Pensez à vous abonner sur notre librairie en ligne, c’est grâce à cela que nous tenons bon !
Enseigner avec la bande dessinée
Dossier coordonné par Charlotte Michaux et Jacques Crinon
Depuis une vingtaine d’années, la bande dessinée n’a plus à discuter sa légitimité culturelle et éducative. C’est en effet un art (le neuvième) et un médium associant texte et image, accueillant divers genres littéraires… Ce succès ne concerne pas uniquement la fiction : les BD documentaires abondent dans les rayonnages des librairies, offrant des ressources diversifiées pour alimenter les cours d’histoire, de sciences économiques, de SVT, de philosophie, etc. Si la BD est très présente dans les bibliothèques scolaires et les CDI, son usage semble encore anecdotique dans l’enseignement. Les prescriptions officielles lui ont certes donné une place en français, à travers les listes de référence associées aux programmes de l’élémentaire et du collège, mais beaucoup moins dans les autres disciplines.
La BD, sous-utilisée ou mal utilisée en milieu scolaire, alors même qu’elle peut concerner à peu près toutes les disciplines ? Dans ce dossier, nous souhaiterions mettre en lumière des usages, peut-être encore minoritaires, qui donnent sa pleine légitimité pédagogique à la BD, qu’il s’agisse d’en lire, d’en produire ou d’en faire une ressource documentaire.
On aimerait récolter des expériences de cours dans les différentes disciplines avec des titres précis, des choix didactiques explicités, des mises en situation concrètes : par exemple, comment utiliser Maus d’Art Spiegelman en cours d’histoire ? Et à quel niveau ? Des BD comme celles de Catel ou de Pénélope Bagieu peuvent-elles sensibiliser les élèves à la place des femmes dans l’histoire ? Peut-on faire découvrir à des élèves des protocoles scientifiques à partir de Tu mourras moins bête de Marion Montaigne ? Que faire en sciences économiques de la transposition en BD de La Distinction de Bourdieu par Tiphaine Rivière ?
Utiliser la BD dans ses cours ne va pas de soi et nous souhaiterions aussi que les contributions envoyées fassent part de doutes et de questionnements. Ainsi la question du caractère inclusif de ce médium ne fait pas consensus. La BD est-elle un outil facilitant l’accès au savoir de tous les élèves ? Permettant d’accéder plus aisément, ou du moins autrement, à la conceptualisation, elle semble appropriée pour des élèves fâchés avec le « texte sans images » (dyslexiques, petits lecteurs, non-lecteurs, etc.). Si oui à quelles conditions ? À faire lire ou dans des activités de création ? Ou ne peut-on pas penser au contraire que, parce qu’elle mobilise à la fois la lecture du texte et de l’image, elle pourrait brouiller l’information que l’on voudrait transmettre et nécessiter d’initier les élèves à des codes qu’ils ne maitrisent pas ? Nous sommes intéressés par des articles qui mettraient en avant l’expérience de l’élève face à ce support, qu’il soit facilitateur ou au contraire qu’il lui pose difficulté.
Elle a beau être un art à part entière, on peut se demander si la BD est étudiée comme telle dans les classes d’arts plastiques et de littérature. Les témoignages de professeurs qui font étudier une BD en œuvre intégrale, de l’élémentaire au supérieur, seront les bienvenus. Ainsi, Persépolis de Marjane Satrapi, et son adaptation en film d’animation, semblent être devenues des références incontournables dans l’étude de l’autobiographie en classe de 3e, mais limite-t-on son étude à quelques planches ou une séquence peut-elle s’organiser autour de l’œuvre entière ? Comment étudier une œuvre intégrale de bande dessinée dans la classe ? Comment l’intégrer dans un réseau de lectures ? Quels bénéfices en retirent les élèves ? D’autre part, est-il envisageable d’étudier les genres et les styles des BD en tant que tels ?
On aimerait aussi connaitre la diversité des jeunes lecteurs de BD, selon l’âge, le genre, l’origine sociale. Savoir si les formes plébiscitées par les élèves hors du contexte scolaire (mangas, webtoons) peuvent trouver une place dans la classe, si oui, laquelle. Enfin, cet objet culturel hybride, à l’intersection de plusieurs disciplines, est-il pour autant l’occasion de travaux interdisciplinaires ?
Les contributions pourront s’appuyer sur des travaux d’élèves, présenter l’exploitation d’une vignette, d’un strip ou d’une planche, proposer des inducteurs servant à la production de BD, présenter une rencontre avec une autrice ou un auteur, mettre en avant des titres pour une bédéthèque pédagogique idéale – et, pourquoi pas, prendre la forme d’une BD ?
Adressez vos propositions en quelques lignes avant le 28 février 2026 aux deux coordonnateurs (remplacer [at] par @) :
charlotte.michaux[at]cahiers-pedagogiques.com
jacques.crinon[at]cahiers-pedagogiques.com
Les articles complets seront attendus pour le 15 juin 2026.


