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Lycée

Pédagogie inversée en SES

Nicolas Olivier, Christophe Viscogliosi

20 novembre 2014

Nicolas Olivier, professeur de sciences économiques et sociales au lycée Jean Monnet de Franconville et Christophe Viscogliosi, professeur de sciences économiques et sociales au lycée Jacques Prévert de Taverny, deux enseignants de première et terminale ES, ont mis parallèlement en place dans leurs lycées un projet de pédagogie inversée. Ils nous ont proposé de relater le déroulement au cours de l’année. Voici leurs premières remarques, après six semaines d’expérimentation.


La pédagogie inversée est un dispositif pédagogique qui est aujourd’hui principalement utilisé en Amérique du Nord (Etats-Unis et Canada) et qui part du constat que, pour réduire les inégalités scolaires, il faut "inverser" la pédagogie. Dans un cours classique, magistral ou dialogué, l’enseignant passe un temps important à présenter les notions du programme et un temps moins important à faire des exercices d’application sur ces notions qui sont, de ce fait, souvent réalisés par les élèves en dehors de la classe, sans l’enseignant. Dans le cadre de la pédagogie inversée, la logique est "inversée" : les notions sont étudiées par les élèves, en dehors de la classe, en amont du cours à travers des supports variés (vidéos, diaporama) et l’enseignant consacre plus de temps en classe à mettre les élèves en activité autour des notions, à travers toute une série d’exercices, tout en les accompagnant et en vérifiant qu’elles sont bien assimilées.

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Nicolas Olivier et Christophe Viscogliosi

A la rentrée 2013-2014, nous avons mis en place dans nos lycées respectifs un projet de pédagogie inversée en classe de première ES. Cette année, nous avons étendu le dispositif aux élèves de terminale. Pour ce faire, nous avons produit de courtes vidéos, mises en ligne sur Internet (inverseco.weebly.com) et visionnées par les élèves avant le début de chaque séquence. Ces vidéos sont accompagnées d’un questionnaire auquel doivent répondre les élèves. En classe, l’enseignant corrige brièvement le questionnaire avec les élèves puis les met en activité (par ilots de quatre élèves) autour d’exercices problématisés leur permettant de réinvestir et de s’approprier une ou plusieurs notions. Les élèves élaborent ainsi leur trace écrite dans une relative autonomie, tout en étant guidés et accompagnés par l’enseignant qui circule entre les différents ilots d’élèves et qui vérifie que ces derniers progressent dans leurs apprentissages.

Tous les élèves ont-ils internet à domicile ? S’ils ne l’ont pas, comment peuvent-ils travailler ?

Dans nos établissements, tous les élèves de terminale possèdent internet à domicile. Ils peuvent donc visionner sans difficulté les courtes vidéos à domicile. A supposer qu’un élève n’y ait pas accès, il peut toujours travailler à partir du CDI où nous disposons d’ordinateurs avec internet en libre service.

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Comment obliger les élèves à faire le travail à la maison ?

A propos des vidéos, la correction du questionnaire au début de la séquence nous permet de vérifier que les élèves ont bien regardé la capsule et cherché à la comprendre chez eux. Un élève qui refuse d’effectuer travail demandé est sanctionné, comme dans un cours traditionnel.
L’enjeu est aussi d’expliquer aux élèves l’intérêt qu’ils ont à travailler les vidéos : ce travail est la condition de leur réussite. Sans lui, ils sont immanquablement pénalisés lors des phases de mise en activité. Par ailleurs, l’organisation de d’évaluations fréquentes oblige les élèves à apprendre leurs cours et à accepter le cadre proposé.

Quels sont les premiers retours des élèves ?

Au début de l’année, plusieurs élèves étaient réticents, notamment les bons élèves, car ils ne comprenaient pas bien le fonctionnement de la pédagogie inversée. Néanmoins, après six semaines de cours, la plupart d’entre eux semblent rassurés par la qualité du cours. Par ailleurs, il semblerait que certains élèves qui étaient passifs en classe avec nous l’an dernier (puisque nous suivons les mêmes élèves entre la première et la terminale) aient tendance à davantage s’impliquer dans les activités proposées. Les premières évaluations montrent que certains élèves qui s’impliquent dans le dispositif obtiennent des résultats supérieurs à ceux qu’ils obtenaient en classe de première. En revanche, pour une minorité d’élèves qui avaient tendance à s’appuyer sur le cours « transmissif » les années précédentes et qui ne jouent pas le jeu des activités, l’expérience est plus compliquée et les résultats plutôt décevants.

Qu’est-ce que la pédagogie inversée a changé à la préparation de vos cours ?

Le temps de préparation n’est pas plus élevé contrairement à ce qu’on pourrait penser. La création des capsules vidéos peut donner l’impression d’un travail long, mais pour un habitué, cela prend moins d’une heure. Par ailleurs, ce type de pédagogie permet aussi à l’enseignant de mieux faire le tri entre les moments « transmissifs » dans lesquels des savoirs construits sont transmis aux élèves et les moments « inductifs » dans lesquels l’élève est en mesure de construire lui-même le savoir. Le « transmissif » peut faire l’objet d’une vidéo ; l’inductif peut être intégré aux activités en classe.

A suivre.

Si vous voulez poser des questions aux auteurs pour mieux comprendre le dispositif, préciser certains points, envoyez-les à redaction[arobase]cahiers-pedagogiques.com. Ils vous répondront dans leur prochain article.

Voir en ligne : Pour voir des vidéos

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