Les coordonnateurs de ce livre collectif sont ceux qui ont lancé la nouvelle collection : Apprendre. Leur ambition est de « rendre accessibles des savoirs scientifiques » et on peut dire que le pari est tenu : mise en page agréable (les citations détachées dans la marge de droite sont particulièrement bienvenues), soin particulier apporté à la lisibilité des textes des chercheurs sollicités, amorces souvent accrocheuses, nombreuses « ponctuations » sous forme de mini-interviews ou de fiches de lecture. De nombreux auteurs ont contribué à cet ouvrage qui fait le point sur ce qu’on sait de l’acte d’apprendre-enseigner : aussi bien des spécialistes de la psychologie cognitive, de la motivation, que des sociologues ou psychosociologues.

Quelques points forts ressortent de l’ouvrage. D’abord qu’aucune recherche scientifique ne peut nous dire la « vérité » et que rien n’est plus stupide que l’applicationnisme : aucune pratique pédagogique ne peut se déduire de la « science » et ne peut être imposée parce que la science « aurait prouvé ». Certains ministres pourraient en prendre de la graine… Les conclusions que tirent les chercheurs de telle ou telle étude sont toujours prudentes et sujettes à contestation. Ainsi la question de la diversité des « intelligences » est-elle débattue par Jacques Grégoire. Jacques Lautrey nous montre l’intérêt de creuser la piste des différentes manières d’apprendre, mais en appelle à « la collaboration étroite entre psychologie différentielle et pédagogie ». Toute la première partie (Les mécanismes cognitifs pour apprendre) nous présente des travaux passionnants qui montrent que nous sommes sur un terrain encore en chantier. On notera aussi l’affirmation de l’importance de former les élèves à être des « stratèges » (voir notamment le chapitre ix : « des apprenants autonomes » de Thérèse Bouffard).

La seconde partie, Le contexte social pour apprendre, examine les questions toujours controversées des effets de l’hétérogénéité, de la taille des classes ou de l’apprentissage en groupes ; on notera cette phrase du chapitre « conflit et climat de la classe », à méditer : « L’idéologie du mérite est l’obstacle principal [à la création d’une nouvelle génération de citoyens], en ce sens qu’il véhicule le mythe que pour réussir, il faut dépasser les autres. »
Enfin, la troisième partie (« motiver et se motiver à apprendre ») développe nombre d’idées souvent exposées dans les Cahiers pédagogiques. L’importance de la confiance en soi est réaffirmée par Benoît Galand. Pour y parvenir, il vaut mieux par exemple « amener les apprenants à se focaliser sur les progrès accomplis et sur la façon d’accroître leur maîtrise plutôt que sur l’évaluation de leur rang par rapport aux autres ». (Chapitre xvi). On retrouve l’idée que la mise en avant des comparaisons entre élèves est en général néfaste et que le travail coopératif apporte un plus aux apprentissages, même si les auteurs ne prétendent nullement que les choses soient simples à mettre en pratique et qu’on puisse trouver facilement des façons de faire efficaces.

Une somme en tout cas très utile pour futurs enseignants et pour ceux qui, plus expérimentés, pourront relire leurs pratiques en relation avec ces recherches pour leur plus grand profit.

Jean-Michel Zakhartchouk


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