Après la rentrée en musique de septembre 2017, qui a donné lieu à une communication plus ou moins habile de la part du médiatique ministre de l’Éducation nationale, les chorales semblaient devoir bénéficier de l’engouement présidentiel pour l’éducation musicale. On avait même compris qu’un véritable écosystème favorable à la discipline allait être créé, preuve en était donnée par l’arrêté du Journal officiel du 2 février dernier créant «un enseignement de chant choral rassemblant des élèves de l’ensemble des niveaux du collège». Cet enseignement devait être financé à hauteur d’une heure par semaine comprise dans la dotation horaire globale (DHG), et de trente-six heures supplémentaires éventuelles (HSE) ; c’est ce qui figure dans le dit arrêté. La ministre de la Culture avait même annoncé un financement de vingt millions d’euros. Un vadémécum pour appliquer la mise en place doit, ou plutôt devait, voir le jour.

Certains esprits grincheux, ou ayant de l’ancienneté ou de la mémoire, dont je fais partie, ont tout de suite levé les sourcils : Où allait-on prendre les heures ? Est-ce qu’il y aurait un abondement supplémentaire à la DHG ? À quoi allaient servir les généreux vingt millions d’euros ? On imagine aussi les angoisses liées à la confection des emplois du temps obligés de mutualiser une heure de cours sur l’ensemble des niveaux d’un collège. L’idée est pourtant bonne (était ?): enfin un enseignement qui n’est pas lié à une tranche d’âge, enfin un cours qui fait lien entre les niveaux, un enseignement qu’on pouvait même envisager, un peu, mutualiste !

Quel est le programme?
Mais très vite, des craintes apparurent, des inquiétudes sournoises d’espoirs encore une fois déçus. L’urgence est grande, nous sommes en avril, les DHG sont distribuées, les premières répartitions déjà votées en collège et… rien! Les choses sont malheureusement banales : les moyens horaires destinés à financer l’enseignement chorale n’ont pas été attribués entrainant une application plus que marginal de l’arrêté du 2 février. Aucune nouvelle, pas de vadémécum, pas de textes d’accompagnement, pas de programme, pas de budget.

Pire même, les premiers travaux du Conseil supérieur des programmes ont fait montre d’incohérences, d’inexactitudes, un texte apparemment conçu dans l’urgence sans la consultation de spécialistes du sujet. Et puis, comme pour tout enseignement, il allait falloir évaluer, mettre des notes, et même valoriser la participation à l’activité des élèves de troisième passant le brevet. Il n’est donc pas possible de concevoir une activité culturelle sans qu’il y ait, in fine, une note, qui plus est une note individuelle dans une activité par nature collective !

Cela laisse songeur sur l’aptitude des «décideurs» actuels d’intégrer les notions de plaisir commun, de collectif agissant : noter un concert, noter une audition, une production collective…

Enfin, 20 % du programme des chœurs seront imposés et devront être en lien avec les valeurs de la République ! Je propose pour ma part La grève de l’orchestre de Jean Vorcet et Henry Himmel, un inénarrable fox-trot chanté en 1936 par Ray Ventura et ses Collégiens, dont le dernier couplet dit :
«- Le chef : Messieurs, vous n’êtes pas commodes !
Vous protestez pour quell’ raison ?
– Un musicien : D’abord parce que c’est la mode
Et puis pour embêter l’patron !
– Le chef : Mes chers amis vous aurez
Tout ce que vous désirez
– Tous : C’est pas assez !
– Le chef : Voulez-vous être Commandeurs
Tous de la légion d’honneur ?
– Tous : C’est pas assez !
– Le chef : Songez au revers de la médaille
Il n’y a ici qu’moi qui travaille !
– Un musicien : Soit, nous l’avouons bien haut :
Vous travaillez du chapeau !
– Le chef : Ça, c’est de trop !
»

Je chante, soir et matin, je chante sur mon chemin, avec mes élèves.

Jean-Charles Léon
Professeur de musique


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