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Éducation artistique et culturelle

Une rentrée en fanfare ?

Entretien avec Anne-Claire Scébalt

27 juin 2017

Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Éducation nationale, a annoncé le jour de la Fête de la musique que la prochaine rentrée se ferait « en musique ». Le projet : proposer aux élèves qui étaient déjà présents l’année précédente d’accueillir leurs nouveaux camarades en musique le lundi 4 septembre prochain. Anne-Claire Scébalt, présidente de l’APÉMu (Association des professeurs d’éducation musicale et chant choral), réagit à cette annonce.


L’annonce du ministre de l’Éducation nationale est-elle le signe d’une valorisation à venir de l’activité chorale ?

Les professeurs d’éducation musicale sont convaincus des valeurs portées par la chorale et l’éducation musicale. Au-delà de leurs dimensions artistiques et culturelles, ces enseignements participent à développer chez les élèves des compétences sociales, civiques… ils aident à créer un climat scolaire apaisé. Rentrer en musique, c’est placer l’année scolaire sous l’auspice de l’effort et du plaisir inhérents à la pratique musicale.

Pourtant, l’annonce tardive de cette action a provoqué des doutes sur sa réalité tant les conditions de sa mise en œuvre semblent impossibles à envisager en si peu de temps. Un projet musical se pense et se construit sur le long terme. Les élèves ont besoin de répéter, de se préparer, les enseignants d’organiser les rencontres et de prévoir les partenariats. Or, la plupart des chorales scolaires ont fini leur activité en cette fin juin ; les concerts sont passés, les groupes se sont dissous. Je suis convaincue que l’éducation musicale tout comme la pratique du chant choral doivent être ambitieux pour les élèves et viser l’excellence. Dès lors, penser qu’une journée de pré-rentrée, sans les élèves, permettra d’organiser un tel événement est au mieux un vœu pieu. Au pire, est-ce le signe inquiétant de la méconnaissance du fonctionnement des disciplines artistiques et de la pratique musicale qui nécessitent régularité, exigence et rigueur ?

Depuis plusieurs années, le ministère lance des « actions-vitrine » qui mettent ponctuellement la chorale sous les projecteurs. Ce fut le cas pour « l’École en chœur », devenue récemment « Printemps des chœurs ». La crainte est grande que « la rentrée en musique » soit un effet d’annonce qui ne sera pas suivi des décisions visant à pérenniser les chorales et à assurer la reconnaissance du travail conduit dans cet enseignement.

Quelle est la situation des chorales dans les établissements scolaires ?

En terme d’effectifs, de projets et de rayonnement, les chorales se portent à merveille. Elles jouent pleinement leur rôle éducatif et participent au PÉAC (parcours d’éducation artistique et culturel), au parcours citoyen, à la construction du socle commun pour tous. Pourtant, les difficultés rencontrées par les enseignants sont nombreuses. Depuis quelques années, la situation des chorales ne cesse de se dégrader. Les heures dédiées à cet enseignement ont été sorties de la DHG (dotation horaire globale), ce qui remet souvent en cause l’existence même des chorales. Dans de nombreux établissements, les professeurs d’éducation musicale doivent multiplier les démarches pour pouvoir obtenir une heure dédiée. Si, comme le rappelle la circulaire du 13 décembre 2016, la chorale est amenée à jouer un rôle particulier dans le cadre de la loi de refondation, sa mise en concurrence avec d’autres choix d’établissement vient en contradiction avec le projet de la circulaire susnommée.

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Chorale des collèges du nord des Deux-Sèvres, concert à Bressuire le 8 juin 2017

L’abrogation de la circulaire de 2011 a marqué un réel recul dans la prise en considération du travail spécifique conduit par les enseignants d’éducation musicale : elle génère une véritable inquiétude et un profond désarroi. Précédemment, une étude menée par l’APÉMu a montré que 52 % des enseignants étaient rémunérés deux heures pour la chorale. L’administration reconnaissait ainsi le caractère spécifique de l’activité, chronophage tant en préparation en amont qu’en répétitions et concerts. L’IMP (indemnité pour mission particulière) proposée en remplacement de cette deuxième heure reste au bon vouloir des chefs d’établissement ; moins de 10% des enseignants animant une chorale reçoivent une IMP à taux plein. Cela a entraîné une diminution importante de leur rémunération pour un travail et des responsabilités qui n’ont pas pourtant pas changé. L’organisation d’un ou plusieurs concerts implique des rencontres avec les professionnels associés, des concertations notamment pour les chorales inter-degrés, des répétitions supplémentaires ainsi que la gestion d’un groupe qui dépasse l’effectif d’une classe. Le cadre actuel ne garantit pas aux enseignants une rémunération cohérente avec les missions énoncées dans les textes récents.

Quel avenir pour les chorales ?

Si, comme l’annonce le ministre de l’Éducation nationale, l’éducation musicale et la chorale auront une place plus importante dans notre système scolaire, alors il faut leur assurer un cadre statutaire protecteur et pérenne. Comme d’autres enseignements, la chorale devrait être prévue dans toutes les DHG sans que les professeurs d’éducation musicale aient à lutter ou à supplier. Les spécificités de cet enseignement (effectifs, nombre d’heures supplémentaires, temps de concertation, complexité des projets) doivent être prises en compte dans la rémunération.

Je pense que les professeurs d’éducation musicale devraient être associés à la réflexion car ils sont porteurs de la réalité du terrain et des difficultés rencontrées. C’est pourquoi l’APÉMu a adressé un dossier sur les chorales au ministère et a demandé une audience qui devrait lui être accordée prochainement, si l’on en juge par le récent intérêt porté à l’éducation musicale et au chant choral.

Les intérêts convergent mais les solutions divergent, je gage qu’une entente sera possible pour une année harmonieuse et en musique.

Anne-Claire Scébalt
Présidente de l’APÉMu, professeure d’éducation musicale au lycée Claude-Gellée d’Épinal (88)

Propos recueillis par Jean-Charles Léon

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