La réussite et les échecs spécifiques de l’apprentissage de la lecture dépendraient de la force des associations qui peuvent se créer entre graphèmes et phonèmes et notamment de la « perception catégorielle », c’est-à-dire de la capacité de catégorisation des sons en classes phonologiques. Cette conclusion arrive au terme d’une discussion serrée des différentes hypothèses avancées par les chercheurs pour expliquer la dyslexie, définie comme une anomalie de la capacité d’identification des mots écrits : déficits visuel et auditif, déficit de la mémoire à court terme, troubles de la coordination motrice… Conclusion prudente cependant, car on voit bien, à travers les cas individuels rapportés, combien sont divers les tableaux cliniques que recouvrent des types aussi globaux que « dyslexie de surface » (les sujets, qui ont perdu leurs représentations orthographiques, s’appuient surtout sur le décodage) et « dyslexie phonologique » (les sujets ont des difficultés sélectives avec le décodage) et combien il est délicat parfois de démêler les facteurs environnementaux, les atteintes à telle ou telle fonction sensorielle ou cognitive, les dysfonctionnements neurologiques.
Cette synthèse des recherches récentes dans le domaine de la dyslexie est placée dans le contexte plus large des études sur le rôle de la reconnaissance des mots dans la lecture. On trouve ici notamment une présentation des modèles théoriques de l’apprentissage de la lecture les plus récents proposés par la psychologie cognitive, en particulier les modèles connexionnistes.
Le point de vue développé dans l’ouvrage est partiel (les difficultés de lecture liées à la reconnaissance des mots), c’est la rançon de sa rigueur et de sa précision. Tout échec en lecture n’est pas dyslexie ! Mais il n’est pas inutile aux enseignants du premier degré, à ceux qui ont en charge des élèves en difficulté et à leurs formateurs d’avoir un accès ainsi facilité aux recherches sur ce qu’il est convenu d’appeler les « processus de bas niveau » et sur les troubles qui peuvent les affecter. Le dernier chapitre présente en outre quelques outils pour les praticiens : épreuves prédictives et programmes d’entraînement phonologique. Signalons enfin que l’un des auteurs, Pascale Colé, a évoqué, dans le dossier 422 des Cahiers (« Apprendre à lire, quoi de neuf ? »), une piste nouvelle, peu développée dans le livre, celle de la compensation par les apprentissages morphologiques.

Jacques Crinon


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