« Devenir parent, c’est changer de position et changer de vie. Cela peut ou non commencer par un projet, ça devient de toute façon une histoire. ». C’est cette histoire à chemins multiples, au carrefour de sentiers biologique, juridique, psychologique, relationnel, affectif, social, que Françoise Carraud et Michel Tozzi nous invitent à écrire avec eux.
Le livre se divise entre deux grands questionnements issus de la philosophie : le « Connais-toi toi-même » de Socrate et le « Que dois-je faire ? » de Kant.
C’est ainsi que les auteurs approchent tout d’abord ce qui nous « fait » parent, sachant que la voie traditionnelle a cédé la place à bien d’autres formes, sachant aussi que ce moment se lit à la fois sur l’échelle humaine et sur l’échelle individuelle. Devenir parent peut être le déclencheur d’une relecture du passé comme d’une inscription dans le présent dont on se demande quelles en seront les modalités. « D’où viens-je et qui suis-je ? », « Qui suis-je et où vais-je ? », « Que puis-je connaître de mon enfant ? » : telles sont les grandes questions-parcours de la première partie. Émaillée d’exemples concrets, d’anecdotes scientifiques, sociologiques ou quotidiennes, la lecture suit aisément le parcours proposé par les auteurs et le lecteur se surprend fréquemment à être ramené à sa propre histoire.
La deuxième partie aborde le « faire », le « faire parent » qui conviendrait mieux selon les auteurs que l’expression bien passive « être parent ». La responsabilité au-delà de tout déterminisme place effectivement dans une position d’acteur de chaque instant. Si l’action est toujours urgente, elle nous enjoint de nous pencher en amont, tranquillement, sur le problème de l’autorité, sur notre rapport à l’École, sur notre réaction face aux questions existentielles de nos enfants (« Maman, est-ce que tu mourras un jour ? »), sur ce qu’il nous paraît important de transmettre, de manière à tracer quelques pistes facilitatrices lorsque le moment de la décision et de l’action arrive.
En marge de ce que l’on peut trouver plus communément sur le sujet, loin des discours qui déclarent faussement détenir des informations définitives et pourtant laisser le lecteur libre d’agir selon sa conviction intime, les auteurs ont pris le parti de la question. « Il nous importe seulement d’interroger nos actes comme nos sentiments pour ne pas les considérer comme immuables. Il nous appartient de toujours chercher à les juger par nous-mêmes, de garder notre liberté de penser et d’agir. »
Paradoxalement, c’est aussi cette recherche et ce sentiment de liberté qui donnent selon les auteurs la raison d’être de ce livre : ce qui auparavant se déroulait naturellement, du moins selon la coutume, est objet aujourd’hui de décision, de choix, engendrant une possible angoisse : « La liberté se paye souvent d’un sentiment de culpabilité dès que surgissent des difficultés, et d’une expérience de la solitude quand on est le seul maître de son destin… » Liberté mal et remède tout à la fois. Et s’il s’agit de baliser quelque peu le chemin, Françoise Carraud et Michel Tozzi nous laissent pourtant jusqu’au bout dans une perspective de recherche et de « déliaison », jusque dans celle du bien-aimer, jusque dans celle du bonheur…

Christine Vallin


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