D’un point de vue cognitiviste, la capacité de lire repose sur les deux processus psycholinguistiques que sont la reconnaissance des mots et la compréhension des phrases. La psychologie cognitive s’intéresse principalement à la façon dont le lecteur passe d’une perception visuelle d’un mot à la compréhension de son sens. Certaines recherches ont permis de dégager plusieurs principes de base permettant d’expliquer ce processus comme par exemple l’idée que le décodage phonologique ne serait possible que si le principe alphabétique est maitrisé par l’enfant. Les habiletés phonologiques, c’est-à-dire la capacité à découper et à manipuler les unités sonores du langage telles que la syllabe, permettent à l’enfant de prendre conscience de ces correspondances phonèmes-graphèmes[[Unités minimales, orales pour les phonèmes et écrites pour les graphèmes, il s’agit donc de relier un son à un signe.]], essentielles à l’acquisition de la lecture et de l’écriture. Savoir lire aujourd’hui signifie être capable de comprendre le sens d’un texte et non pas juste associer phonèmes et graphèmes.

La construction du sens

La lecture experte est donc un outil de développement des connaissances et de réflexion et fait partie des objectifs cités dans les programmes du socle commun de connaissances, de compétences et de culture. L’école s’engage à assurer à tous les élèves l’acquisition des compétences en littératie leur permettant d’accéder à un niveau de compréhension nécessaire à leur parcours scolaire mais aussi à leur adaptation sociale et professionnelle. Cependant, ce processus reste complexe et dépendant des difficultés que peut ressentir le lecteur à construire une représentation mentale cohérente et à élaborer ce qu’on appelle un modèle de situation. Ces modèles permettent de passer de la compréhension des mots isolés à une vue globale et cohérente du texte afin d’en extraire les informations essentielles. Il s’agit d’une sorte de schéma dessinant la structure sémantique du texte. Ce schéma est composé des informations explicites et implicites extraites du texte mais aussi des éléments de connaissances propres au lecteur lui-même. À cela s’ajoutent les capacités du lecteur à utiliser et maitriser les inférences contenues dans le texte qui viennent enrichir sa compréhension. Lorsque les connaissances antérieures du lecteur sont riches et variées, la construction de sens s’opère. À l’inverse, un lecteur non familier avec les thèmes abordés ne disposera pas de structures de rappel[[Capacités à utiliser les informations stockées qui permettent de décrypter un texte.]], la compréhension ne sera pas automatique et le traitement inférentiel[[Les inférences sont des interprétations, les liens qui permettent de comprendre ce qui n’est pas explicite dans un texte.]] deviendra plus difficile.

La compréhension de textes fait partie des habiletés cognitives transversales de compréhension générale qui nous permettent de percevoir le monde et de le rendre intelligible. Les stratégies sont des procédures mises en place et utilisées par le lecteur de manière délibérée et qui touchent aux aspects métacognitifs de l’activité de compréhension. En effet ces mécanismes ne sont pas spécifiques à la lecture contrairement aux procédures d’identification des mots et de décodage. Pour essayer d’expliquer cela, bon nombre de recherches en compréhension sont fondées sur l’étude des pratiques des lecteurs experts pendant l’acte de lire, en leur demandant de verbaliser leurs pensées (le thinkaloud) au cours de la lecture du texte.

De l’engagement du lecteur

Les processus de compréhension sont à moduler en fonction du niveau d’engagement du lecteur. Les élèves en difficulté sont ceux qui ne possèdent pas (ou pas assez) de lexique approprié lié aux éléments culturels, sociaux, historiques évoqués dans le texte. Les connaissances préalables des élèves deviennent cruciales pour une lecture réussie, et le genre du texte, narratif ou informatif, est tout aussi déterminant. La construction de sens est principalement le fruit d’une interaction entre le lecteur et le texte, d’autant plus s’il s’agit d’une lecture de fiction. En effet, la fiction est de plus en plus considérée comme un puissant agent stimulateur d’émotions et d’imagination qui permettrait au lecteur d’améliorer ses compétences sociales, de ressentir de l’empathie et d’interagir avec autrui.

Marie Gaussel est chargée d’études et de recherche, service Veille et analyses de l’IFé (ENS de Lyon).


Pour en savoir plus
Marie Gaussel, «Lire pour apprendre, lire pour comprendre», Dossier de veille de l’IFÉ, n°101, 2015. http://minilien.fr/a0al0x
Ou lire la page de présentation : http://minilien.fr/a0al0y