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Quatre partenaires, un projet

Quand un steelband fait résonner la pédagogie

Dominique Seghetchian

Emblématique des énergies qui se déploient au service de la réussite éducative de « jeunes des cités », les Trinidrums sont un steelband, c’est-à-dire un orchestre de steeldrums, implanté dans un collège de ZEP. Un projet pas si simple à monter. Mais fertile.

Le steeldrum est « une percussion inventée à Trinidad et Tobago dans les années 40 ; il s’agit d’un bidon de 200 litres façonné et accordé ; le "tuner" (accordeur de steeldrum) transforme le fût en un instrument pouvant aussi bien jouer du calypso (musique traditionnelle de Trinidad) qu’un prélude de Bach ! Il existe plusieurs types, des aigus aux graves. »

Petite histoire des Trinidrums, reconstituée à partir des témoignages de Catherine Martin, enseignante de musique au collège Jacques Decour de Saint-Pierre-des-Corps, de Sylvie Lazard, la CPE, et de François Lattouf, intervenant de l’association Pan’n’co.

2009 : Naissance d’un premier steelband au collège de Saint-Avertin (une banlieue sociologiquement opposée à St-Pierre), en relation avec l’association Pan’n’co.

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2011, les classes de 6e du collège Jacques Decour connaissant « des problèmes avec les codes du collège », la CPE, pour éviter l’engrenage répressif, monte un projet de steelband : l’établissement St-Avertinois accepte de mettre à disposition son parc de steeldrums, le conseil général finance les déplacements. A la rentrée 2011, naissance des Trinidrums à partir d’une des classes de 5e, accueillie à St-Avertin tous les mardis de 8h15 à 9h45.

2012-13, les élèves désirent poursuivre ce projet en 3e, la CPE se tourne vers un quatrième partenaire, l’association Déclic et Clac, déjà présente au sein de l’établissement dans le cadre de l’information pour l’orientation, qui apporte une aide financière et des contacts avec des étudiants en communication pour la réalisation d’un film et l’organisation du concert du 20 février.
Le steeldrum et les Trinidrums paraissent donc bien légitimés au collège Jacques Decour.

Le meilleur des mondes possibles ?

Il n’y a certes pas de miracle mais ces jeunes « ont appris à vivre et travailler ensemble », par ailleurs « la mixité est une belle réussite, même si l’on peut constater un décalage de maturité entre les filles, plus concentrées, plus endurantes à la position debout, se calant plus aisément dans un cadre collectif, et garçons. » L’intervenant, quant à lui, explique : « Je n’ai jamais eu trop de difficultés à travailler avec les enfants de Jacques Decour. Ils ont compris au fur et à mesure que pour avancer et progresser, il faut respecter des règles de base durant les répétitions. »

L’image de l’établissement est valorisée, pourtant on ne peut prétendre que le projet aurait arraché des jeunes de banlieue à la fatalité sociologique. Par exemple il a été difficile d’inclure les élèves primo-arrivants – leurs cours de FLE (Français langue étrangère) étant mis sur le même créneau – ou l’élève mal voyant. Ainsi encore les élèves particulièrement problématiques sont plutôt dans la classe parallèle. Si l’on n’y prend garde, le steeldrum pourrait, aussi bien qu’une langue rare, participer à la reconstitution de filières.

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Ce sont aussi les adultes qui découvrent que, contraints à toujours travailler dans l’urgence, ils ont parfois du mal à faire équipe. La focalisation sur les difficultés comportementales à l’origine du projet fait qu’on a oublié d’en informer la professeure de musique, situation d’autant plus mal vécue que l’orchestre était lancé dans un contexte où une série de mesures restreignant la pratique instrumentale étaient vécues comme une mise en doute des compétences des professeurs de musique. S’ils sont venus aux concerts, les enseignants de Jacques Decour se sont peu investis dans un projet qui aurait pu être bien plus fédérateur. Enfin les contraintes statutaires ou d’emploi du temps (l’une des enseignantes, à temps partiel, ne peut faire d’heures supplémentaires et l’autre croule sous les heures supplémentaires !) n’ont permis l’organisation que d’une seule rencontre entre les élèves des deux établissements.

Pas de stigmatisation, même « positive »

Aucune activité, sportive ou culturelle, ne peut prétendre « sauver » les collèges de banlieue ou les jeunes des cités. « Je ne les ai jamais traités comme un public à part », dit François Lattouf pour expliquer la réussite de l’expérience. Ce qui importe, ce sont les apprentissages qui s’y effectuent, les liens tissés avec les autres enseignements et les apprentissages pédagogiques des enseignants à travers ces échanges. « C’est un apprentissage sans partitions : tu regardes, tu écoutes, tu refais. Le jeu ne relève pas d’une analyse intellectuelle mais d’une analyse du ressenti corporel », un apprentissage par la réussite sans démagogie : « Tout de suite tu fais des rythmes compliqués, tout de suite ça nécessite une écoute précise. Les moins précis sont dans une section où ils peuvent se caler sur 2 ou 3 plus précis. En plus, les séquences sont assez longues – 1h30 – pour qu’on puisse prendre le temps de faire et refaire, ce qu’on ne fait pas assez en cours. Enfin il y a une confiance dans la capacité du groupe à absorber peu à peu une difficulté : ce n’est pas parfait du premier coup, ça progressera plus tard ! ».

En somme, cela vaut la peine de réfléchir aux moyens d’inscrire dans la durée une expérience qui s’est avérée positive, afin que d’autres élèves soient aussi heureux que ceux que j’ai quittés tandis qu’ils allaient partager un gouter entre la fin de la dernière répétition et le concert offert à leurs parents et enseignants.

Dominique Seghetchian

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Les arts, quelle histoire !
Revue n°492 - novembre 2011

Entre découverte du patrimoine local et accès à des arts plus lointains, entre histoire de l’art stricto sensu et approche des arts dans leur diversité, entre avancement des programmes et projets ouverts, comment faire de l’histoire des arts une occasion pour nos élèves de regarder autrement le monde qui les entoure ?


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