatisme, ou le normatif ? Au-delà des bonnes volontés et de l’idéal que l’on peut viser, la mise en œuvre n’est pas si simple et les pratiques varient encore beaucoup d’un établissement à l’autre.

Qu’avez-vous appris en préparant ce dossier ? Quelque chose vous a particulièrement surprises ou marquées ?

Ce qui a été surprenant, c’est finalement le peu de contributions dans l’enseignement disciplinaire. Cela traduit sans doute la difficulté d’inclure le thème de l’alimentation dans les disciplines. Mais ces articles montrent que c’est possible et donnent envie de développer davantage cet aspect dans les pratiques.

Ce qui nous étonne ensuite, c’est que finalement la notion de plaisir n’est pas énormément présente dans les questionnements, alors qu’elle nous paraissait un levier essentiel de prime abord pour faire évoluer les pratiques alimentaires. Les enfants sont de plus en plus acteurs dans la construction de leur repas et se préoccupent beaucoup de ce qui est bon pour eux, pour leur santé, mais sans mettre en avant finalement le plaisir qu’ils auront à manger telle ou telle chose.

Nous avons appris aussi que la préoccupation de l’école à s’emparer de la question alimentaire n’est pas nouvelle : c’est pour nous une lacune historique en partie comblée ! Enfin, on mesure mieux les enjeux et les tensions que soulève la question de l’alimentation à l’école. Comme une prise de conscience de la complexité d’articuler, éducation sur le terrain (à la cantine, dans la classe et hors les murs) avec écologie, économie et santé. Bref, de quoi sortir des représentations finalement réductrices sur les cantines.

Propos recueillis par Cécile Blanchard

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L’alimentation et l’école

Coordonné par Hélène Limat et Alexandra Rayzal

L’alimentation, un thème aussi essentiel à la vie que marginal à l’école ! Et pourtant il apparait dès qu’on s’interroge sur le fonctionnement du système scolaire dans bien des aspects : le bienêtre des élèves, l’organisation des établissements, les codes et règles, les représentations, les savoirs enseignés et les contenus d’enseignement.
Quelle place prend l’alimentation dans nos salles de classe, nos établissements, nos thématiques et nos cours ?