Sur fond de deux scénarios en noir et blanc, l’ouvrage fait le point sur l’état de l’école en France, mettant en regard ses dernières évolutions avec l’évolution des systèmes éducatifs dans le monde d’aujourd’hui. En noir, la réalité d’une école qui a du mal à s’extraire d’une forme scolaire figée et prise dans les déterminismes sociaux et économiques qui la condamnent à la reproduction des inégalités. En blanc, la possibilité constatée d’« améliorer » l’école : faisant l’impasse sur le mot « changer », dont tout un chacun a usé et abusé, le projet d’améliorer se veut plus modeste en apparence, mais se révèle en définitive plus ambitieux dans son pragmatisme. Pas de grand soir pédagogique, mais des outils testés, évalués, au service d’une professionnalisation du métier d’enseignant.
L’article d’Antoine Prost est à cet égard un excellent sommaire de l’idée de changement en France. Changement mécanique, organique ou structurel : l’auteur montre toute la complexité qui s’est construite autour de ce qui paraît simple. Le changement n’apparaît pas le plus souvent où on l’attend et l’analyse des résistances qu’il propose est un outil précieux pour comprendre les difficultés des pédagogies qui, ayant fait la preuve de leur efficacité en des lieux ou des moments particuliers, ne sont jamais parvenues à « faire tache d’huile », à s’imposer dans l’ensemble du système et les pratiques communes.
Les vingt et un auteurs qui ont contribué à l’ouvrage apportent des éclairages venus de la sociologie, de l’histoire ou du monde politique. Ils offrent un bilan récent de leurs recherches en prenant en compte dans leur écriture des attentes d’un public non spécialiste. Chaque article est utilement complété par des encadrés qui éclairent le propos principal. Des témoignages d’acteurs, de praticiens, professeurs des écoles, de collège ou de lycée venus d’horizons divers ou responsables de formation ; une rubrique « J’ai lu » propose la recension d’un livre paru en français sur le sujet ; des encadrés « Vu d’ailleurs » offrent la présentation d’une recherche menée dans un autre pays.
Pas de « thèse » officielle donc, mais à partir de valeurs clairement réaffirmées – faire mieux réussir tous les élèves, prendre le parti des exclus – l’exploration de pistes ouvertes par la recherche et les praticiens pour améliorer l’école, en identifiant ses enjeux, les logiques d’action et d’acteurs qui s’y jouent ainsi que les politiques possibles.

Marie-Christine Chycki


Click on the button to load the content from rcm-fr.amazon.fr.

Load content